CHAPITRE SEPTIÈME
Ronde. Ce fut probablement sur ce terrain que la commune fit construire Thôtel de ville et élever le beffroi. Il existait y il est vrai, depuis long-temps un beffroi, d'où la vieille cloche de la ville donnait le signal du couvre-feu , appelait les pairs à l'assemblée et les citoyens aux armes ' . Il surmontait une des églises de la ville, que ne nous fait pas connaître l'historien qui nous a transmis ce détail. Ce qu'il y a d'incontestable , c'est qu'il n'était pas situé à la porte Massacre ; le beffroi ne pouvait toucher au rempart; sa place était au centre de la cité. Mais, au milieu de ce grand travail du xiii« siècle , qui recula de toutes parts leslimites de Rouen , le centre aussi se déplaça , et l'hôtel de ville put s'élever non loin des anciens remparts, sur l'emplacement oîi nous le trouvons jusqu'en 178g. Un autre fait vient encore confirmer cette opinion; la
* « In cujusdain intrà civitatem ecclesiae turri praecelsâ , ex quâ nimirùm , pulsâ campanâ vetustissimâ , sed miré sonorâ , signum ciyibus dari mos erat , ut hostibus îrruentibus ad muruni occurrereDt. » GuUl. Neubring,f ap. Script, rer, franc. ^XUl , 117. — Quelques lignes plus bas, l'auteur donne le nom un peu altéré de la cloche , nom que nous retrouvons dans les archives de la 6n du xiv^ siècle : » Ruello ( sic enim campana dicebatur) pulsato. » Ne reconnaît-on pas le môme nom dans ce passage d'un acte de Charles VI ( 19 décembre 1387 ) : « La cloche du dit lieu « de Rouen séant au lieu dit Machacre , appelez Bouve, laquelle (( sompna quant la commotion, rébellion et assemblée fut derrai- « nement faicte en nostre dicte ville de Rouen. » Archives municipales , Registre des délibérations ( 1389— 1390. )
124 COMMUNE DE ROUEiN.
chronique de Saint-Ouen nous apprend que, du temps de saint Louis , l'Echiquier se tenait quelquefois dans un château situé près de Notre-Dame de la Ronde *. Or, c'était précisément en ce lieu que s'élevait l'hôtel de Leicester. Il est donc vraisemblable que la commune, après avoir fait l'acquisition de ce fief, y construisit un vaste palais, où pouvaient siéger, à côté du pouvoir municipal, les grands feudataires qui composaient la cour souveraine de Normandie. Nous ne pouvons nous empêcher de regretter ici la destruction de cette vieille maison de ville, qui fit place, dès le commencement du xvii' siècle, aux bâtimens lourds et disgracieux dont on voit encore aujourd'hui une partie. A juger par l'habileté des artistes qui, au xm^ siècle, élevèrent à Rouen de si admirables monumens, et par l'opulence de la cité qui ne devait rien épargner pour un édifice, centre de sa puissance, Rouen eut jadis une maison commune qui le disputa en richesse et en beauté aux hôtels de ville de Bruges, de Gand , de Louvain et des autres grandes communes de France et de Belgique. Mais, à défaut de ces monumens de pierre, qui attesteraient à tous les yeux la puissance de l'ancienne bourgeoisie , il est heureux que le temps ait épargné quelques chartes,
■ « As castiaus joustc Téglise Nostre-Dame la Ronde. » Chron . de Saint' Ouen , publiée par Francisque Michel, p. 67.