‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 169 sur 238 · CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

royaume la sécurité indispensable au commerce , et, par conséquent, à favoriser le développement et -à augmenter la prospérité de notre ville.

Si , maintenant , nous jetons qq coup cl œil rétrospectif sur le mouvement industriel de Rouen , pendant les trois siècles dont nous avons parcouru l'histoire, nous voyons que le commerce de cette ville eut plutôt un but d'utilité qu'un caractère de luxe. Les cordonniers, les tanneurs, les boulangers* les forgerons, les mariniers , forment les plus anciennes corporation;. Puis viennent lesfilassiers, les drapiers , les cardeurs , les foulons , les teint uv riere,les tisserands, les faiseurs de courroies, les merciers, les brasseurs, les cperonniers, les cou»*-» tiers , les marchands de poisson , les bouchers , les chandeliers, etc. Toutes ces corporations, soumises à des réglemens uniformes, avaifent un caractère d'utilité et presque de nécessité. Elles répondaient $ l'esprit de la bourgeoisie rouennaise, plus solide que brillant, et visant surtout au positif.

Cependant, plusieurs métiers, saus être soumis

aux. réglemens des corporations, eurent à Rouen

me grande importance. Ainsi , les verriers sont

souvent mentionnés; et, à en juger par les vitraux

peints de nos égtises, leur art fut cultivé avec zèle

et succès pendant le moyen-âge. Les registres ca-

pîtulaires mentionnent, entre autres, ColardTorel,

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delà paroisse de Saint-Nicolas-le~Pci&teur, verrier, en 1371 x. Il dut aussi y avoir des sculpteurs ou imagiers ) comme on disait alors ; les nombreuses statues de nos églises sont là pour attester, leur habileté. On trouve encore mentionnés des chirurgiens; mais la corporation des chirurgiens-barbiers de Rouen n'a été constituée , par une ordonnance régulière, qu'au xve siècle*.

Chaque corporation industrielle formait en même temps une confrérie religieuse. Nous avons déjà parlé de la confrérie des arbalétriers , dans l'église Saint-Georges, ce des brasseurs, dans la chapelle Saint-Léonard, près de Saint-Amand. Les notaires avaient pour patron saint Marc, dont la chapelle s'élevait près de Saint-Maclou. Les porteurs de grains , corporation privilégiée , qui dépendait du vicomte de l'Eau, organisèrent, en i363, une confrérie sous la protection de saint Barthélémy , dans l'église de Saint-Ouën3. Trois ans plus tard, en 1 366 , nous voyons la corporation des porteurs de grains obtenir de l'abbé de Saint-Ouën la permission de former une association religieuse sous

1 « Colardus Torelli , de parocuiâ S. Nicolai Pictoris Rothoraagi , vitrearius. » Regist. capital.; Délibérât, du 29 août 137!.

a Ordonn. des Bois de France , XIV , 281.

3 Archives départem. ; Statuts des arts et métiers , porteurs de grains.

CBAPITOK VfNGT-CWQUIÈME. 1564^-1580. 485

1« patroaagede< saint Wulgan dans la même église l.

Sous le rapport de la surveillance , toutes- ces corporations ont à peu près la même organisation* Quatre gardes surveillent chaque métier; le maire Sk droit de juridiction sur tous les métiers ; mais , souvent, les corporations s'adressent au rot pour se plaindre de la négligence du maire, ou demander la réforme de leurs statuts:

Nous avons indiqué le caractère généra} de l'industrie rouennaise, où dominaient les arts utiles; Cependant le luxe n'eu était pas entièrement banni* Xies merciers, les pelletiers, les teinturiers étalaient de somptueuses marchandises. Les halles devaient -présenter un spectacle animé et pittoresque, lors- ^ne^ le vendredi, s'y pressaient toutes les corporations de la ville, et les marchands étrangers. Chaque -métier1 avait 3a place assignée. Là , les merciers «talaient leurs ceintures richement travaillées , les ^ants de toute nature, les bourses ou aumonières •^u'on portait suspendues au côté3. Ici étaient

1 Archives département.; Statuts des arts et métiers, porteurs *3e sel.

» « J*ai les m ig notes ceinturètes ,

« J'ai bcax ganz à damoiselètes , « J'ai ganz foirez , doubles et sangles. . . .

« Corroies de soie , aumosnières « Et joiaus de maintes manières. »

£>ict d'un Mercier et des Marchands , apud Depping., le Livre de^ Mes tiers , Introduction , 74.

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exposées à la curiosité féminine ces riches étoffa ; }

ces robes dont l'ampleur et la magnificence avaiet H scandalisé les conciles et attiré leurs anathême=- s. Dès le xue siècle, un concile de Montpellier défe^ndak aux femmes de porter des vetemens sotnj=z>tueux , et des robes dont la longueur n'était p «ss proportionnée à la taille1. Dans la halle aux pelletiers, on admirait ces peaux de castor et de maître, qui, selon l'expression naïve d'un écrivain du moyen*âge , excitaient une telle admiration qu'on en devenait insensé2. « Nous soupirons après les robes de martre , dit un autre , comme après le. souverain bonheur 3.» La fourrure appelée va/**, dont on garnissait les manteaux et le mortier »u bonnet des chevaliers, n'était pas moins estimé^- C'était un luxe si recherché, que les ecclésiastiques ornaient de vair leurs vetemens sacerdotaux A *

1 « Mulieres vestibus sumptuosis et proprii corporis lon^Ç*" tudinem superflue e^cedentibus non utantur. » Concile de Mo*^*' pellier , en 1195, apud Mansi , XX , 670

? « Pelles castorum et marturum , quae nos admiratione » *** démentes faciunt. » Adam de Brème , Descript, du Danemark**9 chap. 229.

3 « Ad marturinam Testerai auhelamus , quasi ad surnmr» **"* beatitudinem. » Helmold , Chron. des Slaves , apud LeibniC ^ 9 II, 538.

4 a Capa choralis pellibus variis furrata. » Math. Paris, -^ ann. 1237.

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