‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 86 sur 238 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

ment des Rouennais, hors d'état de payer le nouvel impôt. Il fallut avoir recours aux emprunts, et la bourgeoisie, que nous avons vue antérieurement I prêter aux nobles , fut forcée de s'adresser à eux pour en obtenir les vingt mille moutons d'or. Ils ne les prêtèrent que sur bons gages. Un contrat, dont les archives de. l'hôtel de ville ont conservé l'extrait , nous apprend que le maire de Rouen , Antheaume de Maromme, de concert avec les pairs de la ville, avait emprunté vingt mille moutons d'or à madame Marie d'Artois, comtesse de Namur et dame de l'Ecluse , ainsi qu'à son fils Guillaume de Flandre , comte de Namur. En attendant que la ville pût rembourser cette somme , elle s'était engagée à servir à ladite dame, à son fils et à leurs héritiers, une rente de 2,222 florins et trois vieux gros*. Cette somme devait être payée tous les ans à Noël, dans la ville de Namur. Du consentement du Dauphin, duc de Normandie, la ville eugagea tous ses biens et ceux de ses habitans pour répondre de cette dette. Les Rouennais pouvaient être saisis corps et biens, en quelque lieu qu'ils fussent, si la rente n'était pas exactement payée3.

1 Deuxième partie, chap. V, p. 73 et suiv.

2 II est fort difficile d'évaluer cette somme, d'une manière certaine , en monnaie moderne. D'après le Traité des Monnaies, de Leblanc, p. 164 et suiv., elle devait s'élever à environ 35,000 fr.

3 Archives municipales , registre^ , f° 139, verso.

au COMMUNE DE ROUEN. H« PARTIE.

Pour satisfaire à ces engagemens , la Commune de Rouen fut forcée de s'imposer pendant plusieurs années des aides extraordinaires1. On voulait amortir cette dette le plus vite possible, et libérer la ville d'une rente aussi onéreuse. On n'y avait pas encore réussi à la fin de mai i36i . À cette époque, le duc de Normandie, Charles, adressait une lettre à ses féaux conseillers , maître Thomas le Tourneur, archidiacre de Tournai , Jean d'Orléans, ancien maire de Rouen , Guillaume le Grand t maire en i36i , et Simon du Broc , notable bourgeois , qui devint maire en i363. Il leur représentait la nécessité de rembourser la dette contractée, et leur enjoignait , pour atteindre ce but, de lever un impôt arbitraire, sous le nom de prêt, sur un certain nombre de bourgeois. « Faites les contraindre vigoureusement, « disait-il dans sa lettre , sans délai ni faveur, par « saisie et vente de leurs biens , et par détention de « leurs corps. »> En terminant, il recommandait à ses féaux conseillers l'exécution prompte et sévère de ses ordres , s'ils ne voulaient encourir son indignation2. On parvint enfin à réunir la somme né-

1 Archives municipales, reg. !1, f° 152.

2 Archives municipales, registre —, folios 267 et 268, recto et verso. La lettre du duc de Normandie , datée de Beaulieu, le pénultième jour de mai 1361, a été imprimée dans le Thésaurus anecdotorum , de Martennc et Durand , î , 1484.

Page 1