‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 81 sur 238 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

voulut présider lui-même à cette cérémonie. Il se dirigea vers Rouen, où il entra le lundi 8 janvier i357 -(i358)1, accompagné d'une nombreuse escorte. Il fut reçu avec de grands honneurs2 , et, pour célébrer dignement son entrée à Rouen , la populace , qui partageait l'exaltation de la Commune de Paris, alla brûler un château que le duc de Normandie possédait à quelques lieues de R ouen , au Grand-Couronne 3,

Deux jours après son entrée , le mercredi i o janvier 1 357 ( 1.358'), Charles-le-Mautfcis donna Tordre d'enlever du gibet les restes des seigneurs décapités en 1 356. On reconnut encore les cadavres du sire de Graville , de Maubué et de Colinet Doublet, mais les têtes qui avaient été placées sur des fers de lances avaient disparu. On ne trouva point non plus les restes du comte d'Har-» court, que sa puissante famille avait sans doute trouvé moyen de soustraire à l'ignominie des fourches patibulaires. Trois religieux de la Madelaine ensevelirent les dépouilles mortelles des autres

• J'ai préféré la chronologie des Grandes Chroniques à celle du continuateur de Guillaume de Nangis , qui place les événcmens suivans dans les derniers jours de l'année 1357. Secousse , ibid. , p. 164.

2 et Honorificè est receptus. » Guillelmus Nangiac, ap. Spicileg., XI, 833 et 834.

3 Grandes Chroniques de St-Denist Jean, ch. 46.

192 COMMUNE DE ROUEN. Il* PAWIE.

chevaliers , et on les déposa dans trois cercueil* — Un quatrième, entièrement vide,, était censé conter— nir le corps du comte d'Harcourt. Le roi de Navarre^ sortit alors de la ville avec une grande foule de^ peuple, et se rendit, au Mont de la. Justice? pour-"" faire rapporter dans la ville les quatre cercueils. Oo. les plaça sur quatre chars, et le cortège se mit en. marche avec une escorte de cent hommes, qui por — taient de grandes torches à la main > et sur la, poi— trine un écusson aux armes de Navarre. Lors — qu'on fui» arrivé 'du Champ du Pardon , où le^svictimes avaient été décapitées, le cortège s'arrêta^, et un grand nombre de religieux, de plusieursordres, chantèrent les vigiles des morts avec beau- — coup de solennité. Puis on se remit en marché dans l'ordre suivant : les deux chars qui portaient les corps de Maubué et de Doublet s'avançaient em tête; après eux marchaient deux écuyers revêtus des armes et suivis des amis et parens des martyrs , comme on les appelait alors. Venait ensuite le char portant le corps du sire de Graville, suivi de deux hommes à cheval élevant deux bannières à ses armes, et de deux autres sur des chevaux armés, l'un pour la guerre, l'autre pour le tournois; derrière eux, les amis du seigneur. Enfin , le char portant le cénotaphe du comte d'Harcourt , que suivaient deux varlets, deux hommes d'armes, le roi de Na-

cwawme douzième, tw **, *tm. m

Street les amis du comte. Le cortège s'avança

dous cet ordre jusqu'à la petite porte du château.,

pair où l'on avait mepé les victimes au supplice. Là

&*«urêtèreiit leseharç; on en retira les cercueils; des

^Vaevalierset defc&uyersles prirent et les portèrent

j^^aqu'àbl: Cathédrale. Le roi de Navarre suivait à

t>i«dy avec une foule iwombrable de peuple. On

**r*rriv* qMe fprt tard; à l'Église. Chaque pHier

Pliait tendu -de noiivftv.ec quatre écusson* aux anneç

^i^s quatre seigneurs. On déposa les cercueils danq

*^ne chapelle ardente de trente-six pieds de long*

^^t une. partie du clergé y passa la nuit à prier et

^^fcanterde» psauntes»

Le lendemain, ,u janvier 1 357 (iâ58.)y:fo ^^oi d# Navarre 'harangua le peuple d'une fenêtre ^cjùi surmontait la : porte Saint-Ouen l. . Une multitude innombrable, de peuple y était réunie* ^2harle«4e-Mauvai3 prit pour texte ces paroles: JJes innocent et des hommes de bien s attachèrent <* moifetb*. Il représenta les infortunés, dont les corpsallaient recevoir les derniers honneurs, comme» des martyrs, et reproduisit en substance; ce qu'il avait dit à Paris. Après cette harangue, qui excita ;

3 Cette porte n'était pas, comme ta cm Secousse (I, c. 167), la porte de l'abbaye de St-Ouen , mais une des portes de la ville» située derrière l'abbaye. ,

9 Guillaume de Nangis, ubi suprà.

ff. i3

494 COMMUNE DE fcOCEN lï« PÂRTŒ.

IWfr<*im**mfe de la foulé, le' roi de Katwre rendit avec tout le peuple à la Cathldrtile, L'évéqti d'Avranchtes célébra solennellement la mette dea Morts^ët oh déposa les quatre cercueils dans 1m chapelle des Ifmocôns, ùh lVm: vit lôhg^tempg safc— peridus les hëaufhes ou éawjuefc dèS cheVatiëi* * . Oïm fit placer dans le ctkfcéir là statue d'argent du oomt<^ d^rcotïrt0. Toutes beS cëréàtàtiièsyjdintès Irti* pa*btes du foi dèWaVârrt», ftVtrîeât vivtiiifettt frappé les esprits. On abhorrait tin pouv^r souillé pur lie crime , et trâ esaltait les piea* sfentknénsd^priiiee^ dont tià 'de£' premiers- soin* atadt<'étd dej rendre les honneurs funèbres à ses amis*' viçttaàes >de la plus otâteuse periSdiô. fP<Hïr achever- d^fe'cbairilier Pësprifc dès ïtôtiefcn&is, le r<ri de tfat atfe Invita à sâ'table'lé maire, qiiiy si Vàw en croit tes Grandes CHtàhiqtées de Saïkt-Wenîéi &âitalora un marchand <H riti de ipetité-wndition^. Utfé chronique manuscrit^ citée par Secousse, dans son Histoire de Cfuittë$-le~Mt*umiâ 4, ajoute qiïe le^oi dé Navarre fit manger à sa table un grand nombre de bout*geèîs , et * surtout les gms de ; petit étal , ta ver» nier» et autres.

« A.T>eii\le9Tomi>eaiixdela Cdthédralf^ p.éiïL, 1 10. . ». Mem, ibfch**.

3 Grandes Chroniques, Jean, chap. 46. "'•

4 Tom. I, p. 167.

ÇJItFHW QOl#I$M$. ..«MhMNR; tm

Il est probable! qu<e ce prince ambitieux, toe na-. gea. aucuu H¥>yeii pourgagiwr une puisaajarte ^^mmu»e; cependant, i'assçrtiou pelât i veau maure ^^e Rouen nous parait inexacte jnefc,. ftiaJgré lai ^pnfiançe cjtffl nous- itiapjroi* » poulette époque, \çs,Gr#W&fi£ fornique* de Sain^Dnnyfy nous ne £W!WPP3 l>4weUr£, < Etf . effets > le • seul maire que ^0nneft|«p9urifîtf t$ anpée,Je* «oies desxwibptea muxùcipsm^Se^lacqu^l^e Lieur,;is*u d'une ancienne familje^dç ty tia^io^rgeoisie,, et:$i distingué par se?, U^Wr 4Ue fô,4aupkin l'arma chevalier, de iup^ pfipitauje <Aç 4a ville , Qt lui confia la garni* du (ql>^eau de ,3oinjfe-CaJi)£?me V, Il est vraiàem^ blablft qp&, VwM^Mr 44s Gr&uits Chroniques v dan* & p^aUt.d^^eot^îP^wv la cagaft rqy&le % awtifr jetep du wij^e $uc t k Commun^ de; R^gç» *n> tranafçffro^ftt sommaire euun petit piaithaQ<i d* vîn. C'est, l^ufM? puérçlfljie^^nce d'esprit de pflrtlj Il y aurait cependant une hypothèse qui expliquerait le récit des Grandes Chroniques ; elle consisterait à supposer qu'au commencement de l'année i358, le maire de Rouen -était, comme elles le disent , un marchand de vin de petite condition ; que , plus tard , au milieu des luttes qui divisèrent la Commune et la déterminèrent à abandonner le

1 Archives municipales, reg. *L, f° 250, recto.

* Voyez plus loin , sur Jacques Le Lieur, le chap. XIV.

parti du roi de Navarre pour. celui du régetit, comme nous le verrous au chapitre suivant, le maire factieux fut remplace par Jacques Le Lieur, par-tisan du dauphin.

Ce sont là de pures hypothèses; mais il est un fait certain, c'est que le roi de Navarre avait réussi à toucher vivement f esprit des Rouennàis. Il y avait' à peine deux ans que Jean, faisant traînef au supplice les victimes de sa tyrannie, avait étonna et indigné les bourgeois par ce coup frappé à l^im-1 proviste; maintenant, on venait dei ravivée ces souvenirs par une cérémonie expiatoire ; la ptotope* funèbre qu'on avait déployée, le cortège immense de chevaliers et de moines, lés discours éé rriidè Navarre, tout aVaît contribué à rtàhnîéii,iës Jâri*' ciennefs douleurs, à exaspérer le peuple, et à'4l& porter à des actes dé violences. On ne Vit qtte tW)b! tôt le; succès' de ces coupables manoeuvres. k ) -J1V

CttAPiTRE XIII.

Iffftawwr&ctyufp; jmec »**l^ttjM«T*4tatftr tu prieuré** St.*#et?at* M.^n/^fnjl^jDbln-^l^hiairfft^iir fte* Rouennat»; réranrtliatton oorr le Eéjent; amnistie accotât. — Ce tCfigfhtVtrm à Hoiteii; traité be la Commune aueclé •ri jnftfr ïfù tltorrr. — priotlrg» > arrordei» au* fcour'îïof».''

il speqtycle imposant qu'on ver n^i( d'étaler aux yeux, des Rouen - Liais, l'émotion profonde exqitée daqs les esprits, les. sentimens de i veng^nce qu'on ; y ayait nourris, tout contribuait à, ex^ljtçi; 1$ population et à préparer unçrcrise violante. A ce? motifs, qui avaient dgjà si, puissamment, vepaien^ encore se joindre le? nouvelles de. ïfaris. L^ bourgeois apprenaient que la Commune de cette ville bravait le Dauphin, que, même, sous ses yeux, le prévôt des marchands, Etienne Marcel, avait fait assassiner les inàrédiaux de Clermont et de Champagne. Ils recevaient du

parti du roi de Navarre pour c comme nous le verrous au chapit factieux fut remplace par J?

tisan du dauphin. ?

Ce sont là de pures \ # fait certain, c'est que U toucher vivement IV à peine deux Anf supplice les victf

indigné : le* 4*/ , p, \

provisWç •'*'/ ' * ****** t

souveniri <* des Parisiens, 4

funèbre **lrt ^€S forteresses qui pov^

ifo,^- .a sûreté de leur ville. Les; Parisien y

jjl^ ue se rendre maîtres du Louvre, château

j m construit par Philippe-Auguste sur laftae droite^ ^la'Seinte 3. Rouen était aussi dominé parl^fitadell^ fie Philippe- Auguste avait élevée eu Cxà*]} Tes bourgeois marchèrent Vers5 la forteresse, %ans se laisser effrayer parles hautes tara raines et lés tarions tcjuilës garnissaient. Le capitaine du château, Jean Sdhnaïn, bailli de Caiix, était àbàent^ et là gatniàon n'osa opposèt* aucune résistance àla bourgeoisie' *1 TLes

* Secousse, HUt^dfi ÇharUs-le-Mauvais , J.,.2pi. . a Ibid., p. 163. .

3 idem, ibid., 213.

1 Ces détails sont tirés de la charte du régent, qui pardonne

prévôt des marchands et des écbevins de Paris des lettres closes dans lesquelles on les exhortait à prendre , en signe d'union avec la Commune de Paris , le chaperon rouge et bleu , qu'avaient adopté les partisans de Marcel E. Il est probable, quoique nous n'en trouvions pas de preuves positives, que les bourgeois de Rouen suivirent l'impulsion donnéepar les ftrrtbteiis * prirent le iilmpèi^ri, ^yitftbl^ drfpartï dé Mwcêl rèï iflé1 Charles de' ISfâvaîre, et qù*ilà y ajoutèrent 'le. collier dç, vermeil, awç l'inscription : ^ à bonne Jin?. >>,Ce qup re$t £Çf$aJui, c'est qu'ils imitèrent la conduite des Parisiens , et, comme eux, s'eropWrërfent des «forteresses qui pouvaient menacer la sûreté de leur ville. Les Parisiens vfeùaiteiit de &rëticfrfe hlàîtrcs du Louvre, château fortcûti&rltitpâr PKttippè-À uguste sur larive droite delà'Sëirite3;Rôri*n était aussi dominé parla citadelle ^tie'Philippe-Augu^é^vàit ele vée en i ao^ ; les bourgeois-marchèrent Vers' là forteresse , sans se laisser ef^Wpfàïleshâu^ et lés tfertlôttè fcfutïèfc

^rnissàSétîtiLeûàpîtaihed'u chStëkii, Jcâta ScWiù'ain, Bâilfi :ile Câo*;' étaft àtfseht> et Va gith'iibn'n'tàik ojipbsétf' «iicàiie T&istaffaj à1itlitafrgëtiiA& ^."Les

} Secnusse „ MiA^k <fc Çharles+le-fltowvais , } , , 1 20 1 , , . . , , » Ibid., p. 163. . , , t . ^

3 Idem, ibid.? 213. . '

4 Ces détails sont tirés de la1 charte du régent, qui pardonne

CHANTAS TREIZIÈME.; 455S—*W?4 m

Rouentiais* maîtres de la forteresse, et des armes qu'elle renfermait y disposèrent de toute Ja, ville, «t f malheureusement, la plupairt de ]eur$ aûte* indit qa^rent un esprit de vioJenoe: et deveftgqai#£ ty» rannicpie. .1 . ï ■ -» . . : *,; , ,,mx.j -,ji ■.,., <„ Comme ooi»rtivom ,tu prépéd^mflul, ' , }fl bourgeoisie ee plaignait depuis longtemps d## <?prperatfioâs religieuses, qui exerçaient dans R#uen, os au*; environs, une autorité presque absolue > flM travaieni sa juridiction* lui disputaient *éa droits dg eoaimeroej /et Souvent violaient ,ae$;. privilège £# prieurç de Sh *;Gemis , dépendant de J'tbbay* bénédictine de fcécamp, était, pquq ce. rapport, dangereux pqur tes Roupnnai»; >il& profitant 4#. Ir eveongtanoe pour .ta a uiner. Sou* prétexte qu'il pouvais servir d'asile aux ennemis, >Ao»t> on. cr»jh gflah toujours* iiné attaque *id* le Aàfrwwwt $$ fond en comble % et »'ejnpre*ë&&ft ajuMid'awuYif leur vehgeanee, bien plus que de pou* Vj&âr, à Jg ttW wté de; la yille^ ) ■ • . .» - ii, •.•;■■:> >>iîi: ,ï .r. -•!■ !••> ' U y avait aussi prieurs s^g^ur^ f^o^u^. dpftt lés ctiâtcau^ fortifiés, ioqui^ta^ni, Ift , pppftJattOQ roupimaise; déjà elle avait eu ded quêtes (sériei»8#|

aux bourgeois la prise du château. — Archiv. municip., reg. -^ folio 47, ré&b J^'tieéMtâtéj &st.tf&€h4t4e^MMMi&,l£, »R 1 Voyez plus haut, deuxième partie, qhap. VU1 et IX.

COMMUNE DE ROUEN. 11= IWRTîE.

avec le sire de Préaux , qui avait été forcé de s'humilier devant elle pour avoir attenté à la liberté d'un bourgeois de Rouen l. Un des voisins du sire de Préaux j le sire du Vivier, n'inspirait pas moins de haine à la Commune. Les chroniques ne nous apprennent pas de quelle offense il s'était rendu coupable à l'égard des bourgeois; maïs, ce qui est certain, c'est qu'une vive irritation régnait contre lui, et que, le jour de la vengeance venu, les Rouennais n'oublièrent pas leur ennemi. Ils attaquèrent le château de Jean de Bi ville, sire du Vivier, dans la vallée de Darnétal , et le brûlèrent avec tout ic qu'il renfermait ** Cet acte avait un caractère d'autant plus dangereux, qu'à cette époque même, les paysans, sous le nom de Jacques^ s'insurgeaient dans tout le nord de la France, et se vengeaient par d'effroyables violences de la tyrannie féodale. Les Rouen nais donnaient le signal d'une jacquerie qui pouvait entraîner la ruine de tous les châteaux voisins et le massacre des seigneurs. Ainsi, la Commune était dans un de ces moine us de crise où la voix du droit et de la justice est étouffée, et 011 l'on n'entend que les conseils des passions les plus violentes. Dévouée à la cause de Marcel et du roi de Navarre, elle agit avec la même brutalité que le

r Voyez plus haut, enap. IX,

7 Archives municipales , rcg. ^if"33l et 232 1 rfcclo et rurau.

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