CHAPITRE QUATORZIÈME. 1560-1564. ttf
capitaines, gens endurcis à la guerre. Mais les deux troupes n'agirent pas de concert. La bourgeoisie s'obstina exclusivement au siège de Rolleboise, pendant que les hommes d'armes tentaient une expédition contre Mantes. Après s'être emparés de cette ville, Duguesclin et ses troupes revinrent devaut le château , que les Rouennais attaquaient avecacharnement. Les bourgeois redoublèrent d'ardeur quand ils se virent soutenus par tant de vaiU lans guerriers, et le poète, qui a surtout célèbre la valeur de Duguesclin et de ses hommes d'armes, paie cependant un tribut d'éloges à la Commune de Rouen et à l'intrépidité qu'elle montra en cette, circonstance'. Les efforts des Rouennais furent couronnés d'un plein succès. La tour féodale tomba sous leurs coups, et la bourgeoisie s'acharna sur ses ruines pour en faire disparaître jusqu'aux derniers vestiges2, Meulan eut le même sort que Mantes et Rolleboise. Cependant, la guerre civile ne fut pas entièrement éteinte : elle conserva quelques foyers en Normandie; par exemple, le châ-i
1 « Noblement s'y porta la Commune jolie ,
Qui de Rouen estoit sevrée et partie. »
(Idem, ibid., p. 141.)
2 « Ce fat de celle tour abatre et dépecier,
A. la fin que jamais n'y eust que guétier. Le duc s'i accorda : on la fist deapécier; Ceulz de Rouen s'en voulurent tous rejesgiqr. »
(Idem, ibid., p. 142.)
teau de Pacy, d'où les Navarrais se répandaient dans toute la province. Ces désordres se prolongèrent jusqu'à la fin du règne de Jean, mais ils étaient devenus beaucoup moins intolérables; la voie de la Seine n'était plus interceptée, et- le commerce put reprendre son cours.
D'ailleurs, au milieu des tristes circonstances dont nous avons retracé le tableau , la ville de Rouen avait trouvé de nouveaux élémens de prospérité. C'était la seule place fermée et capable de tenir tête à l'ennemi dans la haute Normandie l. La plupart des villes voisines avaient été ruinées par la guerre; Louviers et Pont-de -F Arche avaient été victimes de ce fléau3. Ceux des habitans de ces cités qui avaient pu échapper au fer de l'ennemi avaient cherché un asile dans Rouen3. Plus tard, la guerre chassa encore des villes et des campagnes voisines un graud nombre d'ouvriers, qui se mirent à couvert derrière les remparts de cette- place: Nous les voyons , sous Charles V , protester contre les vexations dont les poursuivent les maires et les vieux bourgeois de Rouen ; il faut que Tauto-
1 Archives municipales, reg. -, f° 144, verso.
3 Froissard , liv. I, première partie, chap. 273.
3 OrdQnn. des rois de France , t. VI, p. 462 et suiv. Voyez plus loin , chap. XXV de cette histoire.
CHAPITftE QUATORZIÈME. 4560— 1564. 2à5
rite royale intervienne pour les défendre contre le monopole des anciens habitans.
Cet accroissement de la population nécessita on nouveau développement de la cité. On avait relégué les forains , comme on appelait les malheureuses victimes de la guerre, dans les faubourgs de la. ville. L'ordonnance de Charles V prouve que c'était là seulement qu'ils pouvaient se livrer à l'exercice de leur industrie1. On reconnut bientôt la nécessité d'entourer de remparts ces nouveaux quartiers, qui s'étendaient principalement du coté de Mariai» ville et dç Saint-Hilaire. On travaillait depuis 1 346 à fortifier les murailles et à creuser de nouveaux fossés ?; mais il fallut alors étendre l'en* ceinte même de la ville. Ceci nous ramène à -la question des enceintes^ dont nous avons: déjà parlé plusieurs iois.3. Chacun des trois siècles qu embrasse l'histoire de la Commune, fut marqué par un progrès de la cité. Au xaç siècle se place l'enceinte de Henri II, qui entourait le Vieux-Marché, Saiut-Ouen et Saint-Maclou. Au xme , l'enceinte de saint Louis, qui, à l'ouest et au nord , donnai ta la ville ses limites définitives, mais s'arrêtait^
1 Ôrdonm. des rois de France , ibidem.
* Voyez plus haut, deuxième partie, ch*p. Il, p. 24 et 25
3 Histoire delà Commune y Introduction, p. c, en et cm, et deuxième partie, ckap.U, p. 32 et suiv.
vers l'est , à la Croix-de-Pierre et à la rue Coque* reaumout (rue des Capucins. ) Au xive siècle, cette enceinte devint trop étroite par suite des circonstances que nous venons d'indiquer, et l'on commença à élever les murs qui devaient envelopper les quartiers Saint-Hilaire et Martainville '• Ces travaux étaient loin d'être terminés à l'époque dont nous retraçons l'histoire; on s'en occupait encore au commencement du xve siècle2*
Les ha bi tans des nouveaux quartiers ne furent pas admis immédiatement à jouir des privilèges des anciens bourgeois. Ceux-ci refusèrent, pendant long-temps, de les traiter comme leurs concitoyens, et, lorsque les princes accordaient quelque franchise aux Rouen nais, ils stipulaient formellement qu'il ne s'agissait que des habitans de l'ancienne, enceinte3. Ce système d'exclusion dura jusqu'au milieu du xve siècle. Le roi d'Angleterre, Henri VI, étendit, le premier, en i445? les privilèges delà
' Voyez, pour ces enceintes successives, le plan annexé à cette histoire.
3 Cependant, dès 1366, la nouvelle enceinte était tracée; on trouve, dans une charte de cette année, le passage suivant: a Quant est des manans et habitans en la dilatation et crue des nouvelles clost tires, etc. » Archives municip., rcg. —, folio 106, verso .
3 « Ceux qui habitent dedans les fins (limites) et termes des anciennes clostures de la bonne ville de Rouen. » Charte de la reine Blanche, veuve de Philippe de Valois, ibidem.