CHAPITRE DIXIÈME
« présent. Le maire et les bourgeois de Rouea « prononceront sur la forfaiture, et nous recevrons « de leur main la part de Tamende qui nous re- « viendra. «
Cette charte, donnée à Paris, au mois de mai 1 278, cliai'geait le maire, d'une manière explicite, d'exercer la police dans la ville entière. Les officiers royaux devaient, avant tout jugement, remettre l'accusé entre ses mains, sauf au maii*e à It rendre plus tard , si l'on reconnaissait que le crime fût assez grave pour ressortir au tribunal du bailli. I^ bourgeoisie n'avait plus à craindre de voir ses droits méprisés , et d'invoquer vainement, dans la geôle royale, ses privilèges communaux. La décision relative aux forfaitures n'était pas moins importante. Récemment encore , un conflit s'était élevé à cette occasion entre le maire et le bailli de Rouen pour savoir auquel de ces magistrats appartenait le droit de prononcer la forfaiture. Le Parlement de Paris l'avait attribué au bailli ' ; mais la charte de Philippe III le rendait au maire.
Malheureusement , il paraît que la police confiée à ce magistrat , et la surveillance que lui-même et ses sergens devaient exercer , excitèrent des haines
* Recueil des Olim, I, 775. — L'année suivante (1279), le maire obtint le droit de semondre les habitans , malgré Topposltion du bailli. Ibidem ^ 11, 135.
violentes. Lorsque surtout une grande foule était réunie , et que les passions s'échauffaient mutuellement , le rôle de maire devenait dangereux. Ou en eut une preuve, en i^Si , pendant la foire de la Chandeleur. Une émeute éclata, sans que les chroniques si brèves et si incomplètes de l'époque nous en fassent connaître l'occasion. Elles se bornent à nous apprendre que le maire fut tué auprès du pont, par la populace. Les factieux, effrayés eux-mêmes de leur crime , s'enfuirent de tous côtés, et, pour la plupart, cherchèrent un asile dans les couvens des Frères prêcheurs et mineurs ; mais ils en furent violemment arrachés, et pendus sur Tordre de maître Jean de Agon , lieutenantgénéral du bailli ' .
L'année, souillée par ce crime inouï dans les annales de la commune, fut encore attristée par d'autres calamités. Les pluies furent si abondantes, que, vers l'octave de l'Epiphanie, la Seine déborda
' « Hoc anno circà Purificationcni beatae Marise , apud pontem interfectus est major viliae à plèbe ejusdem villse. Hoc facto, muiti fugientes ad inonastcria , videlicet ad domos praedicatorum et fratruin minorum , indè fuerunt extracti cum violentiâ et suspens! de mandato domini Joannis de Agon. » Chronicon mscr. Ecclesiœ Rothomagensis , apud Chronicum triplex et unum , r 154. Farin {Histoire de Rouen , ch. des Émeutes populaires ) rapporte ce fait avec quelques détails différons ; il dit, par exemple , que le maire fut jeté dans la Seine , ainsi que sa mule.