CHAPITRE HUITIÈME
grand nombre de bourgeois fit détruire un gardefou que les moines avaient ajouté à un de leurs moulins. Le bailli de Saint-Ouen était présent, et hors d'état de résister à force ouverte ; il protesta du moins contre la violence des bourgeois: « Pre» . « nez garde, sire maire, dit-il à Jean Le Fevre, « prenez garde à ce que vous faites; ce moulin dé- « pend de l'abbaye et baronnie de Saint-Ouen , que
• nous tenons du duc notre sire, à qui seul la jus-
• tice en appartient f. » Malgré les protestations et les menaces du bailli de Saint-Ouen , on détruisit le garde-fou , et les moines voulurent en vain forcer le maire à le rétablir.
L'inspection des cours d'eau , et principalement dé Robec, donnait aussi lieu à dés conflits. Elle appartenait au maire , et ce fut en vain que les moines y qui avaient leurs moulins sur Robec, voulurent s'opposer à l'exercice de ses prérogatives. Une charte du duc Jean maintint la Commune clans ses droits. 11 s'y exprime en ces termes : « Notre amé le « maire de Rouen nous a adressé une doléance, où « il nous représente qu'en vertu des privilèges de la
• ville et daqs l'intérêt de la sûreté publique, il a « eu, de temps immémorial, le droit de faire visi- « ter, par ses maçons et charpentiers jurés, le cours
Archiv. municip., rcg. DD, f° 13 verso.
« de l'eau de Robec, d'entrer dans les moulins et c autres maisons sises sur cette rivière, et d'y perce- « voir une redevance. Néanmoins , Colart Morelet, « se donnant pour sous-sénéchal de Tahbaje de « Saint-Ouen , a empêché , le lundi de la Pentecôte « i349, le maire et ses jurés, de visiter le cours g de Robec dans le moulin appelé le graud moulin * de Saint-Qiîen, quoique les maires précédents et «tes jurés de la Commune eussent toujours fait « faire la visite dans le dit moulin* et reçu cinq « sous de redevance par an. Ainsi, c'est à tort que « Colart Morelet, eu son nom. et au 'nom des « moines de St-Ouen, a troublé le maire dans l'exer- « ciçe de ses fonctions, au grand grief et dommage « de la Commune de Rouen. Nous vou> maadon** « dit le duc en «adressant au bailli et au vicomte, « que vous appeliez immédiatement sur le lieu du « débat les parties; si vous reconnaissez la justice « de la plainte du maire, mettezwle, suivie-champ* « eu. pleine jouissance de ses droits et prérogatives. <i Donné le i6juin i349x- » •■■»■..
Ainsi, sur presque, tous les. points ,j1 y avait lutte entre les autorités rivales. Il n'est pas étoriûant que* dans lès momens d'ivresse et d'emportement, le peuple ait; attenté aux propriétés de l'abbaye. Il s'arrêtait devant les hautes murailles du monastère,
1 Archiv. municip., reg. Dfo, f° 15 recto.