CHAPITRE NEUVIÈME
lité se présenta seule, et que Je tôle ne cacha plus la cuirasse. Des seigneurs, fiers de leurs châteaux crénelés, de leurs engins de guerre et de leurs nombreux vassaux, entouraient la ville comme d'un cercle de fer. G£ n'étaient pas. seulement les hauteurs qui étaient hérissées de l'appareil de la féodalité. Les vallées même, que, de nos jours, l'industrie enrichit de ses pacifiques et fécondes créations,, présentaient alors un aspect menaçant. A Déville, s'élevait le manoir féodal de l'archevêque; dans la vallée de Darnétal , les seigneurs de Préaux , du Vivier, de Roucherolles, étaient continuellement en querelle avec les bourgeois de Rouen. Tantôt des conflits de juridiction , tantôt des procès pour quelque violeuce, étaient l'occasion d'une lutte achariiée. La querelle plus célèbre dont les archives delà ville aient conservé le souvenir, éclata en 1 345. A peu de distance de Rouen, dans un lieu qui tt'a conservé aucune trace des temps féodaux, s'élevait le manoir du sire de Préaux. Les maîtres de ce château appartenaient à une des plus anciennes familles de Normandie. Nous retrouvons leurs noms dans tous les événement mémorables dont Rouen fut le théâtre. Us apposèrent leur sceau à la capitulation dé Rouen, en i ao4» et prirent part aux divers records ou enquêtes que fit faire Philippe- Auguste sur les droits des barons et du clergé.
iU COMMUNE DE ROUEN. If PARTIE.
Jamais, jusqu'au xiv* siècle, ils n'avaient été en lutte avec la Commune de Rouen. Mais, en i335. le sire de Préaux attaqua les Rouennais, en faisant arrêter un bourgeois, Robin le Gras. Nous ignorons la cause de la violation des privilèges communaux , mais il paraît qu'une haine' violente, animait le seigneur féodal contre le malheureux bourgeois. Il le livra à ses gens, qui le maltraitèrent, et le fit plonger dans ses prisons , horribles cachots qui rendaient rarement leurs victimes. La Commune était trop fière, tenait trop à ses privilèges pour abandonner un de ses membres à la brutale vengeance de ce seigneur; on apprit avec indignation , dans Rouen , cette audacieuse violation des libertés communales. La fureur de la multitude menaçait d'éclater en actes de violence, et si l'on eût cm l'exaltation populaire , le château du sire de Préaux eût bientôt péri au milieu des flammes ou sous les coups de la foule , comme quelques années plus tard celui du sire du Vivier1. Heureusement, les plus sages arrêtèrent l'effervescence de la multi* tude. Ce qu'ils redoutaient, ce n'étaient ni les larges murailles, ni le» hautes tours, ni les machines qui lançaient la mort. Mais où s'arrêterait le peuple déchaîné? Comment lui imposer dé nouveau le frein, qu'on aurait bientôt brisé ? Us préférèrent
1 Voyez plus loin , chapitre XIII.