CHAPITRE TKKNTE-DEUXlfcMK. !3*5-rl
long-temps, uu procès contre le duc d'Orléans, dont les péagers avaient arrêté des marchands rouennais à Crespy en Laonnais (Oise), et avaient exigé des taxes contraires à leurs franchises '. C'étaient là de fâcheux antécédeus pour le prince qui se proposait de visiter Houen ; aussi la nouvelle de son voyage fut-elle accueillie avec uns malveillance que le peuple ne chercha pas même à dissimuler. Le duc d'Orléans crut pouvoir parler en maître; il voulut désarmer les bourgeois , et leur fit ordonner de porter leurs armes au château , mais- ses envoyés n'obtinrent des Rouennais que cette réponse ironique : « Si nous sommes forcés de porter nos aimes au châcc teau, nous irons armés; armés aussi nous çn re- « viendrons3. » Le duc se trouvait hors d'état de soutenir par la force sou imprudente menace, et il fut contraint de sortir de Rouen, laissant derrière lui une population dont l'irritation n'avait fait que s'accroître , et qui méprisait un pouvoir aussi faible que violent. Ce ne fut pas le seul désappointement du duc d'Orléans.. De retour à Paris, il avait espéré se faire donuer la. Normandie en apanage; mais les ministres de Charles VI profitèrent
1 Archiv. niunicip., délibérât, du dernier jour de février 1394 (1395).
a « Si arma ad castruoi déferre uos oporteat, sic net, et non aliàs, quèd locom ingrediemur et egrediemur libère ad unguent loricati. » Monftch. S. Dionjs.,.édit. Bellagtet, III, 284. '
*f6 COMMUNE, DE ROlîfcN. H* PARTIE. .
d'un instant de lucidité du roi pour faire rejeter la •demande de sou frère, et conserver à la couronne son fleuiYMi le plus brillant '.
Le duc de Bourgogne, Jeau-sans-Peur , crut !a circonstance favorable pour traiter avec les Roueniiais et les gagner à son parti. Il envoya à Rouen un de ses gentilshommes, M. de Saint-Georges, qui eut une conférence avec le capitaine de la ville, Guillaume de Belengue 2. Les registres municipaux, en mentionnant le fait, ne nous font pas connaître la réponse du capitaine de Rouen. Il est probable qu'elle fut peu favorable au duc; car nous le voyons s'adresser ensuite aux éche- ^vins, et écrire aux bourgeois. Le 29 août ï4o5, on apporta aux magistrats municipaux réunis à l'hôtel de ville, des lettres du duc de Bourgogne adressées à la ville de Rouen. C'était là une tentation séduisante; quelques-uns crurent le moment venu de rompre avec le pouvoir central, et de reconquérir les anciennes franchises eii s'appuyant sur la protection d'un prince aussi puissant que Jean-sans-Peur. Cependant la majorité des échevins rejeta cet avis; ils ne voulurent pas intervenir dans les querelles des princes; mais les mesures qu'ils
' « Cum Normannia potior et uberior pars regni sit. » Ibidem. 7 Archives municif)., Reg. dcsclolihcr., séance du 29 août 1405.
CHAPITftE TRENTfi-DKUXIÈME. «Si» — 1418. 517
**foptèrent prouvent qu'au milieu de l'anarchie de » France on revenait presque à la constitution républicaine et à l'indépendance des Commîmes. Les ischevins placèrent à chaqUe porte de la ville deux tioiniàes armés soUs leurs vêtemeûSj et Ifeu* enjoignirent de veiller à la garde des portas , jusqu'à ce <jue tes choses fussent apaisées *ntre /W. (tOtiêtths *t M. de Bourgogne. Les gardes devaient faire connaître au capitaine de la ville tous tes hommes d'armes qui entreraient dans Rouen * . Ges précautions prouvent que l'on craignait ntt coup demain , et que la ville voulait rester indépendante. Mais, si les échevins , en prenant des mesures d'ordre , demeuraient fidèles à l'autorité centrale, il n'en était pas de même de la multitude , où fermentait un violent levain démocratique et bourguignon. Pendant plusieurs années encore^ on réussit h comprimer les passions populaires; iftats les événement qui se succédèrent étaient propres à déconsidérer déplus en plus le pouvoir, à augmenter l'anarchie , et à exalter les sentimens démocraticpies.
Les ducs rivaux, après les excès les plus criminels et les accusations les plus honteuses j feignirent de se réconciliera Mais JeŒm«*sau$«Pefur fit lâchement assassiner celui auquel il avait juré
1 Archives rmtitfclf).', H«g. «tëêttéHfcérat., i& àwèt T405.
sur l'hostie paix et affection* Cette nouvelle du*^ produire à Rouen une triste impression, etj quoiqicrle due d'Orléans n'y fût pas aimé , un si odier^j assassinat ne pouvait trouver de sympathie. J ^es registres municipaux s'expriment , à cet égard, avec tout le laconisme ' des actes officiels. Mais on / reconnaît l'intention de plus en plus marquée des échevins de rester neutres , et de mettre la ville à l'abri d'une surprise. Voici le passage : « Le 39 noce vemtwe 1 407, il a été décidé, attendu les mer- « veilleuses nouvelles survenues de la personne de c< Mous. d'Orléans, qu'on fera le guet jusqu'à ce « qu'pn soit mieux informé. On veillera aux portes « de la ville nuit et jour; il y aura six hommes de « jour et quatre hommes de nuit. Il n'y aura point « de guet à la porte du château (porte Bouvreuil), « qui sera complètement close et barrée. Outre « les six hommes de guet , il y aura chaque jour, « aux portes de la ville, deux arbalétriers de la cin- « quautaine. De nuit , il y aura guet errant de cin- « quante hommes hors de la ville, du côté de Paris. « L'on enjoindra aux hôteliers de ne point loger « des gens armés j sans prévenir le bailli et le capi- « taine de la ville. On fera défense expresse de « porter des armes hors de la ville , du côté de Paris. « Le capitaine et plusieurs conseillers doivent visiter « immédiatement les portes Martainville et Saint-