CHAPITRE DIXIÈME
nous devons donc entrer à ce sujet dans quelques développement
Ce fui le 20 mars i35i que s'ouvrit ay Pont- AiicLemer rassemblée des Etats de Normandie. Les députés de Rouen étaient au nombre de cinq : Vincent du VaHticher, Etienne de Croismare, Pierre de la Ferrière, Robert Huguet, Jacques Bares1. Ils assistèrent le dimanche 20 mars à la harangue des commissaires royaux qui exposaient les besoins de la France et la nécessité d'un subside pour soutenir la guerre contre le? Anglais, Les députés ne répon* dirent pas immédiatement pu discours des commissaires; ils demandèrent jusqu'au mardi, pour, concerter les conditions auxquelles ils accorde-* raient le vote de l'impôt,
jl.e mardi, une nouvelle réunion eut lieu, et l'on jeteur des Etats iit le plus triste tableau de la Normandie; il montra les campagnes minées par la guerre, beaucoup de villes brûlées, les habitans livrés à la cruauté d'une soldatesque effrénée, le commerce suspendu. Il se plaignit de la mutation continuelle des monnaies, et des violences des sergens royaux, qui s'emparaient des chevaux, oh^f>
1 ' Ordonnances des rois de France, If, 400, 41 1 et 4 1 5.— A. Cane], Etats de Forme ndiç au *rv« siècle, p. 115. J'ai changé le nom de Cramaire en celui de Croismare , qui se rencontre fréquemment dans les actes de la Commune , tandis que le nom de Cramaire n'y parait jamais.
rettes, provisions. Les privilèges des Normands n'étaient pas respectés; on les citait en justice hors de leur pays, contrairement aux privilèges accordés par tarit de rois; on les traînait devant les maîtres des requêtes de l'hôtel du roi , et autres officiers royaux. On les molestait au nom des privilèges ecclésiastiques. Les impots étaient devenus excessifs, et plusieurs villes, telles que Rouen, en payaient déjà de très-considérables pour l'entretien et la réparation des fortifications, quoiqu'elles eussent pu s'en exempter en vertu de leurs franchises. A plus forte raison, elles pourraient refuser le nouveau sacrifice qu'on leur demandait» Mais, désirant conserver les bonnes grâces du roi et contribuer à la cessation des hostilités, les députés accordaient le subside réclamé. Ils exigeaient, toutefois, que, par une charte solennelle, on déclarât que ce précédent ne serait en rien contraire à leurs privilèges. L'aide ainsi accordé par les États frappait surtout le commerce; on devait prélever un droit fixe sur les ventes et achats l.
Les députés ne consentirent à voter cet impôt qu'en fixant des conditions bien précises et en obtenant la promesse formelle qu'on ferait droit à tous leurs griefs. Les commissaires promirent , au nom du roi, qu'on réformerait les monnaies. On
1 A. Canel, Etats de Normandie au xiv« siècle, p. 18 et 19.
CBAPLTtË DIXIÈME* 1550 ~i3Mi • î&i
défendait expressément d'exercer le drbit de pouramie, un4 dés abus les pfas communs et les plu* odieux de cette époque; il consistait à s'emparer, ao nom du roi, de ses pareas oii officiers, des che* Tstax, voitures et provisions des vilains, .sans rien pffycr. A: l'avenir, tous les magistrats devraient arrêter ceux qui voudraient exercer ce droit «tynautique. Sif un courrier du roi avait absolument bèsom de chevaux, il devait s'adresser mx juge» dapaysy qui 4ui en feraient délivrer à un prix rai1sommble, rtiàis sans qu'il pAt s?en emparer despptiqnemeut. À voir les1 précautions minutieuses prises pour empêcher les- actes arbitraires, on peut juger des &bw qt*r se commettaient.* Malheureusement, sur ce point comme sur presque tous les autres, les plainte^ se renouvelèrent bientôt et prouvèrent qtfon n'avait pas exécuté les mesures adoptées par
D'autres griefs excitaient encore les réclamations <fes députés; ils demandaient l'observation Stricte delà chtrte aux Normands, en ce qui cortceraait'les wg#w o*u huipsiers. Ges derniers «kaient charges. <fettterlesaceutré*en justàceyde signifier les sea* ^ces^'arréter les coupables et d'exercer >d?au très fonctions analogues.: On ' de vait • «xiger d?ett* certaines condition» de capacité) et 'de moralité, «nais souvent les*erge«s se dispensaient de remplir
ftt COMMUNE DE ROUIff. II* râftfflE.
euaMDêmes leur charge, et confiaient l'exercice de leurs fonctions à des hommes qui n'offraient point les mêmes garanties. Ce fut oontre cet abus que s élevèrent lés Etats. On promit d'y mettre ordre. Dans le cas même où les sergensauraientun motif légitime , comme la vieillesse on la maladie,/ pour s'abstenir de remplir leurs fonctions* ils me? pourraient, se faire remplacer que par" une personne do&t le juge du pays aurait' reconnu la hioralUé eti Jia capacité. Quant aux dignités de Bergeoargénéraux, c'était une invention de la fiscalité, -doott-la suppression fut vivement rédamée par les iÉtaAs et accordée par les commissaires du roi J .m. ;.-.■■;
-Los député* s* plaignirent aussi dea vexations auxquelles étaient e&posés ceux que poursuivaient les officiers royaux. Souvent, sans motif suffisant, on commençait par confisquer leurs biens et les emprisonner; souvent ils gémissaient dans une cap* tivilé longue et rigoureuse, avant de comparaître devant leurs jugea. ,: -
..L'assemblée demanda qu'antérieurement à toute poursuite, le bailli et les autres magistrats examinassent scrupuleusement l'affaire* et, en second tien, que, dans le cas où lés parties Voudraient, suivre les voies de droit et donner une caution suffisante, on ne s emparât pas de leurs biens et on ne les li* vrât pas à l'avidité de garnisaires, ou, comme dit
CHKN1RB DUUfiMI. flWO-^lKH. . MB
Wt^de «*«*»«,* I^oamaisaaircspromim.t ^ frire droit à ces réclamations). 11 /fut iacore dé* cidéVque les Ëtaià des. ptweès. seraient payé» par le tafeor royal* etiuon par les parties. Du reste*, «es daqisîwp ne s'appliquaient qu'aux affaires cir îles } les. procès icriibinels. étaient laissé» À l'arbitraire des juges rojanri .-» ;'»' .; . V
- Une de* principaks causes du roéeonlenteirtent géeérbl venait!; dès; atteintes portées ,:hi là chatte mai . Normand?. Elle déclarait .• qu'on jie poutraîf traîner les huintans de la Normandie devant un tribunal! étranger, et néanmoins oo les appelait sa»* «ef*e devant le parlement de Paris- L«&,oom» missaires royau» prortiirent que ces; abus aie se renDUTelleraieot fplusi Iàà juridictions çsfceptionaeMes, cpmme celles des maîtres del'hoteldn roi; et de la reine, des maîtres des eaux et forêts, de V-ê* mirai tJe; France, furent irestreinbesy etoti put apr peler «I* toutes* leurs. sentences devant l'échkfuiei; èe Normandie. Les usurpations de la . juridiction «déstsistiqoei furent aussi attaquées parles Étais, et on déclara que les baillis et vicomtes devraient <W*asoderaU*préUtfc sfy mettra «klre d'etix^ménfces, mbs que^rde cobeeHt nvec /<$r bonues gens <tfû /N^^iUtfeppoèe^ieiitv^^imfpak^alnMir^; ' tvv<:> Oqi déplpraH îju^si les malheurs* dçs guerres civiles qui ensanglantaient laprovinee; elles avaient
ffré COMMUNE DE ROUEN; II» *AMVB.
pris^ un nouveau caractère de violence au milieu de l'anarchie a laquelle le royaume était en prbie. 11 fut expressément enjoint ,aux baillis et vicomtes ^arrêter ceux qui troubleraient le pays- par des guerres intestines, et de les envojjffràRoureo^iLav ils* «étaient tenus sous bonne :gaitfc renfla' pqison du roi, et leurs biens seraient confisques^.;! . -•' i»i-Tots les rmpôt s devaient $toro: suspendus pfendtotMa durée de* cejui qui :Ven«fcd!êtPO vète>par tés «États. Les terrefe des rioblité etvdesvjnèhibrcs de là*&mille toyale y seraient sourt&es comrneiles autres; les concessions faites par ies;> Etat* ae devaient porteH aucune raUeintelaur privilèges particuliers oii généraux de la Normandie*. < ^a1(>^>i:> ^ Les députés: de la noblesse n'avaitot^ifrtrpris part à cette asièmbléedes États. ï\k ne comparuitent devawt le* 'commissaires royaux epsè le;i*4 «oars *35i *> 'Us accordèrent la levée.de; l'iropotlvoté pair {a bourgeoisie, dans : leurs terres!» et sur leurs vasàaUx, mais à' condition que lés jdeorées rdestiaées à 'leur -usage seraient exeraptee dér *out
droit.: i« -..- .■:'. -ïv ■-■ --rJi/.;* *-.-:» '<■-» R'i?,l'yA.. ;»■: ».
<* TïbtttesJeà' délibérations *âk L'afeseqibléeyèçttccift l'Approbation du roi* le S avril de la m&ne année* On devait commencer Aa perception «La l'impôt lé ?i "mat,
1 * Voyez la ' liste des nobles , dans ' "A. ëanei ,* ' JHiroiA» ^tfortoondie yftu xix* siècle j«pj$8 < .i v<.»«'. riiJ-^Mi^f:.-*. i:m -,'■ .
CH4*OTRE< DIX4ÈME. i*5*>-r*m < 465
et TuQhjde* coflftmisçAresroya&x,, Simou de Eussy, SQ,r$nçftt à Rouenr, prévoyaat peutrêtre le* difïlç\\\té$ que. rencontrerait! uue pareille wesure de k p^rÇ.d'upe popqlatioa déjà gravée de tatit de charges pwr Ja fléparatipn ;des; fortification^: Il essaya d^bord> de gagner te$ Rq**eniiais ; il leur apportait phisjenr$ chartes roya^s destinées à Confirmer leurs privilèges* , {L'une ratifiait la charte, de Philippe^ Aijgu§fe ( 1 207) ,* ; , une^utre confirmait lp juridifctioi^jdu a^airiç, telle que l'avaient établie les ordonnances de Philippe III (1*478) et de Philippe^- Bel (1309) a. Après avoir rappelé le texte de ces chartes, Jeafl continuait ep ces termes ;. « Noms
• • approuvons' ces lettres et tout ce qu'elles con* V tiennent dans la /manière 'et foripe exprimées
• cir dessus , car nous croyons qu'il est juste et « conforme à la raison d'accorder ldéS privilèges
• et. des. faveurs à ceux, qui ont bien mérité du
• pays. En conséquence, par la teneur de ces
• présentés, nous donnons5 en mandement à potre
• bailly de Rouen et à tous nos justiciers yaiasi
• qr/à ïètfrsfieiïtenant$,'de laisser les' boufgebîà
1 Archive? muwcipalca, reg. H , p^:Mhxfn***W**,-90V*l* charte de. Pfcilippe»Augittte , Histoire de la Commune* première partie, ch. VI, p. JOl etsuiv. ■ .: .1 . ;;. » •■•-•;
a Voyez Histoire de ta Commune, prentfète partie y chap. Xç p. 1«S , î<W y 170 et 171, et chap: XH ;î:p! ?06.
166 COMMUNE M ftOUBN. It< PARTIE.
* de Rouen jouir de leurs franchises et libertés,^» q
* sans y apporter aucun obstacle. Que j s'ils trou- — é vient qu'on a porté quelque atteinte atrx droits^» « de là Commune, ils fassent cesser immédiate-^— m ment les abus, et assurent aux' Rouettaais la ^ « libre jouissance de leurs privilèges. Fait et données 4 en notre palais, à Parts , le vendredi saint l35o -
* (le i5 avril 1 35 1 ) f. » La charte &ait Aotmêt=à ta relation de ce même Sitztôn de Bassy, tjm venait maintenant , en qualité de commissaire roytrl r présider à la perception de l'impôt.
1 « Quas quidem litteras ac oranîa et singula in eisdem nttetfs -^
ctritenta modo *t forma , quibus stiperltis *unt etpreasà ; atten-
dentés dignotn esse ac juri ao ration! oonscataneualienèflRBitos — ^ congruis honoribus attollere et favore prosequi benevolo, rata -^^ habentes et grata ea volumus approbare, et etiam, ex certâ-^a* scientiA aosfcraqtte authoritate regii, de spécial i gta£S6, tenore ^^
prsesentium conûrraawus , baillivo nostro Rothomagenai caste-
risque justfciariis nostris. qui nunc sunt et qui pro tempore -=— ^ faerunt et éorum loca tenentfbus , dantes tendre prsesentSum -* in mandatas , ut cnres Rothomagi pnedictas ronuietudinàbus > ~~ franchisais et libertatibus suprà scriptis uti et gaudere pacificë ' faciant et libéré permittant , ipsos aut eorum alterum nàllateaùà impedientes in éisdem atlt àliqa* praHnfsserani. Qnln imo, si forsan ipsi aut aliqui «orumdem qnidqiiam in ^ntrarjum reperierint factum seu etiam quomodolibet atemptatum , illud, visis praesentibus, revocent et ad statum pristinum reducarit seu rednci faciant indiiatè. -Qaod ut rebor «fettaefrt perpetase ftrmitatis , his ptaesentibus litterie nostrom sigilfoni hnprimi fecimus et appendi , salvo in aliis jure nostro et in frit et aliis aliéna. Actnm *t datiun in palatio nostra regali, die Veneris sanctae, anno domini raillesioio trecentesino , mense aprili.» Archives municip., tir. 380, n° 2, et reg. --., f° 15 , verso.
CBJLRITttE DIXIÈME. 1*50-4311, m
On espérait séduire les Rouennais par ces pro» *itesse*^ mais àa- s'adressait à une population dont. l'esprit calme et sensé ne.se laissait pas si facilement .abuser. La charte était datée ,du i5 avril i35it et on allait commencer la levée dé l'impôt le |cr mat U était évident pour tous qu'on avait espéré les gagner par quelques cotioessious , et que cette faveur n'était arrachée à la royauté que par le besoin du moment. . D'ailleurs, de tout . temps, et - thème sous Pkilippe-le-Bel « , lep Bouemuns avaient toujours soutenu qu'on ne pouvait lever un impôt dans leur ville., sans le consentement de tous les habitans. Leurs députés, U «si vrai^ avaient assisté aux États de Normandie* et consenti à la levée de l'impôt. Mais les Rouennais necDoyaient: pas. que cinq bourgeois, puisent ^engager, par leur vote, plusieurs ntiUters d'habir *ans r dbut l'approbation était nécessaire pour «Imum* à l'impôt : un caractère légal. Les États, doat on avait aopaeilli l'institution avec tant de joie, n'auraient donc été qu'un instrument de fiscalité, ua.xnoyeo de tromper le peuple et d'éluder les privilèges de la Commune. Telles étaient les idées qui fermentaient parmi les Rouennais, les agitaient et préparaient une insurrection. Lorsque
1 Voyez la première partie de cet ouvrage, chap. X, p. 174, et ch.XH,p. 196.
Simon de Bussy ordonna de ^xxnmencer la . perception de l'impôt, les agens du fisc rencontrèrent une vive opposition. Il paraît même qu'il y eut uiie émeute, et qu'on se porta à des violences contre les collecteurs des taxes. Nous manquons de détails sur ces événemens; mais, à en juger par la sévérité avec laquelle on punit les Rouennais, ils s'étaient portés à des excès criminels. Lorsque le commissaire royal eut réuni les forces nécessaires pour triompher des rebelles, il fit publier une ordonnance qui défendait à tous les, bourgeois de sortir Be leurs maisons jusqu'à ce qu'on eût exécuté'la justice dà roi. Enfin , au moi&d'aiout <i3oi, la veille de la Saint-Laurent, il fit pendre vingttrois ou vriers drapiers i . r <\ :■■. : ? ■■ i .•* ;'■ Ce fut sous ces tristes auspices que commença à Rouen un des règnes les plus funestes à l'autorité? centrale. La Commune parut accablée, mais elle conserva un profond ressentirent qui se manifesta plusieurs fois par dé sanglantes émeutes;
■'M. Floquet, Histoire de F Echiquier, p. 102 et 103, d'après un manuscrit de la Bibliothèque royale. — Deïamare, ChroHol. Rotkom.i ans. 1351 .
dËÂPlTKfe Xï.
*£NeronteiuemtiU be la f ommune be. Eopeti , à roreqojon be notiptatiff impôt». — fWoiotatue beo ttoiutuiûto. — ttominotion è>n owe be tlormûnbtf ; son orrioée à Rouen. — iinfotûtton U €l)trieo4e-JRail9ato, oit comte de jÇorroiirt et or oluotetir* *tt$ ne*», on tlytoétf be flotte*.
(iSGft.-*135j&).
' es Rouennais Vêtaient résignés; ils avaient payé l'impôt voté par. les
j Etats de leur province. Ce n'était pas le seul fardeau qui pesait sur
[eux. Us continuaient d'élever à grands frais de nouvelles fortifications ; mais ils ne subissaient pas toutes ces charges sans un profoud sentimeçt d'amertume contre le pouvoir despotique qui les opprimait. D'ailleurs, ce simulacre de l'ancien «duché de Normandie, auquel ils s'étaient atr tachés avec tant d'ardeur ■, venait de s'évanouir. Depuis la mort de Philippe de Valois , il n'y avait plus de duc de Normandie, et, encore Une fois, la
170 COMMUNE DE ROUEN. IIe PARTIE.
province subissait la loi et la destinée de la France. Le pouvoir qui la gouvernait alors était loin de faire oublier son despotisme par son habileté. Le roi Jean ne s'était guère signalé que par des actes de brutale violence; comme nous l'avons déjà dit, il avait fait décapiter, sans forme de procès, le comte d'Eu, connétable de France, et donné ses dépouilles à un favori, Charles de La Cerda. Ce meurtre en avait provoqué d'autres. Le nouveau connétable avait été assassiné par Cha^es-le-J^iiyai^, rpi.de Navarre et comte d'Evreux , que secondaient plusieurs seigneurs normands. Ce crime paraissait oublié , et le roi avait amnistié les coupables, mais il existait toujours au fond des cœurs de sourdes inimitiés. Là bourgeoisie, témoin <&? ce» exc£a de la: royauté et de l'aristocratie féodale, ne pouvait conserver de respect pour des pouvoirs qui s'avilissaient par des crimes. Elle ne les connaissait que par leur tyrannie; comment s'étonner si elle chercha à s'affranchir de leur joug?
En i3557 on voulut enoore lever à Rouen un nouvel impôt. La trêve conclue avec le* Anglais venait d'expirer. II fallait rassembler une armée, et partant obtenir des subsides. Vers la fin. de, novembre i355, le roi convoqua à Paris les Etats généraux et confia la présidence de cette assemblée à Pierre de la Forêt, chancelier de France et ar-
CB4HTRE ONZIÈME. *W*^45**. m
ofaevêquedfe BaqenV Les, députés pnertiirieut U aolde de 3oôo hommes d'armes; mais, comme ils n'avaient, pas. reçu de leurs bailliages les pouvoirs suffisant pou? voter l'impôt, ils se réparèrent, s'en* gageant à revenir l'année suivante.
Cependant* l'annonce de ces nouvelles charges qui allaient peser sur la province, produisit en Norniaudie, et spécialement à, Rouen, l'impression la plus fâcheuse. On se demandait ce qu'étaient, devenus les précédons subsides; quel avantage en avait retiré le royaume? Le luxe de la cour, l'avidité de «quelques seigneur s , dévoraient ces impôts, prix -des. labeurs du peuple. Vainement on chercha à amuspr les bourgeois par de nouvelles promesse^ vainement on déclara, dans l'ordonnance puhliée après la:. tenue des Ejats, qu'on aie pourrait rien détourner des subsides votés pour la guerre, que ni le roi, ni la reine, ni leurs officiers, ne pourraient y toucher*. Ges promesses étaient illusoires; déjà tant de fois on avait été abusé , que toute fourberie : était signalée et dévoilée d'avance. D'ailleurs, Jes ennemis que la royauté avait à
Italien et en Normandie, ne restaient pas inactifs.
Le comte de Harcourt, qui était aimé des Roueaa-
uais, leur conseilla de rejeter l'impôt. « Ils seraient
' Grandes Chroa. de Saint- De njrs, Règne de Jean , ann. 1355. * Archives municipales, reg. ", P 136 et suiv.
m COMMUNS m ROUEN. )I« FARTIfc.
bien lâches et bien misérables, -leur disait-il, s'il consentaient 'à le payer; quant à lui, il sàufait bie s'y opposer dans ses domaines, et il n?y aurait ser^ — = gent assez hardi poufr en tenter la perception <. * —
Excités par les discours de ce puissant seigneur,
et pins endore par leur propre intérêt les Rouen
nais refusèrent de payer l'impôt. : ■" : 1;- " : Jean n'osa pas* employer1 la force contre une= — Comtâunè puissante, au moment où se renouvelaient lés embarras de la guerre' extérieure; Il essaya de gagner lés Normands et principatetfient teéRouëniïaity en flattant leur orgueil provincial: Ce ftit dafts Ce but c^tt*il nomma son fils aîné Charles,* dfucr de Normandie. Lui-même avait longtemps porté rcè titre 9 et s'en était servi pour arrhcher à la :^rovitfce des impôts considérables. Il espérait te même succès pour son fils. Le jeune prince vint immédiatement prendre possession de son duché, et fit son entrée à Rouen au commencement de l'année i356'a. Il fut reçu avec pompe dans la capitale de son duché, otï s'étaient réunis tous les grands feudataîres de là Normandie, et, entre autres , le roi de Navarre \ comte d'Evreux , et le comte de HarCoart^ qui s'& taieilt signalés par leur opposition au pouvoir
1 Froissard, liv. I, deuxième partie, chap. 20.
' Chron. des Abbés de St-Ouen, publiée par Francisque Michel, p. 88 et 89.
CiWBIT&E ONZlBNft JWKiHtflfcj. tf*
royal. Escorté p& lespfôcier* ix)yau*» par, le m«Mre> etiie^iipiÉm-! de* l*i vîtta^-lerno^K^u, duc, se re*4if| à la jcat^^kir^^r « <*ù f L'a| twdaienjt IVcfrevéqye , fa le çJflfïgé* ttvfut. ^uroooé; ayçc U popipe, qu'on a*ajt jadis déployés pour son père, Jean •„ M*H$ leSIWpé*'*^^ et tpufl
le*( esprîfc , «épient r trpu)>J^|i, , par t de , sinistres prcp* seotijïw^ Après sop^ couronnement, le duç; ç& ce^di^ dç & ?0s^théc^lfi W> «h^teav^v^U il deva^ loger,; Le kp^lMin^îl W#tf ^da^M gr^4? «H^kt dç,p^t«I,fortpre§^< tQH^l^ifeHdaJta^;î^ $q^
avjaiHtJput^ ili:falla?t;que .^po^ve^.dw pse^t lui-même seqnfieot; ^G ^Wt^ir ,1e?, fpsupçjUis/Bs.^ UpwvW^ qu!jl allait :gwvçrflei% .$a çlere,h^tfe, iKWjr^inTDn Çaudr,y, d^npiuç ^e.I^ievxj e$pp^ lesifcoitftet ^beptés.^^NmTflp^ndie], et supp^a Qlu^lesifJ^rl^s,, respecter et. *&$. les £mœ respecteç p«Mj\tes W^Mffl dijpf^pw4it quft.ljslle étailj.sqij H^^tt^iV <efc ppeta, le, SWfle^t, çrd^airç $ * J$ $y\i\r> ^(^i^jâgl^iejt ses.^pistfesj^flo,^, ipfiffajift ^.|^l^a^!4iiJ{R^ys>îçt ^c^é^^orp^pd^,^^ le|jp4wJt?,P^
à mes sujets bonne et loyale justice, au pauvre 1 Voyez ladeiijÈèwepaçtie,^
iT4 COMMUNE DE «MJB& II* PARTIE.
comme au riche; je les protégerai confire les oppressions et exactions. Je garderai le cfomtfine dii duché dé Normandie, tans en'foine &Kéftatâ*>h$ et je révoqïierafi de tout motr pouvoir légalisations faites au temps passé. * Le donttè de 'Harèoqtt et les autres seigneurs norriiàndg jurèrent afors fidélité âd nouveau' duc. Leprittefe se retira en suittr dans sa chambre avec le roi de Ntfvarre^ïe comté à» Harcourt, Geoffroy de Hafcdùrt; et ptusafeiktt griffe feudatairés* Puis oh appela les abbés n^tt^s, «jttï firent homntàgè' au duc pour lettre 'dètatàinefe féetdatai et lui jurèrent fidélité. Géê fcétëhmiiies ftf*éttt suivies dé* fêtes fébdates; ëtle clutt retitit lb*£temps lea barons normands près de toi*': :l ; ui '»"-'' On avait espéré^ par ces pompeuse* eéfiém&nieè ef par le nom magique de duché dé Noftmtodty éblouir les fibuènnais , comme on y aVsdt réussi sous le règne précédent a. Le -fui' croyait tjfa'ib sf empresseraient de Sanctionner le ? vote dél'ithpét et renouvelleraient les' sacrifices qu^lavak'6bté*rts de leur enthousiaste crédulité, à l'époque de son cbuirdnrhemeht comnte duc dé 'NoritokiôfAë/'lltdk Ie£ temps étafënt bien changés /et dé tristes exp&i rfèddes avaient appris aux RBiliénnaïs à se tenfr en ^arde contre lés promesses trompeuses de la
1 Chronique des Abbés de Saint-Ouen , ibidem.
* Voyez deuxième partie; chap.'l ,'pr. 14 et 16.- ■■•-».