CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
**^au. Pour comprendre1 la situation critique de H.ooen et de la Normandie, il faut se représenter ^«tte province, alors couverte de forêts, et offrant aux brigands des repaires presque impénétrables. IDes bois s'élevaient sur les collines qui environnent Jiouen , et touchaient aux remparts de la ville. «Ainsi, la forêt Verte couvrait tout le terrain de la «ne du Champ-des-Oiseaux ; le bois de Bihorel venait jusqu'à Beauvoisine.il était donc très urgent cTéloigfcer de Rouen ces troupes de pillards qui l*in- <|iiiétaient et troublaient son commerce. Charles V ne négligea rien pour y parvenir. Duguesclin en «conduisit une partie en Espagne contre Pierre-le- <Oue); .d'autres furent entraînés en Italie par le cardinal Albornoz , qui allait combattre les petits tyrans des états pontificaux; d'autres, •enfin, se dirigèrent vers l'Allemagne. Mais il en restait encore hissez pour porter l'effroi dans le pays. Charles V prit les mesures les plus propres à en délivrer la 3Fjrance. Il rendit, en 1367, une ordonnance, que :mos Archives municipales ont conservée, et dont ^rôici les principales dispositions ' : Le bailli de «haque contrée, deux chevaliers et plusieurs autres ^personnes dignes de confiance, étaient chargés ^'inspecter les forteresses qu'ils jugeaient nécessaire de réparer; ils les feraient mettre en état de
1 Archives muni cip., reg. «, folios 111 verso et 116 recto.
308 COMMUNE DE ROUEN, jh PARTIE.'
défense. Dans le cas où les Compagnies approcheraient du pays, on concentrerait toiis les habitans dans les forteresses, et on y porterait toutes tes provisions, sans lever aucun droit. Les impôts, perçus dans chaque diocèse pour la défense du royaume, seraient avant tout employés au paiement des hommes d'armes nécessaires pour ta défense du pays. Chaque capitaine indiquerait te nombre d'hommes d'armes dont il pourrait disposer, après ayoir mis garnison suffisante dans les forteresses, afin que le roi sût quelles étaient tes ressources de la contrée. Ces hommes d'armes seraient payés des deniers du diocèse. Il y aurait guet vigilant dans toutes les bonnes villes fermées. On ne pourrait sortir des armures de ces places , si ce n?est pour des gens du royaume , et avec une autorisation donnée par une personne déléguée dans chaque cité. Les archers et arbalétriers resteraient dans les villes» et se tiendraient en état de servir; les capitaines des places devaient prendre note de ceux qui pourraient entrer en campagne et les faire connaître au roi. Ils engageraient les jeunes gens à s'exercer au tir. Le roi , pour aider le peuple à supporter ces charges , lui remettait la moitié des impôts et la moitié des arrérages qui restaient dûs. Il accordait aux habitans des villes fermées le quart des aides courans et des arré-
CBAPITRE DIX-NEUVIÈME. 1564-1567. 509
rages, pour être employés à la réparation des fortifications. D'après cette diminution des taxes, on réduirait proportionnellement le nombre et les gages des officiers chargés de la perception des deniers publics. Comme les sergens employés pour contraindre au paiement de l'impôt étaient en nombre excessif, on chargerait les sergens ordinaires de cette tâche , et, pour ces derniers, on ne dépasserait pas, à Ta venir, le nombre fixé par les ordonnances. Les élus (répartiteurs de l'impôt) dans chaque diocèse, indiqueraient quel serait le nombre de sergens nécessaire pour la perception des aides. On ne confierait cette mission qu'à des gens de bonne vie, qui seraient payés dans leurs diocèses d'après l'avis des élus , et ne pourraient prélever aucun salaire sur le peuple, sous peine de perdre leurs offices. Le roi chargerait dé Surveiller les sergens des personnes qui s'en acquitteraient avec soin. Il confirmait les privilèges accordés aux villes, et spécialement l'ordonnance rendue par son père à Amiens, au mois de décembre 1 363.
Ces mesures eurent d'heureux résultats. La Commune de Rouen, pleine de reconnaissance pour Charles V, s'attacha de plus en plus à un prince qui combattait avec énergie et habileté les ennemis des villes, et s'efforçait d'assurer la sécurité publique. Elle se sépara plus que jamais des fauteurs d'anar-
3U8 COMMUNE DE ROUEN. 'f*f^
défense. Dans le cas oti le*? 0 ***** -
raient du pays , on concéV £ p ffeï^
dans les forteréssei, '\eflf $ é /e* *&//
provisions , sans ' ievf/ * * i&Ur c&/
perçus dans dîàq^r/^ <r ? pte d'Har-
ment dePliWV/' j-^naW^
défense A, / ;mlaire*
riôtrirfë* .es registres capiï^
riiftfef'' unte, sous la date du w
"ifjÉJT été décidé que la statue en •*» £
«g*' „omte d'H&rcourt, qui était dernière*** % \ Y -5 le choeur de cette église, contre le pili^ jté du maître-autel, sera pesée et vendue .
Ainsi, les premières années de Charles V-avai^y^ eu les plus heureux résultats pour Rouen; e\f^ avaient délivré cette ville de la crainte des "Nava rais , fait disparaître les dernières traces des a£^^ ciennes séditions, et rallié autour d'un roi ferm^^et habile tous les hommes qui voulaient assurer 1' bonheur et la gloire de la Cité.
1 Cité par M. A. Deville, Tombeaux de la Cathédrale , dcuxièm^^ édit., p. 210.
chie, et effaça jusqu'aux dernières traces de son alliance avec Charles-Ie-Mauvais et ses complices. Aux jours d'enthousiasme pour la cause des Na- Varrais, que les Rouennais croyaient unie à celle du peuple, ils avaient placé, dans le chœur de la Cathédrale, la statue en argent du comte d'Harcourt, martyr de la cause populaire. Désabusés de leurs anciennes admirations , ils firent disparaître cette statue. On lit dans les registres capitulaires la délibération suiva'nte, sous la date du a5 août i36&: « H a été décidé que la statue en argent da sire comte d'H&rcourt, qui éta^t dernièrement dans le choeur de cette église, contre le pilier à côté du maître-autel, sera pesée et vendue -\i » Ainsi, les premières années de Charles V avaient eu les plus, heureux résultats pour Rouen; elles avaient délivré cette ville de la crainte des Navarrais , fait disparaître les dernières traces des anciennes séditions , et rallié autour d'un roi ferme et habile tous les hommes qui voulaient assurer le bonheur et la gloire de la Cité.
1 Cité par M. A. Deville, Tombeaux de la Cathédrale , deuxième édit., p. 210.