‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 41 sur 238 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

leur but est le monopole des maîtres, et, autant que possible, la transmission des privilèges de père en fils. Les fils de maître sont presque, toujours dispensés d'apprentissage; on les exempte de faire chef tT œuvre y comme on disait alors; ils ne paient que demi-droit en arrivant à la maîtrise. En un mot, les statuts sont faits évidemment dans leur intérêt et pour l'exclusion des étrangers.

Il existait alors dans Rouen des corporations d'arts et de métiers dont l'importance nous étonne aujourd'Hui^ et tenait sans doute aux mœurs', et aussi peut-être à l'art militaire de cette époque. Ainsi, les faiseurs de courroies formaient à Rouen une. association assez importante pour -que trois maires, Robert de Launoy , Thomas dit Bosc et Guillaume de Sichierville se soient occupés de ses statuts. Ce fut en i339 ( 1 3/|o) , que Robert de Launoy confirma le règlement que Durand Filleul, maire en 1280, avait donné aux faiseurs de courroies1. U paraît résulter des ordonnances relatives à ce métier, que les courroies garnies de fer et faites de cuir de bœuf, étaient destinées aux machines de guerre de cette époque , ou servaient «1 tenir la lance et le bouclier. Ce qui nous confirme dans cette supposition, c'est que le métier décline à l'é-

1 Archives départem., Reg, capitulaires de 1341 à 1378, f° 68 •^cto et suivans.

poque où l'invention des armes à feu change te système militaire. Le nombre des faiseurs de courroies est si peu considérable dès le milieu du xiv* siècle, qu'ils ne peuvent plus payer le loyer de leur halle,, et que le inaire leur remet une partie des frais '. Ce qui ressort surtout de ces petits détails t/ et de toutes les minutieuses précautions de ces ordonnances , c'est l'autorité du maire sur les corporations industrielles. Ce sont, il est vrai, les gens du métier qui viennent demander à ce magistrat son intervention , mais c'est lui qui donne les statuts, lui qui peut les modifier, et s'en réserve formellement le droit a ; c'est lui, enfin, qui, sur lerapport des gardes du métier, fixe les amendes laissées à sa discrétion. L'autorité du maire n'était pas limitée aux corporations d'arts et métiers ; elle s'étendait quelquefois aux corporations militaires. Ainsi , à Rouen , le inaire avait sous sa juridiction les arbalétriers , quoique leurs privilèges remontassent à une haute antiquité, et n'eussent pas été donnés primitivement par l'administration communale. Les cinquante

1 « Pour ce qu'il est venu à la congnoissance de nous maire dessus dit que il n'a pas si grant nombre de personnes ou dit mestier de couroiers de Rouan de grant quantité, comme H sonloit ( avait coutume ). » Ibidem.

2 « Sauf et réservé que toutesfois qu'il plairoit au maire, qui pour le temps seroit , se il vcoit aucune chose à corrigier en la dite ordenanec, il le pourrait faire. » Ibidem.

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