CHAPITRE TROISIÈME, i
. Le clergé lui-même, quand il ne fut plus aveuglé par la passion, reconnut combien il était funeste de donner une destination profane aux lieux consacrés au culte divin et à la sépulture des fidèles. On se rappela, alors, que depuis long-temps le pape Adrien IV avait flétri avec indignation l'audace de ceux qui profanaient les tombeaux, et en rejetaient les os des morts , pour élever des maisons dans le cimetière de la cathédrale '. Un concile provincial décida qu'à l'avenir on ne construirait plus aucun édifice profane dans cette enceinte consacrée ^. On enjoignit aussi aux mar-
maire et les pers de la dicte ville disoient que icelle leur pouvoict cstre préjudicial et qu'elle estoit plus avant et plus bault qu'elle n'avoict autrefois esté , sachent tous que nous voulions et avons accordé que la dicte sope en Testât où elle est à présent ne puisse faire aucun préjudice à aucun ne as droicts de la dicte ville , ne que nous puissions acquerre aucune possession nouvelle , pour<^ quoy nous et nos successeurs puissions en faire aucun et édiffier ailleurs que en la place où la dicte sope sied , fors qu'en la forme et manière que nous le puissions faire par devant. En tesmoing de ce nous avons mis nostre scel à ces présentes lettres , qui furent faictes le xx™* jour d'août, l'an de grâce MCCCXLIl. ( Archives municipales de Rouen , reg. ^ , fol. 26S verso. )
' Cartulaire de la Cathédrale, f" 43 , verso : « Ità quèd in cecU» (t ticationeipsius, sepultorum etiam corpora, sicutnobis dicitur, « sint éjecta. Cùm igitur tantae praesumptionis audacia et in anima» u suae periculum redundabit et in perniciosum transibit exem- « plnm, si remanserit impunita , etc. »
^ « Nullusiaicus denovo in cimiterio aediûcare permittatur , « ncc domus allqua , si destructa fuerit, per annum et dieni du-» « lantc ruina, reaedificetur ibidem. « — D. Bcssin,. Concil. de Normandie, r® partie, 130.
chands de ne plus prendre l'Eglise pour un lieu de trafic, et les gardiens reçurent Tordre d'en faire sortir ceux qu'on trouverait discutant leurs intérêts dans le Temple * . Ainsi , les querelles avec la commune avaient eu des résultats utiles, même pour le chapitre. Elles lui avaient prouvé combien il était important, pour conserver sa puissance morale, de renoncer aux intérêts matériels. Malheureusement, la réforme fut loin d'être complète, et souvent, dans la suite, des questions purement temporelles excitèrent de nouvelles querelles entre le chapitre et la commune.
La lutte relative au cimetière durait encore, lorsque Richard, entraîné par son ai*deur belliqueuse et sa cupidité , alla guerroyer dans le Limousin. 11 voulait s'emparer d'une forteresse où la renommée populaire plaçait un trésor; mais il fut tué au siège de ce château, en 1 199. Rouen eut encore, après sa mort, une preuve de son affection. On apporta dans cette ville, et on plaça dans la Cathédrale, le cœur de ce prince, qui avait voulu reposer au milieu de la cité si fidèle à sa cause.
* « Volumus et praecipimus quôd si custodes aliquos viros re- « ligiosos, clericos vel laicos invenerint in Ecclesiâ litigantes, fa- « ciant eos exteriùs exire. » Livre d'Ivoire, fol. 58 , ms. de la Bibliothèque publique de Rouen.