CHAPITRE VINGT-SIXIÈME. 1564— 13S
donné par l'auteur lui-même. Ce manuscrit a été exécuté à Rouen, d'après l'opinion des juges les pluscompétens, el la beauté des miniatures prouve, comme les vitraux de nos Églises, que l'art de la peinture était porté, dans cette ville, à un haut degré de perfectiou. Un 1 mité des Monnaies, quelques ouvrages théologiques, les traductions d'Aristole, et le sermon de 1 363 , sont tout ce qu'on a publié des œuvres de Nicolas Oresme. Mais ses ouvrages restés manuscrits sont encore plus précieux, et attestent qu'il avait approfondi les questions philosophiques agitées à cette époque. On s'accorde surtout à louer son Traité sur le Langage *. Tel fut le doyen de l'Eglise de Rouen : sa va ut du premier ordre pour le xive siècle, conseiller intime de Charles V, dont il avait développé l'intelligence, il dut exercer une grande influence sur le clergé de notre ville. Son action fut à la fois politique et morale, favorable au roi et aux principes religieux. H sépara la cause du clergé de celle de l'archevêque, qui, par son ambition et son orgueil , s'était attiré la colère du roi. On vit même, chose étonnante, le chapitre, délibérant sous l'influence de son doyen, envoyer des députés à la cour d'Avignon pour obtenir du pape d'être entière-
1 Latinoy , De celcbrioribus Schofis.
ment exempté de l'autorité de l'archevêque exilé *. Nicolas Oresme ne se bornait pas à imprimer aux délibérations capitulaires une direction favorable à la royauté; il usait de son ascendant pour réformer les abus qui s'étaient introduits dans les mœurs ecclésiastiques. Un grand nombre de décisions capitulaires, adoptées sous la présidence de Nicolas Oresme, ont pour but la réforme morale du clergé. Le 22 décembre i 367, le Chapitre déclare, par l'organe de son doyen, que si un de ses membres entre dans une taverne pour y boire, il perdra la distribution de pain et de vin qui se faisait journellement aux chanoines 2. Le 17 septembre 1372, il défend aux chapelains de la Cathédrale d'errer dans la ville de nuit ou de jour3, avec un maintien peu conve-
1 « lu questione pendenîe in Romanâ curià , ut prœfertur , ostendebatur expresse , de obtinendâ exemptione decani et capituli àjuridictione dicti dominé archiepiscopi. » Regist. capit. , délibér. du 16 août 1371. —Voyez aussi les. délibérât, du 26 décembre 1370 et du 30 août 1372.
a « Fuit facta monitio gênerai is per capituluin , per organum domini decani (N. Oresme), omnibus praedictis assistentibus , et ut absentibus intimaretur, ne intrarent ta bernas causa potandi , sub pœnâ amissionis distributionum omnium illius diei , si contra fecerint. »> Regist. capitul. , I3G6-I373 , f° 31, verso.
3 « Inhibitio facta omnibus et singulis hujus ecclesiae capellanis ne de die nec de nocte incedant per villam inhonestè. » Ibidem , f# 104 recto. Les registres capitulaires de cette époque présentent un grand nombre de punitious canoniques infligées à des clercs pour violation de la discipline.