CHAPITRE DIX-HUITIÈME
Nous avons déjà parlé du procès que la Commune soutenait, depuis plus de cinquante ans, à l'occasion de ce fief. L'affaire s'était compliquée. Il y avait un double procès, l'un entre Nicole Thomas et Gilles delà Ferrière, pour la propriété du Bois-Guillaume, l'autre entre la Commune et le procureur du duc de Normandie, pour la suzeraineté du fief. Nicole Thomas , emporté par la violence féodale , assassina son compétiteur Gilles de la Ferrière z. Lies officiers royaux le poursuivirent pendant quelque temps, mais le crédit de sa famille et de ses amis finit par obtenir du roi la grâce de l'assassin. Xoutefois, la Commune n'en soutint pas moins ses droits avec énergie contre Nicole Thomas et contre le duc de Normandie *. Ce procès se prolongea audelà du règne de Jean.
Si nous considérons dans son ensemble l'histoire de la Commune sous ce règne, nous la voyons commencer par des émeutes et de sanglantes exécutions; puis Rouen est le théâtre de l'arrestation du roi de Navarre et du supplice d'une partie de ses compagnons. La ville s'émeut d'une pitié naturelle pour les victimes, et, lorsque Jean est prisonnier et la France livrée à l'anarchie , les habi-
1 Arch. du royaume, Trésor des chartes. aReg. DD,f« 134 «t suiv.
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tans applaudissaient à Charles-le-Mauvaîs faisant à ses compagnons des funérailles solennelles, ils entendent ses harangues séditieuses, et, entraînés à l'insurrection, s'emparent du château royal, ruinent le manoir du sire Du Vivier, les fourches patibulaires de Bihorel et le prieuré de Saint-Gervais. Mais, lorsque ce mouvement d'ivresse est passé, ils voient avec effroi la guerre civile à leurs portes, et leur commerce suspendu. Alors, ils se séparent du parti de la révolte, et se rapprochent du Dauphin. Ils en obtiennent une amnistie complète, et méritent ses faveurs par leurs combats contrôles Navarrais et par les sacrifices qu'ils s'imposent pour la délivrance du roi Jean. Au milieu de toutes ces scènes politiques, les corporations se constituent, et la Commune maintient ses droits contre les officiers royaux , contre le Chapitre , le* moines de Saint-Ouën , de Fécamp , et le seigneur du Bois-Guillaume. Cette époque avait été signalée par des luttes continuelles; le règne suivant fut remarquable par une heureuse tranquillité et des progrès lout pacifiques; mais il fallut d'abord triompher du roi de Navarre et de ses partisans, qui occupaient en Normandie des postes formidables et dévastaient les environs de Rouen.