XII ROUEN
une affection toute paternelle, céda à ses instances et bénit son union avec Brunehaut(576). A cette nouvelle, Chilpéric, irrité de l'alliance de son fils avec son ennemie, et excité, sans doute , par Frédégonde , se rendit à Rouen en toute hâte. Il reprochait à l'évêque d'avoir violé les canons, en unissant un neveu à sa tante, et, cachant sa haine sous ce prétexte, il demandait la rupture du mariage. Les époux, effrayés, se réfugièrent dans l'église de Saint- Martin-sur-Renelle, qui était située sur les remparts de la ville ' . Les églises étaient alors des asiles que la violence des barbares respectait presque toujours. Chilpéric recula devant un sacrilège; après avoir épuisé tous les moyens pour attirer hors du temple Mérovée et Brunehaut, il parut s'apaiser, et jura que, si la volonté de Dieu était qu'ils fussent unis , il ne chercherait pas à les sépargr. Ce serment les rassura; ils sortirent de l'église, reçurent du roi le baiser de paix, et mangèrent à sa table. Mais cette réconciliation apparente cachait des projets de vengeance. Quelques jours après , Ghil-
' « Quae super muros civitatis ligneis tabulis fahricata est. » Greg. Turon. , ap. Script, rer. gailic, 11 , 233.
JUSQU'AU Xe SIÈCLE. xiii*
péric partit pour Soissons, emmenant avec lui Mérovée, qui ne tarda pas à périr victime de Frédégonde. Brunehaut, réclamée par le roi d'Ostrasie son fils, lui fut rendue; mais l'archevêque de Rouen, Prétextât, fut poursuivi par la haine acharnée de la reine. Il fut traduit , en 577, devant un concile qui se tint à Paris; on l'accusa d'avoir violé les canons , et conspiré contre le roi. I/assemblée délibérait sous la terreur; les Francs frémissaient à la porte, qu'ils tentaient de briser , pour enlever Prétextât et le lapider. L'évêque perdit courage , et, trompé par des promesses perfides, il avoua les crimes dont on l'accusait. Aussitôt les juges vendus à Frédégonde le livrèrent aux Francs. Jeté en prison , il tenta de s'enfuir pendant la nuit ; mais il fut repris, accablé de coups, et relégué dans nie de Jersey. Il y resta sept ans (677 — 584), s^ consolant dans son exil par la composition de chants religieux ^
Pendant ce temps, le siège archiépiscopal de Rouen fut envahi par un prêtre intrigant , Mélantius, qui avait gagné la faveur de Frédégonde-
• Greg. Turon. , ap. Script, rer. gall., 11 , 243—246 et 322.