‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 74 sur 238 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

pliant de ue pas le déshonorer par le meurtre de ses convives, dans lesquels il ri avait jamais vu que bien et courtoisie. « Laissez-les, Charles, lui rér pondit le roi; ils sont traîtres, et leurs actions « le prouveront en temps convenable; vous ne * savez pas tout ce que je sais. »

On avait préparé à la porte extérieure du château une charrette *, où on jeta le roi de Navarre, le comte d'Harcourt, Jean de Gra ville, Colinet Doublet et Friquet de Friquans. Le roi les escorta à cheval, avec son fils et ses hommes d'armes, et on se dirigea vers les fourches patibulaires. Elles étaient alorsdressées au sommet du mont de la Justice (mont Fortin ); là, des cadavres toujours suspendus à des colliers de fer et liyrés au caprice des vents, attestaient la haute justice du roi. Mais, à moitié route, Jean ordonna au cortège de s'arrêter dans un champ qu'on a loqg-temps appelé Champ du Pardon*, et là, en sa présence et sous les yeux de sou fils, il fît trancher la tête au comte d'Harcourt, à Jean de Gra ville, à Maubué de Mainemare et à Colinet Doublet- Il n'avait accordé les dernières consolations de la religion qu'à l'éçuyer Doublet, dont le seul crime était d'avoir voulu défendre son maître. On porta ensuite les cadavres aux fourches

1 « Biga jam parata. » Guill. JNangiac, ibid.

2 11 est situé à mi-côte, sur la route de Neufchatel; une rue récemment ouverte en conserve le nom.

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patibulaires , et on les y attacha avec des chaînes de ^ fer; on plaça, au-dessus, les têtes des victimes sur — des fers de lance. Quant aux autres prisonniers, -^ après leur avoir donné un si cruel spectacle , et les -=

avoir laissés quelque temps dans les angoisses et la

terreur de la mort, on les reconduisit au château T

Quels avaient été, pendant ces événemens r les sentimeus de la population rouennaise? D'abord , Jean , qui s'en défiait , prit les précaution»— nécessaires pour la laisser dans une complète igno — rance. Il évita de passejr par la ville, et fit conduire les victimes au supplice par la porte des- Champs, au lieu de leur faire trancher la tête sur la place du Marché, théâtre ordinaire des exécutions capitales. Il savait, en effet, que les Rouennais étaient attachés au comte d'Harcourt a, et il craignait qu'ils ne tentassent, pour le sauver, des efforts désespérés 3. Les habit ans n'apprirent l'exé-

1 Les principaux historiens contemporains qui ont raconté ce fait avec détails , sont Froissard, liv. I, part. M, çh. 20; le continuateur de Guillaume de Nangîs, publié par d'Açhery, Spicjtegiuni, édition in-4°, t. XI, 819-820; les Grandes Chroniques de St- Denys, Jean, ann. 1355 avant Pâques, (1356, St. mod. ) ; Villani, apud Muratori, XIV, 369.— Secousse , Histoire du roi de Navarre, t. I , p. 70 et suiv., a discuté les divers témoignages.

* « Les bonnes gens de Rouen aimoient grandement le comte de Harecourt, pour tant qu'il leur étoit propice et grand conseiller à leurs besoins. » Froissard, ibid.

3 « Pour ce que le roi se doutoit que les communautés de

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