‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 87 sur 238 · CHAPITRE QUATORZIÈME. 1560—1564. M · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME. 1560—1564. M

cessa ire pour payer le comte et la comtesse de Namur, et libérer la ville de la rente qui avait été stipulée '.

En compensation de tant de sacrifices, Jean accorda aux Rouen nais la confirmation de l'amnistie générale du 4 septembre i358, et des privilèges octroyés par la charte du dauphin ,. en date de mars i359". Mais, ni la paix conclue avec les Anglais > ni le retour du roi Jean, ni la confirmation des franchises de la Commune, ne pouvaient effacer la trace des malheurs cruels et multipliés auxquels notre pays avait été en proie. I*a France entière était couverte de ruines; un étranger illustre, qui l'avait visitée quelques années a.uparar vont, ne la reconnaissait plus en i36o. Pétrarque, rendant compte à. un de ses amis de son voyage en France , s'exprime en ces termes : « Je pouvais « à peine reconnaître quelque chose de ce que je « voyais. Le royaume le plus opulent n'était plus « qu'un monceau de cendres ; il n'y avait plus une « seule maison debout , excepté celles qui étaient « protégées par les remparts des villes et des cita-. « délies. Où est maintenant ce Paris , qui était une « si grande cité? où est la foule des étudians? Que « sont devenus , et le zèle pour les lettres , et les ri-

1 Archives munie. , reg. ", f° 184» verso. 3 Jbid., f 114.

« chesses des citoyens? On n'entend plus que le « bruit des armes. On est à peine en sûreté dans « les villes; il n'y a pas de pays où l'on trouve aussi « peu de sécurité *. » Si ce triste tableau pouvait s'appliquer à Paris et aux environs de la capitale $ il convenait encore mieux à la Normandie, qui avait été si cruellement ravagée par la guerre. Les campagnes changées en déserts , les mtfissons ruinées , le commerce intercepté , la famine avec tontes ses horreurs : tels étaient les résultats des malheurs de la guerre, et ils se perpétuaient, après la conclusion de la paix, par les ravages des grandes Compagnies. On appelait ainsi les débris des armées, qui, licenciées après la paix de Brétigny ,< avaient formé des troupes de brigands, et ne vivaient que de pillage. Elles inspiraient une si profonde terreur, que le pape Innocent V prêcha contre elles une espèce de croisade. Il s'élevait avec force contre cesjî/s de f iniquité réunis par lé crime2. Il exhortait le

1 « Vix aliquid omnium recognovi, opulentissimum in cineres versum regnum vîdens, et nu II a m penè doraum stantem nisi ur-

bium aut arcium niœnibus ci net a esset Ubi est illa Pariseos,

quae magna haud dubiè res fuit? Ubi scholasticorum agmina ? Ubi studii fervor? Ubi civium divitiae ?.%. Ibi nunc auditur bel-

lantium fragor Vixque ipsis in urbibus tuti sunt. Nus-

quàm tàm nulla securitas. » Petrarchae Epis toi. senilium, lib. X, epist. II.

9 « Nonnulli iniquitatis filii, quos in iniquitatem, imô pot i us perversitatem unam, congregavit improbitas. m Martenne, The-

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dauphin , régent du royaume, à combattre ce fléau de toutes ses forces, et à rétablir le calme et le repos dans le royaume1. Ces avertissemens du souverain pontife prouvent assez l'imminence du danger, et, en effet, de toutes paits s'élevait un cri d'indignation contre les Compagnies qui désolaient la France. Plusieurs de ces bandes redoutables parcouraient la Normandie, et la ravageaient. Huit cents hommes des grandes Compagnies envahirent l'abbaye de Jumiéges et la pillèrent pendant six jours a. L'abbé et plusieurs religieux se retirèrent à Rouen, dans leur hôtel de Saint-Philibert, situé à l'extrémité de la rue de la Poterne. Si la royale et puissante abbaye était ainsi traitée, quel devait être le sort des malheureux paysans! Bientôt les campagnes fureut désertes. La guerre civile mettait le comble à ces maux. Les Compagnies se joignirent aux troupes du roi de Navarre, comte d'Evreux, et de son frère Philippe d'Evreux. Les domaines de Charles-le-Mauvais, en Normandie,

saur, anecdote H, 854 et suiv. La bulle du pape est datée d'Avignon, le 16 des calendes de février, an IX de son pontificat. ( 1361 .)

1 « Nobilitatem tuam attenté requirimus et hortamur, quatenùs, tanquàm sedis apostolicae , progenitorum tuorum imitando vestigia, ac tui etregni prsefati quietis etpacis zelator, adversûs taies pro viribus tuis insurgas. » Ibidem .

* Hist. de l'abbaye de Jumiéges , par Deshayes, p. 85 et 86.

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devinrent ua foyer permanent de troubles et de guerres. Ses partisans occupaient un grand nombre de forteresses, telles que Rolleboise, Mantes, Meulan , Pacy , etc. Retranchés dans ces châteaux forts , où ils entassaient les dépouilles de leurs, victimes, ils interceptaient la navigation de la Seine, et pou*? saient souvent leurs ravages jusqu'aux portes de Rouen.

La première condition du rétablissement de la paix publique était la destruction de ces repaires de brigands. La tour de Rolleboise, surtout, inquiétait les bourgeois de Rouen, et , de concert avec l'autorité centrale, ils firent les plus grands efforts pour la détruire1. Pendant que le roi donnait ordre au célèbre capitaine Duguescliu de reunir ses hommes d'armes pour combattre les Navarrais, la Commune faisait des préparatifs formidables. Dix mille bourgeois prirent les armes, sous la conduite d'un ancien maire, Jacques Le Lieur, alors capitainerie la ville2. Cette expédition des Rouen-

1 « Rouleboise la tour tout espécialement G revoit trop In cité de Rouen et souvent. »

( Vie en vers de Bertrand Duguesclin, par Cavclier , 1. 1, p. 133, ouvrage publié par M. E. Charrière , dans les Documens inédits de V Histoire de France.) J'ai préféré cette chronique à Froissard et aux autres historiens, parce qu'elle donne beaucoup de détails sur notre ville.

■■• « A Houen la cité dont je fois parlement Avoit un capitaine

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