CHAPITRE HUITIÈME
moines comme une atteinte portée aux droits de la commune, eurent recours à la violence. On arracha la haie qui entourait Saint-Ouen, et, lorsque les moines voulurent la remplacer par un mur, le peuple renversa, pendant la nuit, le travail élevé pendant le jour. L'abbé fit alors venir du pays de Caux un certain nombre de vassaux robustes, et les chargea de veiller jour et nuit à la défense des murs *. C'était organiser une guerre intestine qui pouvait devenir fatale aux moines de Saint-Ouen , et appeler sur eux toutes les violences dont jadis les chanoines avaient été victimes. Heureusement , obéissant à de plus sages conseils, l'abbé fit quelques concessions , et la commune, de son côté, s'engagea à réparer les dommages que le couvent avait soufferts. L'accord entre les moines et les bourgeois est stipulé dans une charte inédite qui contient quelques détails curieux sur les anciennes rues de Rouen. En voici la traduction : « A tous les fidèles a auxquels parviendra cet écrit, le maire et les pairs c( de la communéde Rouen , salut dans le Seigneur : c< Sachez que la discussion qifi s'était élevée entre « nous et l'abbé et couvent de St.-Ouen de Rouen , c( relativement aux fossés accordés aux moines par « le seigneur roi , a été terminée par le conseil des
' Chron. des abbés de St-Ouen, par Francisque Michel, p. 7 et 8. — Pommeraye, Hist. de St-Ouen, p. 275.
186 COiMMUNE DE ROUEN.
« prud'hommes de la manière suivante : Le sei* « gneur abbé et les moines élèveront un mur pour tf entourer les fossés ; mais à condition qu'ils lais*^ « seront un espace de six pieds pour faire une rue; « trois pieds seront fournis par le seigneur abbé <c et le couvent , et trois autres pieds acquis par « nous; aux deux extrémités, les moines seront a tenus de fournir un espace de six pieds pour i'en- « trée et la sortie de cette rue. Nous nous enga- « geons à indemniser leurs feudataires ( tenerUes « suos )j dont les maisons devront être détruites, (c et à empêcher qu'ils ne puissent rien réclamer du (c, couvent. Quant à la rue qui ira de l'entrée du (c couvent au château du seigneur roi, elle aura (C vingt pieds de large jusqu'aux masures qui déa pendent de l'abbaye; le long de ces masures, elle (C restera telle qu'elle était à l'époque de notre aca cord; mais, à partir des masures jusqu'à la rue f< St.-Vivien, elle aura vingt pieds de large. Quant (C à la haie que les moines avaient placée en ce « lieu et qu'on prétend avoir été détruite et ena levée par des jurés de la commune, elle sera i( rétablie dans le même lieu et à nos frais. Tous u les autres dommages qu'ont soufferts l'abbé et le «.monastère, excepté les dépenses auxquelles nous « ne sommes pas tenus, nous les ferons réparer, « nous en rapportant au serment des moines du dit