‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 49 sur 188 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

comme les quarteniers, qu'on appelait alors gardes des paroisses; mais, quant à la puissance réelle, elle était concentrée dans les mains des cent pairs. Ceux-ci formaient une véritable aristocratie bourgeoise , qui nommait les magistrats toujours tirés de son sein. Se recrutant elle-même par élection, lorsqu'une des familles du patriciat communal venait à s'éteindre, l'aristocratie des cent pairs de Rouen n'était ni moins exclusive , ni moins absolue que celle de plusieurs républiques d'Italie. Elle aurait sans doute tenté, comme elles, de perpétuer sa domination en fermant ses rangs aux classes inférieures, si elle-même n'eût été dominée par la royauté, qui, un jour, écoutera les plaintes du peuple et modifiera les statuts de la commune dans un sens plus démocratique \ Mais la bourgeoisie naissante ne pouvait se défendre que parla concentration du pouvoir dans un petit nombre de mains. On n'avait pas encore à craindre les abus qui excitèrent plus tard de vives réclamations; le peuple voyait, alors, dans les pairs, des hommes que leur travail et leur industrie avaient seuls élevés, des hommes qui savaient défendre la commune et la faire respecter. Aussi s'empressait-il de reconnaître et d'hotiorer un pouvoir qui faisait sa force et sa

* Voy. , aux Pièces justificatives , la constitution communale rédigée par les commissaires royaux en 1320.

dignité. D'ailleurs, les fonctions municipales que les pairs devaient remplir , étaient un pénible fardeau, et toute infraction à leurs devoirs était sévèrement punie; les classes inférieures trouvaient, dans la tâche imposée aux échevins, une compensation qui rendait moins pénible l'inégalité établie enti*e elles et leurs magistrats.

Chaque année, à Noël, les cent pairs choisissaient parmi eux trois prud'hommes qu'ils présentaient au roi comme candidatsà la dignité de maire. Celui que la sanction royale élevait à ce poste éminent était investi, pour une année seulement, du pouvoir le plus étendu. Juge des bourgeois, toutes les fois qu'il ne s'agissait pas de meurtre ou de mutilation, il prononçait sur toute* les affaires civiles et commerciales. Remplaçant les tabellions et notaires , il donnait un caractère authentique à toutes les transactions, en y apposant le sceau de la commune. Le commandement de la milice, la tutelle des mineurs , la perception des impôts et l'administration des deniers municipaux, dépendaient de sa chai'ge. Souvent même il prenait part aux grands actes politiques, et apposait sa signature aux traités des souverains. Toujours sur la brèche, il était chargé de défendre les intérêts sans cesse menacés de la commune. Aussi la dignité de maire était-elle souvent pénible «à remplir. D'ail-

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