CHAPITRE CINQUIÈME
« Thouiieur de Dieu et de la bienheureuse vierge « Marie ' . »
Un pareil mallieur était un triste début pour le règne de Jean, et il était naturel que le peuple, si disposé à la superstition, vît dans ce fléau un sinistre présage. Il oubliait les nombreux incendies qui, au siècle précédent, avaient désolé la ville, pour ne se rappeler que le malheur présent. Si , du moins , Jean-sans-Terre eût cherché à effacer ces premières impressions par la sagesse de son administration; mais jamais prinde ne se montra plus follement prodigue, plus lâchement cruel. Son trésor était-il épuisé? il ne se faisait aucun scrupule de rançonner, par un emprunt forcé, ces bourgeois de Rouen, qu'il avait, par une charte solennelle, exemptés de tout impôt. Ainsi, en 1202, le maire de Rouen, Raoul Grognet, reçut une lettre conçue en ces termes : « Le roi au maire de Rouen : nous te prions « d'emprunter, sans délai, cent livres d'Angers « pour les besoins de notre bien aimé Roger de
' K Joannes » Dei gratiâ , ad vestram credinms pervenisse noticiara , quôd Ecclesia Rotliomagi , quae est major ecclesiarum Normanniae, quam plurimùm diligimus, igni combusta 9it et funditùs ferè destructa. £a propter rogamus et exliortamur in domino quatenùs nuntiosejus, cùm ad tos yenerint, bénigne recipere , cfficaciter audire, et clemosinas vestras ad reparationem ejus intuitu Dei et beatae Virgiuis, in cujus honorera dedicata est , transmiUcre velitis, etc.» Bottiii chartarum, p. 100.
« Mortemer, et de les lui remettre'. » Quelquefois Jean s'adressait à un riche bourgeois ^ et puisait dans sa bourse pour combler le vide de son trésor. Ce fut ainsi qu'il emprunta plusieurs fois des sommes considérables à Mathieu le Gros, cet ancien maire de Rouen , qui avait apposé son sceau j en I200, à la charte de Jean-sans-Terre*. Rien n'était plus capable d'irriter la commune et d'aliéner le cceur des bourgeois, que ces emprunts forcés qui. mettaient leur fortune, fruit de longs travaux, à la merci du caprice de quelque favori. Que devenaient toutes les chartes? quelles garanties pouvaient-elles offrir, puisque le despotisme s'en jouait si impudemment ?
Lorsque Jean ne ruinait pas les bourgeois par ces emprunts, il se ruinait lui-même en aHénant tous les droits qu'il avait dans Rouen. Parmi les plus lucratifs, il ne faut pas oublier le monopole du charbon et du bois qui se vendaient dans la ville, et l'impôt prélevé sur chaque étal du marché. Il aliéna ces deux droits, céda le premier à Laurent du Donjon, ancien maire de Rouen, et le second à un des pairs de la ville, Geoffroi le Chambellan. Les chartes de concession déclarent que chacun dé ces
' RotuH patentium y p. 14.
' RotuU clausarum , p. 30.