CHAPITRE TROISIÈME
on voilait les statues des saints , et on suspendait partout l'office divin. La ville de Rouen gémit pendant près de six mois sous le poids d'une pareille ej[conimunication. C'était un bien triste spectacle pourles hommes pieux de cette époque , que celui des églises fermées j des agonisans privés des secours de la religion y et des cadavres gisant sans sépulture sur les places publiques'. Forts de leur droit, les Rouennais ne voulaient pas fléchir devant les prétentions hautaines du clergé j et cependant ils soupiraient après les consolations de la religion. Ce fut surtoul aux approches de Pâques, que la privation ^es sacremens et des cérémonies saintes devint intolérable pour ces hommes qu'animait une piété 3i*dente et sincère, mais sans servilité. La chré- ^*^Tité tout entière allait célébrer les mystères les f^* t^is touchans de la foi ; tous les fidèles allaient par- ^^^liiper au banquet céleste; eux seuls en étaient re- F^^^ussés, pour avoir défendu leurs droits temporels. *^ ^triages entre les scrupules de leur conscience et ^^ sentiment de leur dignité, ils eurent recours à ^^-^^ expédient qui leur paraissait tout concilier. ^ «ndant la semaine sainte, ils introduisirent dans ^^ ville des prêtres étrangers, ouvrirent de force *^^s portes des églises , y firent célébrer l'office divin ,
' « Jacebant corpora niortuorum per platcas iiisepulta. » Rciicd. I^elrob., ap Script, rer. galL, XVII , 546.
et reçurent la communion des mains de ces ecclésiastiques ' .
Le doyen du chapitre , Jean , et les chanoines , indignés d'un pareil sacrilège , lancèrent de nouveaux anathèmes , et contre la commune , et contre les prêtres intrus qui avaient violé toutes les lois de la discipline ecclésiastique. Les bourgeois, exaspérés par la conduite des chanoines, se livrèrent contre eux aux dernières violences. Ils dévastèrent leurs jardins, détruisirent leurs maisons, et se portèrent contre les personnes elles-mêmes aux attentats les plus odieux, égorgeant les uns et soumettant les autres à d'horribles mutilations ^. Ceux des chanoines qui purent échapper à la fureur populaire , et à leur tête, Jean, doyen du chapitre, se retirèrent dans la ville d'Andely qui appartenait alors à l'archevêque. De là ils s'adressèrent au pape Célestin III, afin que l'autorité du souverain pontife fît fléchir l'orgueilleuse commune. La réponse du pape ne se fit pas long-temps attendre; elle confirmait la sentence d'excommunication; mais les bourgeois n'en persistèrent pas moins dans leur résistance.
Vers cette époque, une puissante et dangereuse diversion suspendit pour quelque temps les querelles
' « Fractis ecclesiis, feccrunt cos cclebrarcin illis, et comniunionem corporis et sanguhiis domini ab cis reccpcriint. » M., ibid.
^ « Membris genitalilms turpiter et nefariè detruncatis. » Bulle de Célestin 111, ap. Script, rer, gallic, XVII, 648-649.