‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 134 sur 238 · CHAPITRE VINGTIÈME. 15W · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME. 15W

brûlé les moissons et les maisons , coupé les vignes et les arbres , enlevé les animaux et tout ce dont ils ont pu s'emparer. Enivrés d'une fureur insensée, ils n'épargnent ni le rang, ni l'âge, ni le sexe; ils égorgent avec une rage farouche, et les hommes qui défendent avec justice leur famille iet leur patrie, et les femmes, et les vieillards, et les jeunes gens, et les enfans au berceau ; ils déshonorent les vierges, même celles qui sont consacrées au Très-Haut, et insultent les femmes mariées , sans respecter les plus illustres par leur naissance. Après avoir assouvi leur brutale passion , ils les traînent à leur suite comme des esclaves, et les forcent de les servir dans les camps et ailleurs x. » Cet horrible tableau de la cruauté dés grandes Compagnies fait comprendre la terreur qu'elles répandaient dans les campagnes et dans les villes. Celles-ci n'étaient pas toujours à l'abri des attaques des bandes errantes. En i368, la ville de Vire, en Basse-Normandie, fut prise et saccagée par ces brigands2.

Rouen trembla aussi , vers la même époque , à l'approche des brigands qui dévastaient la Haute- Normandie; mais, heureusement, cette ville parvint

' Ecole des Chartes, ibidem.

' Voyez, sur ce fait, le savant et curieux article de M. de F ré ville, ibid. , p. 274.

à leur échapper. Les mesures que la sagesse du roi' avait adoptées, et l'énergie des habitansqui avaient multiplié les fortifications , finirent par éloigner les grandes Compagnies, vers 1^69. Depuis cette époque , les registres capitulaires ne témoignent plus d'effroi semblable à celui qu'avaient causé ces bandes formidables en 1367 et i368. Les remparts de Saint-Hilaire étaient achevés, ou du moins très avancés; nous trouvons, en effet, vers ce temps, une mention positive de la porte Saint- Hilaire1. Ainsi, les nouveaux quartiers étaient à l'abri d'une attaque, et la ville pouvait braver l'ennemi- A l'ombre d'une autorité tutélairc , la prospérité renaissait à Rouen , comme dans tout le royaume. Au dehors, une. guerre avantageuse avait relevé , par les victoires de Duguesclin exj Espagne , la réputation militaire de la France. Cependant, il restait encore au roi une tâche importante à remplir; il fallait affranchir le pays des conséquences désastreuses de la paix de Brétigny. Toute l'ancienne Aquitaine , depuis la Loire jusqu'aux Pyrénées, était au pouvoir des Anglais, qui y abusaient, tyranniquement de leur autorité.

'• à Manerium eu m gardino et aedificiis *quod à dictis Clementinis ( capellanis majoris ecclesiae Rothomagi ) tenet idem dominus nrchidiaconus Tornacensis (Thomas Le Tourneur) propè portant Sancti-HUarii. » Regist. capit. 1366-1373, folio 78 recto.

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