CHAPITRE HUITIÈME
<K Di«u y et par égard pour notre intervention, vous a gardiez, teniez en votre main et sous votre pro" <i tection, les moines du Valasse, leurs hommes, « biens et possessions , comme choses de Dieu , du « Roi notre seigneur et de nous-mêmes. Ne soufa frez pas qu'on leur porte atteinte ou qu'on les « moleste en quoi que ce soit; et, si on leur fait «quelque tort, donnez-leur secours et conseil, « comme à nous-mêmes; faites strictement obser- « ver les droits de l'église contenus dans la charte « du seigneur roi Richard '. n
On est frappé , dans cette lettre , du ton de supériorité que prend la commune de Rouen en par-* lant aux communes ses alUées ( cotnmuniis de 04^ leto Botliomagensis communies juratis)\ elle prie , mais avec la formule impérative des supérieurs [marulamus atque precamury II existait donc, fait
' a Major Rothomagensis et pares cives, majori de Fiscanno, et omnibus ejusdem yillae juratis , et majori Monasterii Villaris , et omnibus ejusdem villse juratis , et ombibus communiis de Caleto Rothomagensis communise juratis , salutem et dilectionem : Mandamus vobis, atque precamur, quatenùs monachos de Va* lacift , et homines , et res , et possessiones eorum , pro Dci amore et precum nostrarum interventu , custodiatis et manu teneatis et protegatis, sicut res Dei, et Domini régis, et nostras proprias, et nonperferatis ut aliquis aliquam injuriam ei<, sive mo1estîam,in aliquo inférât, et si àliquid mali eis illatum fùerit , eis auxilium et consilium , tanquam nobis , impendatis , et jura ipsius ecclesi^ , sicut carta domini régis Richardi testatur , flrmiter teneri faciatis ; valete. » Ne us tria pia^ p. 8ôO.
important, et dont nous n'avons pas trouvé d'autre preuve que cette charte, il existait une vaste association communale dont la commune de Rouen était le centre, et qui étendaitses ramificatiotisdans tout le pays de Caux. Le principe de l'association politique était, dès cette époque, plus développé qu'on ne l'a cru , et la commune n'était pas aussi exclusivement enfermée dans les murailles de la cité que d'autres faits porteraient à le supposer. Cette charte prouve eucore que la bourgeoisie ne soutenait pas une lutte systématique contre le clergé ; elle ne combattait que les prétentions hautaines de quelques corps privilégiés, et entre autres des moines de Saint-Ouen.
Ceux-ci, profitant de la concession qui leur avait été faite par Philippe-iiuguste ' , voulaient entourer d'un mur tout l'espace que comprenaient les anciens fossés de la ville. L'abbé de Saint-Ouen , Hugues de Court-Moulins , fit d'abord planter une haie pour défendre la nouvelle enceinte de l'abbaye. Le maire et les pairs y mirent opposition ; mais le procès fut jugé en faveur de l'abbé. Hugues de Court-Moulins commença aussitôt à faire élever des murs d'enceinte ; mais, derrière le maire et les pairs , qui voulaient procéder légalement, fermentaient les masses populaires. Celles-ci, regardant la conduite des
* Voyez chapitre précédent, p. 122.