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Fragment de la Table de Peutinger montrant | PE: à D ET VA
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çon de la Via Domitia du Pays de Ruscino.
ne repose sur aucun témoignage positif, et l’on ne trouve trace d’une communauté perpignanaise organisée que vers le premier quart du xr° siècle.
La question des origines de Perpignan est, en
réalité, fort obscure. La légende, qui ne s’accom-
mode point des hésitations de l’histoire, a raconté de deux façons principales les débuts de cette ville.
IL y eut, rapporte-t-on, un immense incendie dans les montagnes de l’Albère au rx° siècle. Les pâtres, fuyant ce formidable embrasement, s’en vinrent vers la plaine et construisirent leurs cabanes ainsi que leurs bergeries sur les bords de la Tet, en un lieu désert qu’ils nommèrent Pyrepinia, par corruption postérieure Perpinya, vocable qu’à grand renfort de rapprochements linguistiques grecs et phéniciens on traduit par les mots « commencement d'incendie ». La traduction a suffi visiblement à faire imaginer l'aventure.
De même, la seconde légende repose sur un jeu de mots. Il y avait autrefois aux Cortals, nous diton cette fois, dans un pauvre hameau de la froide montagne de la Tausse (en catalan /a Tosa), en face du Carlit, un homme qui s’appelait Pierre Pinya (en catalan Pere Pinya). Dégoûté de la vie monotone et triste que mènent les bouviers à près de deux mille mètres d'altitude, Pere résolut de changer de pays. Un jour donc que Ia neige avait fondu, Pere descendit; il vint sur les bords dela Tet qui passe au
pied des rudes escarpements de la Tausse, et,
s'adressant à la rivière — puisque c'était au temps où les rivières entendaient et parlaient — il lui tint à peu près ce langage :
D BR ou HISTOIRE DE ROUSSILLON.
Ve 0 toi, qui ‘descend tous les, jours dans la plaine ensoleillée, guide-moi, je veux y aller aussi. |
— Suis-moi, lui répondit la Tet, et je te montrerai le chemin. »
Notre bouvier se mit à pousser vivement devant lui ses bœufs attelés à la charrue: il suivit le flot échevelé et bondissant. Il parvint à une plaine dominée par deux gros mamelons, non loin de la mer. Et la Tet dit à Pere Pinya :
— « Arrête-toi ici : laboure et cultive cette terre: moi, J arroserai tes champs. » Pere Pinya s’arréta, en eflet, dans ce pays inhabité, mais fait de terre grasse, limoneuse et vierge. L'homme traça avec sa charrue un sillon sans fin et, dans l’espace ainsi circonscrit, sous le ciel bleu et clément de la plaine hospitalière, il se construisit un logis. Ses bœufs aidant, il fit rendre à la terre généreuse leur nourriture et la sienne. Cette maison unique, engendra 1 une ville, ce sillon devint un fossé et se oubli d'une muraille. Romulus n’a-t-il pas fondé Rome à peu près de même? Aussi le poète catalan Jacinto Verdaguer l’a-t-il rappelé en vers inoubliables :
Com Romulus un dia del Tibre en la ribera De freixa ab sa carreta rodeja un tros de pla; Alli planta una casa, un camp y una olivera; Ara es ciutat la casa, mur ampla la rodera :
Lo mur de Perpinya.
Et Pere Pinya donne son nom à la capitale du Roussillon ainsi que Romulus avait donné le sien à la Ville Éternelle.
Plus élégante que la endé de l'incendie, celle
du bouvier de la Tausse, tout aussi fantaisiste dans ses détails, est cependant plus près de la vérité en ce sens qu'elle rattache le nom de Perpignan à un nom d'homme et à une exploitation rurale primitive. Si la villa Perpiniant, première forme latine à laquelle nous remontons, ne désigne pas la maison de Pere Pinya, elle signifie du moins la villa de Perpinius. C'est d’un gentilice, c’est-à-dire d’un nom dé famille, que le nom même de Perpignan dérive de façon certaine ; origine d'autant plus acceptable que c’est précisément là le cas normal des villas antérieures et même postérieures aux invasions, ainsi que nous l'avons déjà noté.
Mais à quelle date apparaît la mention de cette villa de Perpignan, simple domaine rural qui fut l’amorce de la ville future? Les mentions les plus anciennes datent de 927, 929, 961. La villa Perpiniant est-elle donc née seulement au 1x° siècle ou même au début du x°? A-t-elle pour créateur, non pas un Gallo-Romain, maïs un de ces Goths ou Espagnols installés dans la Marche, au lendemain de la conquête franque, sous le couvert des capitulaires carolingiens? Il serait téméraire de le prétendre. L'absence de mention antérieure ne prouve pas que la villa dont il s’agit n’existât pas bien avant le siècle où elle apparaît dans les documents, mais ce qui est bien établi, c’est que le nom même de Perpignan est inconnu avant la période des comtes héréditaires, et c’est pourquoi la question des origines et des débuts de la future capitale roussillonnaise avait sa place marquée au présent chapitre
Il n’est malheureusement pas possible de suivre
avec quelque sûreté les premiers progrès de cette villa Perpiniani qui nous apparaît si occasionnellement encore au x° siècle et qui ne devait être guère alors qu'un village mesquin; pour trouver un fait qui témoigne de la vie collective de sa population, il faut arriver jusqu’au x1° siècle. En 1010, eut lieu vraisemblablement une première consécration de l’église Saint-Jean-Baptiste de Perpignan, présidée par l’évêque d’Elne Bérenger, événement dont le cartulaire d’Elne, commencé en 1040, avait retenu la mémoire. Une nouvelle consécration tout à fait certaine et dont on a conservé l'acte même, daté du 16 mai 1025, fut faite à la suite des dégâts causés par une grande invasion sarrasine survenue en 1017. À ce moment, dans la reconstruction effectuée, une très ancienne chapelle, Notre-Dame del Correch (Notre-Dame-du-Ravin) fut reliée à l’église et forma le croisillon sud du transept. C’est là le Saint-Jean
primitif, distinct de la basilique actuelle. Il en reste
des débris intéressants, et l’on appelle ce Saint-Jean de l’époque romane Saint-Jean-le- Vieux, par opposition à l’église gothique dont nous admirons aujourd’hui la haute voûte. Nous retrouverons d’ailleurs l’histoire monumentale de ces édifices lorsque nous
traiterons, dans un autre chapitre, de l’art roussil-
lonnais au Moyen Age.
L'église Saint-Jean était comprise dans une enceinte fortifiée ou cellera qui englobait l’espace recouvert maintenant : par la cathédrale Saint-Jean, la caserne de gendarmerie et les archives départe-
mentales (ancien grand séminaire), Saint-Jean-le-
Vieux, la villa Campana et une partie de la cité Bartissol. Tel est le Perpignan du xr° siècle, ou tout
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au moins le réduit emmuré où les habitants en cas d'alerte pouvaient se réfugier. Il est vraisemblable que, dès ce temps, il y avait des maisons au delà du mur. En effet, dès les premières années du xr° siècle, tout le terrain qui constitue aujourd'hui la paroisse Saint-Jean était habité. Vers le milieu de ce même siècle, une nouvelle enceinte fortifiée engloba le tout. On peut dire qu'à partir de ce moment Perpignan mérite vraiment le nom de ville.
Tandis que la future capitale du Roussillon s’accroissait ainsi, les descendants de Guifré régnaient péniblement er Roussillon.
À Guilabert I°, fils de Guiifré, avait succédé Guifré II qui assiste, en 1025, à la consécration de Saint-Jean de Perpignan, puis, en 1027, à un synode tenu à Elne; enfin, en 1041, à un autre autre synode tenu à Toulouges. Ces deux synodes sont célèbres dans l’histoire générale, parce que les règlements connus sous le nom de « Trêve de Dieu » et destinés à limiter le fléau des guerres privées féodales y furent élaborés. Les clercs, les moines, les femmes devaient demeurer à l’abri des violences, en tout temps. En outre, « dans tout le comté ou diocèse d’Elne, il est interdit à quiconque d'’assaillir son ennemi, depuis la neuvième heure du samedi jusqu’à la première heure du lundi ». Et la pensée pieuse qui a dicté ce premier adoucissement aux désordres quotidiens est ainsi exprimée : « C'est afin que tout homme puisse rendre à Dieu ce qu'il doit pendant la journée dominicale. »
Guilabert II (1074); Guinard ou Gérard I°* qui prit part à la première croisade ; Guifré IIT (1113)
et enfin Guinard ou Gérard IT (1163) gouvernèrent
successivement un pays que l’émiettement féodal vouait aux dévastations incessantes et qui traversait alors l’époque la plus pénible de son histoire : invasions sarrasines ou normandes, par mer et par terre; querelles de familles, guerres de château à château, pillages d’abbayes et d’églises; misère générale, voilà ce qui justifie amplement les lamentations obstinées dont nous trouvons l’écho dans les chartes de ce malheureux temps. Les efforts des synodes pour imposer aux barons batailleurs des trêves périodiques — telle la Trèêve de Dieu — ne font que mieux montrer l’excès du mal.
Dans la famille même des comtes du Roussillon, le désordre est à son comble sous Guifré III. Celuici avait répudié sa femme Ermenjart, fille du vicomte de Béziers. Le fils qu’il en avait eu, son propre héritier Guinard, s’unit à sa mère et à son oncle Raymond Trencavel; le neveu et l’oncle entrèrent en Roussillon et exercèrent les plus terribles ravages, désolant les terres laïques et ecclésiastiques; Guifré lui-même, pour combattre son fils et son beau-frère, ne ménageait pas mieux son propre comté. |
Les pirates avaient beau jeu à s’attaquer à un pays que ses défenseurs naturels traïitaient de la sorte. Et nous voyons, au concile de Narbonne tenu en 1135, l’évêque d’Elne, Udalgar, faire un tableau effroyable de l’état de son diocèse : « Les infidèles, ajoute-t-il, réclament à ce moment même cent jeunes filles pour rançon des prisonniers qu'ils ont faits! » Livrés aux coups des seigneurs féodaux et des étrangers, les gens des campagnes se grou-