‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 157 sur 238 · CHAPITRE VINGT-TROISIÈME. 1B · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIÈME. 1B

était de leur intérêt de s'entendre ; Rouen pourrait ainsi tirer directement ses vins de la Bourgogne et de la Champagne, et les marchands de Paris naviguer jusqu'à la mer. Ou convint d'une association. Les marchands rouennais avaient leurs associés à Paris , les Parisiens à Rouen , et leurs représentans pouvaient faire, en leur nom, toutes lesopérations commerciales aussi légalement que si les marchands eux-mêmes y eussent été présens1. Cette union des deux grandes villes de la Seine eût pu leur assurer la domination sur le fleuve. On avait vu souvent de semblables associations produire les plus heureux résultats. Ainsi, en Allemagne, Mayence et Cologne dominaient de concert sur le Rhin; Augsbourg , Ratisbonne «Vienne, s'étaient associées pour la navigation du Danube3. Dans le midi de la France et en Italie , plusieurs villes avaient suivi cet exemple, et en avaient retiré de grands avantages. Avignon et Saint-Gilles 3; Arles et Nîmes *; Marseille, Arles et Avignon 5; Grasse et Arles ; Nice et Pise6, s'étaient liées également par des traités de

1 Voyez Urt partie , chap. Vil p. 113.

3 Hullmann , De V État des villes au moyen*àge , IV, 103 (allemand. )

3 Papun , Ilist. de Provence , t. II ; preuves , p. 25.

4 Mdnard, Hist. de Ni mes , 1. 1 ; preuves, p. 52.

5 Papon , Hist. de Provence , 111 -f preuves , p. 12.

6 Idem , ibidem , II , 39 ; III , 541.

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commerce; Il eût été à souhaiter, pour Rouen et pour Paris, que l'union tentée en 1207 eût réussi. Mais chaque ville tenait à conserver ses privilèges; la corporation parisienne interdisait aux Rouennais de remonter la Seine au-delà du pont défilantes avec des vaisseaux chargés; vainement la Commune de Rouen -s'adressa à saint Louis; ses réclamations furent repoussées '. Mais, du inoins, elle restait eu possession de son monopole sur la Basse*Seine; elle le conserva jusqu'en i«{)a. À cette époque, Philippe-le-Bel, prince qui avait surtout le génie de la centralisation, et qui voulait assurer la prééminence de Paris, enleva à la Commune de Rouen son privilège pour la navigation de In Basse-Seine, et ouvrit le fleuve à tous lès marchands. Il est vrai qu'en i3oc), il vendit aux Rouennais le monopole qu'il leur avait enlevé ; mais son fils Louis X le supprima de nouveau par une charte de i3i5, et se fonda, pour détruire les privilèges desRouennais, sur l'intérêt général du royaume1. Ainsi, pendant cette seconde époque , depuis la conquête de la Normandie jusqu'au commencement du xivc siècle, après quelques tentatives d'association, la lutte s'engagea, et Paris, tout en conservant ses privilèges pour la navigation de la Haute-Seine, abolit ceux

1 Voyez I«r« partie, chap. IX , p. 1 53. 3 Ibidem, ebap. XIII , p. 2!l.

CBAPITftE VINGT-TROISIÈME i5ft4r^*B80. 5fij»

<fa U Commune de Rot^ea. Mais, au xiv* siècle {i celle-ci reprit ses anciennes prétention, et, ^lft faveur des troubles, les soutint énergiqueinent, Alors commença une nouvelle époque de dissensions et,<Ie procès. çntrfi Paris ^t Rouen.

,3ous. le règne de Jean, la Commune de JRou^a demaAcU.la coufirui^tioa des articles de Ja charte de PlUlippe-A,ugu^te, quiautorisaient les marchands de cette ville à transporter Uhreip^pt leurs denrée? dans toute Téteudue du domaine royal. Le préyc>t des ivarcliauds de Paris et les çchevins de cette ville -s'opposèrent à la demande des Roueiuiais, jnais ceus-çi finirent par triompher '. On reconnut leurs droits soi\s le règne de Charles V, et ce prince, dans une charte qu'il adressa au maire de Rouen, en 13*78, ne contesta pas les privilèges 4e& bour* geois sur la partie inférieure du fleuve,. Il reconnais* sait qu'ils pouvaient intercepter la uavigation de 1&

..,',« Fuerat uuper in dicta nosfri.parlainenti curiâ 9 iater dicfos conquérantes (Rothomagenses) et dictos opponentes (Parisienses) super certis privilegiis à carissîmo avo Hoitro Johaiine eisdem oonquerentibos concessis aitereatio , inter caftera super jtaabos clausulis afûrmativis in dictas prjvilegiis , quarum çxpeditionem dictï cônquerentes sibi fleri requirebant; ad quod requirendam dfcti Opponentes dicébant ipsos non tore admittendo9» staper quibus per arrestum ejasdem curise dicti cônquerentes tanquàui babiles ad dictant requcstam fa ci end n m fuerant admissi. » Archives municipales , veg.A,' f 27, recto et verso , et suiv.

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Basse-Seine, et confisquer les marchandises qui n'étaient pas transportées parties Rôuenilais. Mais il leur demandait grâce pour un cas spécial. Il s'agissait d'un pautre marchand de Vire 7 nommé Guillaume Roussel ; il était venu acheter* à Paris plusieurs denrées , les avait chargées sur un navire à Saint- Cloud , et avait pris , pour l'escorter, un marinier de la Compagnie française ou parisienne. Il était venu ainsi jusqu'à Rouen ; maià, là \ ses denrées avaient été confisquées pour forfaiture , parce qu'il n'avait pas pris pour associé un marinier de la corporation de Rouen , où , cottime on disait alors , parce qu'il n'avait pas pris vonipagrtiè normande. On ne pouvait, en effet; aux termes des anciennes chartes, décharger aiuHine marchandise sur le port de Rouen , à moins d'être Rouénnais ou associé avec un Rouennais. Guillaume Roussel fut obligé , pour recouvrer ses marchandises, de fournir une caution considérable, et, dans la suite, blessé à la prise de Vire par les grandes Compagnies, il fut ruiné, et se retira à Caeu. Touché de ces circonstances , Charles V remit à ce malheureux marchand la moitié de l'amende qui lui revenait sur les denrées confisquées pour forfaiture; il pria ensuite le inaire de Rouen d'en faire autant pour l'autre moitié de l'amende qui appartenait à la ville. Dans cette charte , le roi reconnaissait tous

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