‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 88 sur 238 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

nais est digne d'être racontée avec détails. En effet, l'histoire militaire de la Commune de Rouen ne nous présente pas de faits d'armes plus glorieuse» On était bien loin du temps où la bourgeoisie , alléguant ses privilèges, refusait d'entreprendre une expédition qui ne lui aurait pas permis de regagner le soir ses foyers1. Le capitaine qui commanda les Rouennais en cette circonstance, a mérité que l'histoire conservât son souvenir, et que ses concitoyens honorassent sa mémoire. Aussi, dans une cérémonie récente % où la ville de Rouen évoquait toutes ses anciennes gloires , elle a inscrit sur ses bannières le nom de Jacques Le Lieur . C'était j ustice : il n'-y a pas. en effet, de maire de Rouen, pas de capitaine de la milice bourgeoise, dont le nom rappelle de plus nobles souvenirs. Issu d'une ancienne famille municipale qui se distingue dès la fin du xm9 siècle, Jacques Le Lieur fut successivement maire et

Jaque Le Lieur l'appeloient la gent; Un riche bourgeois qui régna gontement Le commun l'ama de cuer parfaitement.

Ysskent bien dix mille, armez suffisamment. »

(Idem, Ibidem. )

1 « Major et burgenses Rothomagenses comparuerunt dicentes quôd non debent exercitum, nisi tantumiuodô ità quôd possint redire in sero in hospitia sua. » Rôle de 1272, cité par le P. Daniel , Hist. de la Milice française , 1 , 93.

2 Tête de l'inauguration du chemin de fer, 3 mai 1843.

capitaine de la ville. Ses contemporains ont consacré, dans son épitaphe , le souvenir de ses hautes dignités et du mérite supérieur dont il fit preuve. Voici le sens des vers latins : « Ici reposent les ossemens de Jacques Le Lieur, que jadis le prince qui porte les lys fit chevalier. Les naïades et Jes forêts l'ont reconnu pour maître suprême. H fut maire et capitaine de Rouen. Gouverneur de la forteresse qui s'élève sur la cote Sainte-Catherine , il la mit en état de résister aux attaques de l'ennemi. En l'an trois cent soixante-six, la mort enleva ce grand homme. l » Tel fut le personnage sous les ordres duquel dix mille bourgeois sortirent de la. ville pour mettre un terme aux ravagés des grandes Compagnies et des partisans du roi de Navarre.

Us vinrent mettre le siège devant le château de Rolleboise. L'attaque présentait de grandes difficultés. La forteresse était dans une position redoutable; le pied des murs plongeait dans l'eau , et la tour s'élevait sur la pente d'un rocher escarpé a . Cependant les bourgeois n'hésitèrent pas à l'attaquer. Ils furent bientôt rejoints par Duguesclin, messire Guillaume de Launoi, et les soldats de ces

1 Farin, Hist. de Rouen, III, 267 (édit. de 1688), a donné le texte latin de l'épitaphe de Jacques Le Lieur .

3 « Et la tour fa assise sur l'eaue droictement ;

Assise estoit en Tiau et desur le mont qui pent, Et Seine couioit par desoubz moult roidement. »

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