‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 123 sur 238 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

lustrée par les écoles où avaient enseigné les Lanfranc et les saint Anselme, n'était plus connue, au xive siècle, que par ses immenses richesses. Son fief de Notre-Dame-du-Pré jouissait du privilège important de tenir une foire le lendemain de l'Ascension. Le prieur et les moines faisaient eux-mêmes, à cheval , l'ouverture de la cérémonie, et y exerçaient une juridiction absolue. Us voulaient contraindre les bourgeois de fermer leurs boutiques dans Rouen , et d'apporter toutes leurs niarchaudises à la foire de Notre-Dame-du-Pré. Il était impossible que des prétentions si exorbitantes ne devinssent pas une occasion de troubles et de procès. Ce fut ce qui arriva en 1 354- Le Dnaire porta plainte contre l'abbé du Bec , et le fit assigner devant l'Echiquier de Normandie. Il lui reprochait d'avoir voulu forcer les marchands de Rouen de porter leurs denrées à la foire r. Mais le principal grief portait sur l'arrestation d'un officier du maire, Jean de la Pierre, chargé de vérifier les mesures. Le maire soutenait que, dans toute l'étendue de la ville et banlieue de Rouen, il avait droit de faire jauger les mesures et de punir

1 « Se sont efforchiés ou veulent efforcer les dessus dis ou aucuns d'eulz de contraindre aucuns des marchéans de porter leurs denrées contre leur volonté à la dicte foire. » Reg. DD, f© 56 recto.

ceux qui usaient de fraude1. Jean de la Pierre avait voulu exercer son office à Saint-Sever, au moment de la foire , dans un lieu soumis à la haute justice du maire \ Il avait demandé à un tavernier de lui soumettre ses mesures, et, sur son refus, l'avait menacé. Alors les vassaux des moines et leurs officiers saisirent Jean de la Pierre, confisquèrent ses mesures, et le mirent lui-même en prison 3. Le procès intenté par le maire fit rendre la liberté à Jean d la Pierre , mais les moines n'en conservèrent pa moins une juridiction et des privilèges qui perpétuaient une lutte funeste aux deux autorités rivales.

La Commune avait montré plus de violence envers les seigneurs féodaux; elle avait brûlé le* château du sire du Vivier*; mais, condamnée à une ; réparation éclatante, elle avait compris qu'il valait mieux procéder avec modération, et elle en avait donné une preuve dans ses luttes avec mes-sire Nicole Thomas, seigneur du Bois-Guillaume.

1 « Le maire et ses prédécesseurs ont eu congnoissance en la banlieue et juridiction des mesures de boires et d'icelles faire gauger, de faire savoir se eulz sont bones ou autres, et de pognir ceulz que il trouve malfecteurs en iceli cas. » Ibidem, verso.

2 « Lequel lieu il dist estre en la haulte justice du maire. » Reg. DD , f0 57 recto.

4 Voyez deuxième partie, chap. XIII, p. 200.

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