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de Rouen , dans la charte de Charles-le-Chauve , qui y établit une monnaie au ix^ siècle ^ . I^ même prince trouva dans cette ville un grand nombre de navires de commerce , et il en remplit vingt-trois de soldats^. Enfin, lorsque l'historien Dudon parle des Rouennais du x* siècle, il les appelle les marchands demeurant à Rouen^. Ainsi, à travers toutes les vicissitudes politiques , le commerce se soutient dans cette ville. C'était l'industrie qui faisait vivre le peuple gallo-romain après les invasions barbares. Les Francs se réservaient les armes , le clergé l'influence morale et politique. J^e peuple n'avait que le commerce, ressource bien faible dans ces temps de violence et de guerres continuelles, où le marchand n'était protégé par aucune autorité contre l'avidité des barbares* Heureusement l'église fut un asile pour les opprimés. A Rouen, comme dans toutes les villes de la Gaule, le clergé, succédant à l'influence romaine , s'interposa entre la population
• Script, rer. gallic.^ VII , 657.
^ Ibid., 19.
^ « Mercatores Rotomo commorantes. » Dudo , ap. Duchesne , Script, rer. norm. ,75.
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vaincue et les conquérans, qui ne respectaient que le caractère sacré du prêtre. Le pouvoir de l'église eât donc la grande et salutaire autorité de l'époque , celle qui protège le peuple contre les barbares 9 et il est nécessaire d'en suivre, à Rouen, l'origine et les progrès.
La tradition place au second siècle la prédication du christianisme dans cette ville. Mais les documens historiques d'une authenticité incontestable ne datent que de la fin du iv" siècle. Saint Victrice était alors archevêque de Rouen ; il se distingua, et par son zèle pour la discipline ecclésiastique y et par son ardeur pour la construction des églises. Il y avait, à cette époque, dans toute la chrétienté , un mouvement d'enthousiasme auquel l'église de Rouen ne resta pas étrangère. C'était le siècle des Augustin , des Jérôme, des Chrysostôme, des Hilaire, des Martin de Tours. Les Gaulois saint Paulin et Sulpice Sévère, répandaient un vif éclat sur les lettres chrétiennes. L'archevêque de Rouen entretint des rapports familiers avec ces chrétiens illustres; Paulin de Noie lui adressa deux lettres où il atteste le changement introduit par saint Victrice dans l'église de Rouen. « Cette
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ville, lui écrit-il ' , était à peine connue jadis, même des pays voisins; aujourd'hui nous l'entendons citer avec éloge dans les contrées lointaines ; on la vante comme un des lieux consacrés par la sainteté. Les louanges de Dieu y retentissent chaque jour, dans de nombreuses églises et dans la solitude des monastères. » On doit donc reconnaître , même en faisant la part de l'exagération familière aux poètes , que l'église de Rouen avait une grande réputation dès la fin du iv* siècle. On en trouve une nouvelle preuve dans la lettre que le pape Innocent I*"^ adressa à saint Victrice, pour lui tracer les règles de la discipline ecclésiastique^.
L'évèque n'était pas seulement le chef spirituel de la cité. Au milieu de la ruine de tous les pouvoirs qui succombèrent avec l'empire romain , l'autorité ecclésiastique resta seule de-
* « Rothomagum et vicinis antè regionibus tenui nomine pervulgatuiii in longinquis etiam provinciis nominari venerabiliter audimus , et inter nrbes sacratis locis nobiles cum divinâ laude nuinerari iibi quotidiano sapienter psallentium per fréquentes ecclesias et monasteria sécréta concentu, castissimis oviuin tiiarum et cordibus delectantur et vocibus. » Concilia Rothomagi , 12.
' Concilia Rothomagi , 2.
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bout. L'évéque , sous le nom de défenseur de la cité , fut investi de l'autorité qu'avaient jadis exercée les Curiales. Sa puissance, bien loin d être affaiblie par les invasions des barbares , y puisa une nouvelle force. Sans doute , son gouvernement , tout pacifique et moral , ne put pas d'abord protéger les villes contre les hordes païennes. A défaut de documens historiques , les ruines attestent les effroyables ravages des Huns 9 des Alains et des Francs, qui dévastèrent successivement la seconde Lyonnaise. Plusieurs villes disparurent entièrement; d'autres, comme Juliobona , ne furent plus que l'ombre d'ellesmêmes; quelques-unes échappèrent, et, lorsque les conquérans s'établirent et subirent l'in* fluence du christianisme , elles devinrent le centre de l'administration barbare, et s'agrandirent de la ruine des cités voisines. Rouen fut de ce nombre. Sous la domination des Francs, cette ville devint la résidence d'un graf ou comte * , qui présidait les assemblées , administrait la justice et conduisait lés Leudes à la guerre. Plusieurs autres chefs militaires, qui
' «« Gomiteiii Rothoinagi. » Grcg. Turon., ap. Script, rer. gaUic.y 11 , 282.