‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 80 sur 238 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Nous oe savons quels furent, en cette circonstance, les députés de Rouen aux États généraux ; nous manquons de documens pour indiquer le rôle de la population rouennaise , et la part qu'elle prit aux événemens de Paris ; mais il est certain qu'elle dût vivement sympathiser avec Marcel et le peuple qu'il agitait. Les faits que nous avons déjà racontés, ceux, qui nous restent encore à retracer , en sont une preuve suffisante. Nous trouvons encore, dans les archives de l'hôtel de ville, la transcription des ordonnancesémanées des États, surtout lorsqu'elles intéressent le commerce , s'opposent à la variation des monnaies, interdisent les nouveaux impôts f et garantissent la sécurité des marchands molestés par les gens de guerre I . D'ailleurs, les hommes que poursuivait la vengeance populaire étaient quelquefois des ennemis de la Commune de Rouen. Témoin ce Simon de Bussy, qui avait exercé dans Rouen de cruelles représailles à la suite d'une émeute a* Il fut poursuivi par Marcel et la faction démocratique de Paris; ce fut un des vingt-deux conseillers du dauphin , dont le prévôt de Paris exigea l'éloignement3. Ces nouvelles devaieut causer aux boui> geois de Rouen la joie la plus vive, et leur inspi*

1 archives municipales treg. 5, f° 112, verso et suiv.

a Voyez plus haut, chap. X.

3 Secousse, Hist. de Chavles-le-Mauvais , I, p. 123 et 126.

rer une sympathie profonde pour la cause que soutenaient les États généraux. C'était la cause du peuple que défendait la Commune de Paris, et, à cette époque , Marcel n'avait pas encore souillé son triomphe par de coupables violences.

Mais l'événement qui donna à la Commun* de Rouen un rôle important dans les troubles de cette époque, qui y porta à son comble la fermentation des esprits, et devint la cause de graves désordres, fut la présence de Charles-le-Mauvais dans cette ville. Ce prince , après avoir été traîùé de forteresse en forteresse , avait été délivré par le sire de Pecquigny, vers la fin de l'année 1 357. Il se rendit d'abord à Paris, où son éloquence produisit un grand effet. Il harangua le peuple réuni au Pré' aux-C/ercs, représenta l'injustice de sa captivité, et attaqua indirectement le roi et le duc de Normandie1. Telle était la puissance de cet allié de la faction démocratique, que le régent, critiqué dans sbn discours, lui accorda toutes ses demandes, et, entre autres, la réhabilitation des seigneurs qui avaient été surpris en trahison, et exécutés à Rouen. Il fut ordonné que leurs cadavres seraient enlevés du gibet, qu'on leur donnerait une sépulture honorable eu terre bénite , et qu'on rendrait leurs biens à leurs enfaus. Le roi de Navarre

1 Grandes Chroniques de S t- Denis, Jean, ch. 46.

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