CHAPITRE VINGT-UNIÈME
charte fondamentale donnée aux Rouennais par Philippe-Auguste en 12071. A plus forte raison, les officiers royaux refusaient de reconnaître les droits naguère octroyés à la Commune. Le bailli, le vicomte , le vicomte de l'eau , semblaient avoir formé une coalition pour lui enlever ses conquêtes récentes. Ils ne voulaient reconnaître la validité d'aucun des privilèges accordés en i35<), et confirmés en 1 364* Us soutenaient que ces concessions avaient été arrachées par la violence, et d'une manière subreptice a. Ils invoquaient l'ordonnance de Charles V , qui révoquait toutes les aliénations du domaine royal, et prétendaient qu'on pouvait l'appliquer en cette circonstance 3. Puis, attaquant chaque concession spéciale, ils contestaient au maire le droit d'inspecter les denrées qui arrivaient par eau, la juridiction de la foire du Pardon, la connaissance du cri de haro au Vieux-Marché, l'autorité de ce magistrat sur la corporation des brasseurs ; enfin , ils se réunissaient aux moines de Saint-Ouën, toujours en lutte avec la Commune,
1 Ordonn. des rois de France , V , 73 et suiv.
' « Quôd concesseramus eisdcra per oppressionem , surreptionem vel importunitatem. » Ordonn. des rois de France, V, 76.
3 « Quôd in hujusmodi concessione fueramus valdè decepti , ta m ratione emendarum quas poteramus habere ratione inchoatorum processuum , quàm in venditione hereditagii seu domanii nostri quod vendere nequiveramus. » Ibidem .
pour disputer au maire l'autorité qu'il exerçait dans plusieurs quartiers. De là un procès qui fut porté devant l'Échiquier de Normandie; le procureur du roi se joignit alors aux autres magistrats royaux pour accabler le maire, qui fut condamné sûr tous les points. Mais la Commune ne se découragea pas; elle en appela au roi , exposa, dans une longue doléance, les confirmations multipliées despriviiéges communaux, et insista sur la charte de Charles Y , en date de i364« Le roi reconnut la justice des plaintes de la Commune, se prononça hautement contre ses propres officiers, et confirma formellement les privilèges accordés aux Rouennais1. Seulement, en ce qui concernait l'adjonction de son procureur avec les moines de Saint-Ouën contre la Commune, le roi ne donna pas gain de cause aux bourgeois. Voici comment la charte royale s'exprime sur ce point : « Comme il existait une contestation entre religieuses personnes les moines et abbé de Sainl- Ouën, d'une part, et les maire, pairs et bourgeois de Rouen , de l'autre, sur la basse justice à laquelle les moines prétendaient dans Rouen , nôtre procureur se joignit à l'abbé et aux religieux de Saint- Ouën. Le maire s'en est plaint, et a demandé que notre procureur restât neutre. Mais notre Cour de
1 Ordonn. des rois de -France , V, 73 et suiv.