CHAPITRE VINGT DEUXIÈME; lWi-^1580. W
Le procès traîna: encore, pendant bien des an-
%ées, et se prolongea même au-delà de l'époque
^3u fat détruite la Commune de Rouen. Les re~
^gistre$ des archives municipales contiennent l'extrait
^Tun arrêt de l'Échiquier de Pâques 1^91 , qui met
les bourgeois hors de cause pour huit procàs,
^iont l'un se rapporte aux chartes que nous venons
«le rappeler. Ce texte prouve , en outre 9 que les
- ordonnances royales sur les procès de la ville
*vec les; tanneurs , les courtiers et le bailli , pour
la juridiction de plusieurs quartiers , avaient été
attaquées par les magistrats royaux , et que toutes
les conquêtes de la bourgeoisie étaient mises en
question. Mais , si les maires et la Commune n'a*
vaient pas définitivement triomphé , ils avaient dtt-
moins réussi à balancer l'autorité des. magistrats
royatlXt et ils avaient déployé , dans la lutte, une
grande énergie»
C'était alors une rude tâche que celle de maire de Rquqji. Satos parler de l'administration com* merciale , il fallait , tout à la fois , défendre l'autorité communale menacée par les officiers royaux et par les corporations rivales, et maintenir l'ordfre parmi les bourgeois, en faisant respecter jusqu'aux Moindres délégués du pouvoir municipal. Quelquefois , lçs bourgeois eux-mêmes portaient atteinte **ux droits de la Commune. L'époque dont nous
Wî COMMUNE DE ROUEN. H« PARTIE.
nous occupons nous en fournit deux exemples, qui sont loin, il est vrai, d'avoir la même gravité. Dtin coté, il s'agit d'outrages faits à un des derniers délégués de l'autorité municipale. De l'autre, c'est la dignité même du chef de la Commune qui est mise en question et bravée par un .bourgeois: Le premier de ces événemens se passa au corn* mencement de l'année 1 365. Un des guettes ou veilleurs du quartier Saint-Maclou fut insulté et maltraité par un bourgeois, Jean Lequeu. Le veilleur était venu demander à Jean Lequeu la taxe qu'il percevait sur tous les habitans du quartier; mais, pour un motif qui n'est pas énoticé dans le jugement , le bourgeois refusa de payer , et offensé, sans doute, de quelques paroles prononcées par le guette , il le maltraita, le tira par le nez et le frappa de son marteau. Le veilleur porta plainte au maire, Nicole LeCouete,et Jean Lequeu , cité devant le tribunal municipal, fut condamné à une amende de cinq sous1. La modicité de la somme
1 Archives municipales, reg. des Plaids de Nicole Le Couete; plaid du lundi 27 janvier 1364 ( 1365). 11 est probable que le bourgeois condamné daus cette affaire, est le même que Jean Lequeu, cité parmi les notables à la fin du xive siècle. Il était jeune en 1365 , et on expliquerait ainsi plus facilement l'acte de violence auquel il se porta. Ce qui donne plus de vraisemblance à cette supposition, c'est que Jean Lequeu , notable en 1389 , est nommé collecteur pour l'amende de 25,000 livres que Charles Vl imposa
CBAP4T&E VINGT-DhUXIÈMK. 1571^-1580. 535
prouva que les coups n'avaient pas eu de suites dangereuses pour le veilleur.
L'autre affaire fut bien plus grave. Vers la fin de l'année. l'i^S , un des notables bourgeois de la ville, Jean Le Treffillier, fut nommé pair. Il refusa d'accepter cette dignité. Le maire , Guillaume Alorge , le condamna , en vertu des règlemens communaux , à uqe amende de vingt-cinq livres tournois , et prétendit qu'il n'en était pas moins obligé d'être pair, et de prêter serment en cette qualité. Jean Le Treffillier en appela de cette sentence du maire à l'Echiquier de Normandie. Les parties comparurent devant cette assemblée, et le piairc soutint que tout bourgeois nommé pair, d'après les formes prescrites par les statuts communaux, devait se présenter devant le maire , prêter entre ses mains le sermeut de pair, et remplir les fonctions de cette dignité. Il allégua , eu outre, que Jean Le Treffillier avait déjà été receveur de la ville, et n'avait aucun motif valable pour refuser de remplir
à la Tille, en punition de l'émeute de 1382. C'est dans la paroisse de Saint-Maclou que ce dernier est collecteur, et on se rappelle que c'était un gwe Me de cette paroisse qui avait été insulté. 11 est assez probable également que ce fat ce même Jean Lequeu. qui donna son nom à la porte appelée , par corruption , Jean- Lecœur. ( Voyez un article de M. Richard , intitulé Notes historiques sur Rouen, Revue de Rouen, janv. 1843, p. 59.)
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les charges municipales. Le maire prouvait que des personnages nobles de naissance , revêtus d'offices royaux , et tenant des fiefs nobles du duc ou du roi, n'avaient pas cru déroger en remplissant les fonctionscommunales; tels avaient été les Du Châtel, les Filleul, les Mustel, les Du Valrltiçher, Des Essarts, De Saint-Léonard et autres. Enfin , Guillaume Alorge représenta que le temps pressait, et qu'une prompte décision était nécessaire. On était au 16 octobre de l'année 1 376, et l'élection du nouveau maire devait se faire la veille de la fête de saint Simon et saint Jude(a8 octobre); il fallait que Le Trefflllier, qui avait toujours joui de tous les droits de bourgeoisie, fût tenu de remplir son office de bourgeois, fit serment eutre les mains du maire, comme pair de la Commune, et en remplît les fonctions. 11 n'y avait pas là matière à procès ni à plaidoirie; le maire n'en voulait point, mais se soumettait entièrement à la sentence de la cour.
Jean Le ïrcffillier soutint, dans sa réplique , que le maire ne pouvait le contraindre à faire le serment de pair et à en remplir les fonctions ; car il était noble et tenait un fiçf noble du roi, auquel il avait fait bommage et prêté serment de fidélité; il était, d'ailleurs , officier du roi, et ebargé de l'entretien de ses garnisons de Seine, Le roi avait écrit au . maire une lettre close pour l'engager a dispenser