CHAPITRE VINGT-SIXIÈME. 13ft
soumettre les ecclésiastiques aux taxes ordinaires t ; le clergé s'en autorisait pour refuser de participer aux charges de la cité. Mais beaucoup de villes importantes, comme Bologne, Reggio, Modène, Cologne, Milan, Florence, ne se laissèrent pas intimider par ces anathèmes, et voulurent lever des taxes sur les ecclésiastiques , et soutinrent contre eux nue lutte violente'. Comment s'étonner, après tant d'exemples de villes illustres, des querelles que la Commune de Rouen eut avec les archevêques, le chapitre, et les diverses abbayes? Les époques antérieures nous en ont présenté de nombreux exemples; nous y. avons vu la Commune et le clergé aux prises, mais pour des questions purement temporelles. Le règne de Charles V fut, sous ce rapport, comme sous tous les autres,, plus lieureux que les précédens. Nous n'y trouvons que quelques querelles de la bourgeoisie contre, les moines de Saint-Ouën.
Il y avait toujours , entre la Commune et cette abbaye, une rivalité de juridiction que des procès multipliés n'avaient pu terminer. La lutte se re-
1 « Ad versus consules et rectores civitatum et alios qui ecclesïas et viros ecclèsiasticos talliis seu collectïs et exaction! bus aliis aggravare nituntur. » Concile dé Latran, de 1215, canon 46 , apud Mans! , XXII , 1030.
a U (il ma nu , État des villes au moyen-âge y IV, 131.
nouvela encore à cette époque, et la -cause fut *& ml* plaidée solennellement. L'avocat du maire soutint^. -9 tf devant l'Échiquier de j366, que le» moines d^ Me Saint-Ouën ne devaient avoir aucun droit de juridic- -=?tiondans l'intérieur de la ville. Us n'y avaient , selov^ n lui, ni haute ni moyenne ni basse justice, mai ^»s seulement six franches aires y où ils avaient droi^Kt de mouture et non de juridiction. Ils ne poirvaieiM^vt exercer de justice que sur leurs vassaux^ qui venaien. — t plaider dans leur abbaye, et sur trois petites mai sons situées entre le couvent et l'église paroissiale d^^ Sainte-Croix. A ces allégations, l'avocat de Saint — " Ouën répondait que l'abbaye avait été fondée par 1^^ royClotaire I, avec une juridiction qui s'étendai ~*\ sur trois lieues de terrain aux eifcvirohs. Les moines. ~*^ n'en pouvaient montrer les titres ; mais la traditioc^^0 leur paraissait une autorité suffisante. D'ailleurs -*? les rois successeurs de Clotaire, et Charlemagno^ -*e même, dont ils montraient les chartes % avaient ^*l confirmé la donation de leur fondateur. Enfin *?
Philippe de Valois avait formellement reconnu leu^ *ir droit de baronnie. Et cependant, le maire de Rouen ~ ^*« au mépris de leurs privilèges, avait fait arrête^ '^3Ï
1 C'est, du moins, ce que dit la charte conservée aux Archiver ^^g du département. Archives de Saint-Ouën , carton des moulins. Les^*1^^ chartes qu'on retrouve aujourd'hui en faveur de Saint-Ouëu ner^ ^^ remontent pas aussi haut ; les plus anciennes sont de Charlcs-le — ^-^c" Chauve.
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plusieurs de leurs vassaux et méconnu leur juridiction. Ils venaient maintenant demander à l'Échiquier la reconnaissance éclatante de leurs franchises, et satisfaction pour les atteintes portées à leurs droits par la Commune de Rouen. Mats l'Échiquier ne trouva pas l'affaire suffisamment instruite, et les renvoya à la prochaine session. Le procès traîna ainsi pendant plusieurs années, et sans cesse de nouvelles querelles venaient envenimer la haine des deux partis.
Ce fut surtout en i37<S que la lutte prit un caractère plus acharné. Il s'agissait de la juridiction de Sain t-Ouën, toujours contestée par la Commune* Le séiïéchal de l'abbaye de Saint-Ouén, Michel le Comte , rédamait comme son justiciable, un prisonnier, nommé Colin du Fresae , retenu au château, et accusé de vol à Quincampoix. Lé sénéchal alléguait que ce village dépendait de la juridiction de l'abbaye, et que le voleur arrêté sur ses domaines devait lui être livré. Le maire s'y opposait, et prétendait que Colin du Fresne était bourgeois de Rouen. Mais le lieutenant du bailli, que les Roueuuais, dans leur requête, accusent de simplicité \ livra le prisonnier au sénéchal de.
1 « Sciens dictum locum-tenentera esse simplicem. » Pièces du procès, aux Archives département. , carton histor. de Saint- Onèn.
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l'abbaye. Celui-ci se hâta' de le faire pendre aux jç fourches patibulaires de Bihorel, qui, abattues «s « par les Rouennais, avaient été relevées cotame^^*e
signe de la juridiction de Samt*»Ouën.> Les bour- --
gcois irrités adressèrent une requête au roi ; mais- m$ l'arrêt du Parlement de Paris, qui fut' rendu I&b a mâine année, donna gain de cause aux moines. 1 -31 confirma tous leurs droits de juridiction en opposition aux prétentions de la Commune vv
Cette décision excita une vive irritation parnu^^ la bourgeoisie , et , quelques années plus tard , dans- s un jour d'émeute, les Rouennais' firent expier S» Yêkbaye de Snint-Guën ses prétentions' hautaines -* On dût aussi s'étonner que cet arrêt, si favoraW^^^ à la juridiction ecclésiastique, eût été- rèntln-soufeg^ A le r^gne d'un prince qui s'efforçait de la limiter wr » d'un prince qui avait fait composer* par un de se&=* ^ légistes, le songe du Vergier^ pour combattre lej^R-^ prétentions du clergé à la puissance temporelle , e^ ^l qqi, à Rouen même , avait- forcé un archevêque-*" -c d'abandonner son siège parce qu'il avait lutté contre^-"6 les officiers royaux. Ce prélat était Philippe d'À — ~^m lençon, qui, placé sur le siège archiépiscopal peu d^^ ^e temps avant l'avènement de Charles V, avait dé — ^" ployé une grande énergie pour la défense des pri — &*
1 Archiv. départe m., carton histor. de Saint-Ouen.