X ROUEN
formaient l'aristocratie franque, résidaient à Rouen '. Mais ces barbares campaient , en quelque sorte , au milieu des vaincus. Les mœurs, la langue , les lois , les en séparaient. La religion fut entre eux le seul lien. L'évêque , vénéré comme un père spirituel par les barbares , comme le véritable chef politique et religieux par la population indigène , l'évêque se trouva investi d'une autorité chaque jour plus imposante. Les rois barbares comblèrent l'église dé ridbesses , et firent souvent de ses ministres leurs principaux conseillers. On attribue à l'un d'eux, Clotaire I , la fondation du monastère de Saint- Pierre , qui est devenu célèbre sous le nom de Saint-Ouen. Mais quelquefois les passions furieuses des barbares l'emportaient sur leur respect pour l'église , et ne s'arrêtaient pas même au pied du sanctuaire. Ce fut surtout à la fin du VI* siècle y dans les guerres de Brunehaut et de Frédégonde , que Rouen fut le théâtre de ces violences.
Cette ville vit passer successivement tous les acteurs de l'horrible drame qui ensanglanta la
' « Seniores Franci. » Greg. Tiiron. , ibidem, 327.
JUSQU'AU X« SIÈCLE. xi
Gaule à cette époque* La première victime des fureurs de Frédégoiide , Galeswinthe , traversa Rouen en se* rendant près de Ghilpéric; elle venait de s'arracher des bras de sa mère, et était encore parée pour le sacrifice'. Le meurtre de l'infortunée fut vengé par sa sœur Brunehaut , dont le mari Sigebert envahit les états de Ghilpéric. Ce dernier , abhorré de ses Leudes , fut abandonné au moment du danger. Il ne trouva de salut que dans la fuite, et, en 675, traversa Rouen avec Frédégonde et ses fils , quUl emmena dans la forte place de Tournai*. Le vainqueur , maître de Paris et des villes voisines , s'avança jusqu'à Rouen , mais sans prendre cette ville'. Enfin, lorsque le poignard d'un assassin eut délivré Frédégonde de son redoutable ennemi , Rouen fut choisi pour la prison de Brunehaut. Mérovée, fils de Ghilpéric , et d'une première femme , Andovère , s'éprit d'amour pour la captive. L'archevêque (le Rouen , Prétextât , qui avait lenu Mérovée sur les fonts baptismaux, et qui avait pour lui
' Fortunati carmina , ap. Script, rer. gaUic. , II , 510. ' Gesta Francorum , ibid., ô61.
^ Gre^. Turon. , ibid. , 230.