CHAPITRE NEUVIÈME
elle Les défendit même contre le duc de Normandie. Le maire de Rouen prétendait avoir la haute justice dans le fief du Bois-Guillaume. Il en était résulté un long procès , dès le commencement du xive siècle f, entre la Commune et les seigneurs du Bois-Guillaume, Robert Thomas , Guillaume Thomas pi Nicole Thomas. Les prétentions de la Commune avaient d'abord été repoussées par l'Échiquier d$ Normandie". Mais l'administration municipale ne se découragea pas; elle provoqua une enquête, qui fut continuée pendant plusieurs années, jusqu'en i337- A cette époque, le procù?. reur du duc de Normandie déclara au maire que Nicole Thomas , seigneur du Bois-Guillaume , étant accusé de crime capital , la justice de ce fief était mise sous la main du duc , et que , par conséquent, Ja Commune devait se désister de ses prétentions sur ce domaine. Mais le maire refusa d'y consentir, et > peu de temps après f une nouvelle ocçasiou se présenta de soutenir les droits de la ville sur ce fief. U s'agissait du manoir de Bihorel, qui dépendait du Boi&-Guillaume. Un procès s'était engagé, à l'occasion de ce manoir, entre deux bourgeois de Rouen , Jean de la Ferrière et Guillaume Thomas. Le duc et la Commune sou-
1 Rcg. OD, P 134 verso.
«"Voyez Pièces justificatives de la première partie, p. 302.
14» G0JUIU5E DE iOUEN. 0* PAMIE.
tinrent , contradictoirement , que b justice du fief leur appartenait1; le procès fut porté devant l'Échiquier, et n'eut pas de solution sous ce règne; mais le fait seul de la lutte de la Commune contre les droits féodaux du duc, atteste la puissance de la bourgeoisie.
Au milieu de ces dissensions continuelles, qui absorbaient une grande partie de l'énergie -des Rouennais, pendant que fermentaient des passions si orageuses, et que l'activité industrielle semblait seule dominer à Rouen 9 les arts étaient loin d'être négligés. Eu faut-il d'autre preuve que cette magnifique église de Saint-Ouen , dont la construction fut commencée à l'époque que nous venons de parcourir? Mais même, dans un genre moins élevé , on trouve des preuves du progrès artistique de Roueu. Ou mentionne les orgues de l'église des frères Mineurs ou Cordeliers*, et surtout une horloge placée dans l'abbaye de Sainte- Catherine. Le mécanisme en paraissait admirable; à certaines heures, elle chantait l'hymne Conditor aime siderum , qu'on pouvait entendre jusqu'à Roncherolles3.
' Reg, DD, f° 142 recto et suiv.
* « Espécialement nos orgues. » Archives des frères Mineurs , liasse intitulée Confrérie de la charité, aux Archiv. départem.
3 « Eo tempore, in dicto templo Sanctae Katarime appositum