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REIN LAISSES

Et tout d’abord, à la capitale Pur: royaume il fallait de toute nécessité un Palais royal. L’assiette

choisie fut celle du Château commencé vers 1276,

sur l'emplacement de la Citadelle actuelle, qui en

englobe les vestiges.

Dans son ensemble, le Château dessinait un pa-.

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rallélogramme d'environ cinquante mètres du nord-. ouest au sud-est et soixante-huit du sud-ouest |

au nord-est. Il était entouré de murs crénelés et.

flanqué de tours carrées.

Ces tours étaient au nombre de huit : une à.

chaque angle, une au milieu de chacune des qua-. tre façades. À la façade septentrionale, la tour. correspondait à la chapelle et traversait tout le. corps de bâtiment jusqu'à la grande cour inté-. rieure, qu'on appelait en catalan lo pati ou l’ayre del castell. Cette sorte de cour d'honneur com-.

muniquait avec deux petites cours sur lesquelles, prenaient jour les appartements du roi, à droite, et.

ceux de la reine, à gauche. Par là aussi s'écei |

rait la chapelle au moyen de grandes fenêtres à.

remplage du style gothique. La tour de la cha. pelle, plus forte et plus haute que les autres,

formait en même temps le donjon. En face d'elle,

“au sud, s'élevait la tour d’entrée. De ce côté,

- l’aile était tout entière consacrée à la défense. Les

ailes est et ouest étaient occupées par les divers services.

On arrivait à l'entrée du Château par une rue qui montait du quartier Saint-Mathieu; cette rue “(lo carrer de les Comes) correspondrait, dans la “ville actuelle, aux rues Grande-la-Monnaie et Du-

-gommier. La même rue allait aboutir à l’une des * portes de la ville, /o portal de les Comes. Laissons momentanément l'enceinte de la ville et pénétrons dans le Château. Après avoir dépassé Lune première esplanade, /es lices, espace libre -ménagé autour de tout château féodal, nous voici «devant un pont-levis qui précédait la première porte \fermée au verrou. Ce pont-levis est l’ancêtre du “pont dormant qui enjambe aujourd’hui le fossé à - à l'entrée de la Citadelle. La seconde porte féodale “était ferrée (/errissa) et garnie d'une herse, gril- - lage solide qui glissait entre deux rainures. Une “troisième porte venait ensuite : ilen reste les gonds. - Au premier étage de la tour était installé un - corps de garde : c’est de là que se manœuvrait la . herse.

* Du côté droit de la grande cour, s’ouvrait la Salle de Majorque (Sala ou Aula de Mallorca): C'était comme une salle des fêtes. Les hommages féodaux s’y rendaient, les banquets s’y donnaient. Les fenêtres de cette salle sont encore . visibles. Au reste, cette Aula n'était pas voûtée, . mais seulement recouverte d'une charpente que -soutenaient des arcs d’ogive d’une puissance et d’une justesse de tracé remarquables. La salle

d’armes placée au-dessous a été trop modifiée.

pour qu'on puisse se la représenter exactement.

Cette salle basse, comme le pati, avait accès sur la petite cour où se voit le puits. L’escalier

qui, de là, montait aux appartements. du roi, est d’une coupe de pierre admirable. Il aboutissait à un

vestibule en forme de « loge » largement ajouré.

au moyen de quatre grandes fenêtres gothiques .

et amorti d'un élégant plafond lambrissé qui sub-… he q |

siste encore. Au-dessous était la Salle des Sceaux . (Sala dels timbres) dont les fenêtres géminées | demeurent reconnaissables. On retrouve facilement |

encore dans ce corps de logis la chambre à coucher. et la garde-robe à laquelle était annexé un cabinet

d’aisance; puis la chambre à parade, la chambre

des gardes, la chambre dite d’ « étude », qui était

le cabinet du roi. Les cuisines Foues étaient placées au-dessous.

Quelques restes des appartements de la reine

subsistent aussi, notamment deux fenêtres (dont l’une murée) qui donnent sur le fossé; mais il ne

reste rien, bien entendu, des peintures qui décoraient les salles. Par contre, il reste une partie de

la belle galerie établie intérieurement à hauteur du

premier étage, sur le flanc nord, et formée d’ arcades en plein cintre portées sur des piliers courts a

De La chapelle était à double étage; la chanel

d'en bas était dédiée à sainte Madeleine, celle

d’en haut placée sous le vocable de la sainte Croix La porte de cette dernière est un des meilleurs

spécimens de l'architecture roussillonnaise. 4 Enfin, des galeries de spas qui il ne faut

Pete Pro

. pas prendre pour des souterrains stratégiques, se » développaient sous terre; un égout, qui devait . jouer un jour dans l’histoire de la dynastie major- . quine un rôle mémorable, déversait les eaux de

l'habitation royale.

Il faut animer tout ce décor en évoquant le sou-

» venir des princes et princesses, des officiers, fonc- . tionnaires et servants de tout ordre qui y vivaient ou y fréquentaient. La vie de Cour au xin° et au

xiv° siècle n'était plus l’ennuyeuse existence du

. sombre château seigneurial. Elle était somptueuse

et mouvementée. On y dansait, on y riait aux plaisanteries des bouffons, on y accueillait les 7oglars

… et ministrers (ménestrels), faiseurs de tours, décla- . mateurs de poésie, chanteurs de couplets tantôt

aimables et tantôt héroïques. On y donnait surtout des tournois, spectacles favoris de la société chevaleresque d'alors. Ces tournois avaient lieu dans les lices qui s’étendaient sous les murs du Château ou

encore à la place des Joutes (en catalan plassa de

les Justes), près de Saint-Jacques ; rien n’y manqaiït

de ce qui composait le superbe appareil d’une che- vauchée. Des coursiers merveilleusement capara-

beaux atours.

çonnés portaient des simarres multicolores. Les

chevaliers, revêtus d’armures luxueuses, rivali-

saient de force et de grâce. Et tandis que les

combattants faisaient assaut de « gentillesse », les

« familiers » du roi et de la reine étalaient les plus

La ville alimentait le faste de la noblesse que la

Cour y attirait; mais les riches bourgeois aimaient * aussi à faire parade de leur opulence. Le velours,

la soie, le « drap d’or », les pierres précieuses

D on HISTOIRE DE ROUSSILLON.

foisonnaient. C’est que les affaires étaient prospères; le commerce et l’industrie faisaient aflluer l'or.

Venant après les Croisades, qui ont tant contribué . à ranimer le trafic méditerranéen en général, les . expéditions de Jacques Le Conquérant ont donné. aux Catalans le goût du grand commerce. Associés aux Barcelonais dans l'exploitation commerciale des pays méditerranéens, les Perpignanais continuèrent à en prendre leur part sous les rois de Majorque. Des traités avec les princes africains ouvrent aux marchands du Roussillon la Tunisie et le Maroc. Le solda ou sultan de Babylone favorise | les Catalans en Égypte. À Chypre, à Beyrouth, les : Perpignanais jouissent de franchises. Après la. quatrième Croisade, qui livra aux Latins la pénin-. sule des Balkans, la Morée fut conquise par une bande d’aventuriers catalans connue dans l'histoire | sous le nom de « Grande Compagnie catalane ».. Des chevaliers roussillonnais, avec l’infant même. à leur tête, en faisaient partie. Or, les commerçants suivaient les chevaliers. Perpignan faisait donc en Orient de grandes affaires. Port-Vendres et Col-. lioure, et aussi Canet, servaient de ports à l'expor- | tation et à l’importation de nos ancêtres. | Mais, pour alimenter un grand commerce, il faut. une industrie. L'industrie par excellence de la capitale majorquine était la draperie. Cette industrie, a eu chez nous, au xrrr° et au xrv° siècle, un déve-. loppement extraordinaire. Non seulement on fabri-. quait du drap, mais on en faisait venir du dehors pour le revendre. Et si les étoffes de Rouen, Paris, Bruxelles et cent autres villes devaient passer par …

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# LA PÉRIODE MAJORQUINE. 81 - Perpignan, c’est qu à Perpignan on avait un procédé d’apprêt spécial. Les ouvriers qui donnaient cet apprêt s’appelaient « pareurs » (parayres). La corporation des pareurs devient tellement importante qu'à la fin du xin° siècle elle compte quatre cents maîtres et installe une sorte de chambre - syndicale ou Casa communa. La teïnturerie était aussi fort active. D’autres corporations ajoutaient à la prospérité industrielle : travailleurs du bois, du fer, cordonniers, merciers, tanneurs. Deux - foires annuelles donnaient le ton aux prix, l’une en août, l’autre le second dimanche de carême. On » y venait en foule de Catalogne et de Languedoc. . Dans les villes du Moyen Age, la plupart des rues portaient le nom du métier auquel elles étaient, * pour ainsi dire, vouées. Il en était ainsi à Perpi- . gnan, et la Fusteria, l’'Argenteria, la rue des Marchands en témoignent encore. La rue Saint-Sauveur, par exemple, était, lo carrer dels Fabres, “c'est-à-dire la rue des ouvriers du fer, et l’on pourrait citer quantité d’autres dénominations caractéristiques. Disons seulement que le quartier par excellence des parayres était celui où les rues dites « des Grandes Fabriques, des Fabriques d’en Nebot, des Fabriques d’en Nadal, des Fabriques couvertes » . en conservent le souvenir, tandis que la rue Notre- Dame a pris un autre nom. À travers ces rues étroites et laborieuses, aux marchés qui se tien- . nent en plein vent, aux carrefours orgueilleusement . décorés dutitre de « places » (plassa de les Gallines, plassa major derrière l'Hôtel de ville, plassa del pa, derrière la Députation ou ancien Palais de justice), partout grouille une foule bigarrée, parfois HISTOIRE DE ROUSSILLON, 6

La nuit surtout, les ruelles tant soit peu écartées 4 deviennent des coupe-gorge. Le bourgeois qui. ne veut pas risquer quelque mauvaise aventure

doit se renfermer sagement chez lui quand sonne la « cloche du voleur » (seny del lladre), c’est-à-

dire à heure du couvre-feu. Vers le milieu du

xiv° siècle, la seule rue des Parayries était éclairée au moyen de lanternes.

Si, à l'heure venue, chaque bourgeois se ver-

rouille dans sa maison, la ville aussi se prémunit

contre les surprises en fermant chaque soir ses portes. Elle s'endort alors confiante dans ses bonnes et récentes murailles, celles que Jacques I* de Majorque a fait construire sur le plan arrêté à la fin du règne de son père et dont le tracé n’était guère différent de celui qui a subsisté jusqu’à 1859.

L’enceinte majorquine se détachait de la vieille …

enceinte, dont nous avons parlé dans un autre

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