chapitre, par derrière l’église Saint-Jean. Elle
englobaïit le Puig Saint-Jacques et montait au. Château royal. Ensuite elle descendait vers la.
Basse, longeait la rivière, venait retrouver l’an- |
cienne muraille près de la porte de Malloles,
embrassant ainsi les nouveaux quartiers Saint-Jac-.
ques, la Réal et Saint-Mathieu.
Hors des murs, s’étendaient, au sud du Châteanil |
des jardins, une chasse réservée (la Devesa) et le
Bois du roi, principalement garni d'oliviers. Telle était la capitale des rois de Majorque;
l'élan que la ville de Perpignan avait reçu grâce
à eux devait survivre à la brève carrière de la
dynastie et du royaume même.
Sile royaume de Majorque fut troublé et fréquemment mis en péril, ce ne fut pourtant pas la faute de ses souverains. Les rois de Majorque ne furent . rien moins que turbulents ou ambitieux. Ils ont . passé à travers l’histoire de leur temps comme des princes doux et pacifiques, médiocrement armés | pour se défendre contre la force et la ruse. L’origine artificielle de leur Etat les condamnait. La … coexistence de la puissance aragonaise et de l’indépendance majorquine était impossible, et, dès les premiers jours, la faute commise par Jacques le Conquérant en dédoublant sa monarchie porta ses détestables fruits. Pierre d'Aragon, en effet, frère de Jacques I* de Majorque, ne tarda pas à manifester à celui-ci une vive hostilité. Au mépris des volontés de leur père, fort de la raison d'Etat qui, primant toutes les complaisances, s’opposait à Vaffranchissement du nouveau royaume, Pierre obligea Jacques à se reconnaître son vassal. Cette reconnaissance eut lieu à Perpignan même, dans le couvent des Dominicains, le 20 janvier 1279. Les « Usages et Coutumes de Barcelone » durent être admis dans les comtés de Roussillon et de Cerdagne et la monnaie barcelonaise fut gratifiée d’un cours exclusif dans ces mêmes comtés. Par un détour Pierre d'Aragon revenait sur le testament paternel; il tendait, dès le premier pas, à transformer le royaume de Majorque en un simple apanage
Malgré les menaces qui s’annonçaient, le premier prince de la nouvelle dynastie avait organisé son … gouvernement, 1l l’avait conçu à l’image des autres . gouvernements de son temps. Quatre grands ofli-
Ra | HISTOIRE DE ROUSSILLON.
ciers se tenaient à la tête de l'administration : le maître d'hôtel ou majordome, le grand chambellan ou camérier (camerlench), le chancelier et le maître des comptes (mestre racional). Le majordome, choisi dans la fleur de la noblesse catalane, était chargé du service de la tables au-dessous de lui s agitait une légion d’ écuyers et de « sergents » parmi lesquels un museu, qui tenait les clés du garde-manger. Sous les ordres du eamerlench, qui administrait la garde-robe, se trouvaient : Le barbier, le chirurgien, le médecin et l'apothicaire. Le chancelier, préposé aux sceaux, était assisté d’un vicechancelier, de deux rédacteurs ou notaires, sans parler des simples seribes. Le confesseur du roi était subordonné à la chancellerie qui avait, en même temps que la direction de la chapelle, la surveillance des messagers, courriers rapides qui portaient du Palais en tous lieux les ordres royaux.
Le mestre racional gouvernait les finances avec | l’aide d’un secrétaire et d’un trésorier; quant au domaine royal — patrimoni — il dépendait de cette Procuratio real que nous avons vue naître sous Jacques le Conquérant.
Le personnel de l'administration oui était donc assez modeste. C'est qu'en dépit de son luxe, la royauté nouvelle n'a que des ressources assez médiocres. Le domaine était peu productif, les droits sur les marchandises étaient sujets à bien dés exemptions qui les diminuaient; les amendes et confiscations, les redevances exigées des Juifs qui faisaient la banque composaient le plus clair des revenus royaux. Aussi, pour compenser l’insuf- | fisance de ces revenus, les rois de Majorque ven- |
dirent ou aliénèrent peu à peu les terres fiscales. Grâce à ces dangereux expédients, la dynastie parvint à vivre. Elle ne songeait point à faire de la grande politique. Au demeurant, les rois de Majorque furent bienveillants à leur peuple; ils laissèrent dans le pays un souvenir de bonté qui \ dure encore. La pitié qu'inspirèrent leurs malheurs ne fit que rendre leur mémoire plus chère aux Perpignanais, qui leur devaient, en somme, l'essor décisif de leur ville.
La dynastie majorquine ne se heurta pas seulement à la mauvaise humeur de l’Aragon, maïs aussi aux difficultés de la politique générale. Un conflit survint, à la fin du xur° siècle, entre l’Aragon et la France, et le royaume de Majorque s’y trouva fatalement impliqué.
Pierre III d'Aragon s'était brouillé avec le roi de France, Philippe IIT le Hardi, à propos de la Sicile, dont Charles d'Anjou, oncle de Philippe, venait de prendre la couronne, au mépris des droits que Pierre prétendait sur ce même pays. Le pape Martin IV prit parti pour la maison capétienne et excommunia Pierre III. Loin de céder, celui-ci se mit en devoir de résister aux Français et somma Jacques [* de Majorque de joindre ses forces aux siennes. [l était clair que Montpellier et le Roussillon seraient exposés aux coups des Français si leur maître prenait fait et cause pour l'Aragonais. Les ambassadeurs de Pierre d'Aragon vinrent trouver Jacques de Majorque au Château de Perpignan. Jacques répondit évasivement. La Cour de France le sollicitait au même moment de
1) ep: aa HISTOIRE DE ROUSSILLON.
laisser la Croisade suivre son cours contre l’excom-
munié et de la favoriser. Le prince majorquin, se souvenant que son frère n'avait eu rien de plus pressé que de violer les dernières volontés de leur père et d'imposer au nouveau royaume une sujétion humiliante, opta pour l'alliance française. Le 17 août 1283, il prenait l'engagement formel d’aider le roi de France contre le roi d'Aragon.
La Croisade, conduite par Philippe III le Hardi, s’avança donc vers le Roussillon. Maïs Pierre. à juste titre défiant, ne se laissa pas surprendre. Prenant les devants par un coup audacieux, il attaqua son frère et mit la main sur le Château de Perpignan à l’improviste. Le chroniqueur Dez Clot raconte que Jacques était alors malade dans sa chambre. Pierre lui fait dire qu'il veut lui parler. Alors, tandis qu'il fait attendre celui qu'il redoute, l'infortuné prince mande en hâte son architecte,
le supplie de lui trouver une issue pour fuir.
L'architecte lui avoue qu’il ne voit qu'un seul moyen de salut : se couler par les égouts qui
déversent au dehors les eaux de l'appartement
royal. « Eh qu'importe, répond le roi, pour se sauver tous les chemins sont bons! » Ainsi fut-il
fait, et le prince put se réfugier quelques heures 1
plus tard chez un vassal, au château de Laroque-
des-Albères. Sa femme, ses enfants et ses archives
étaient aux mains de son ennemi. Pierre prit des otages qui devaient lui garantir la fidélité des Perpignanais et s’en retourna en Catalogne.
En même temps, l’armée française franchissait le
oi Pas-de-Salses. La capitale majorquine, dont la
population semble avoir été à ce moment très divi-
. sée, fut surprise et pillée; la campagne environnante fut mise à sac. Arrivés aux Albères, les Français ne purent forcer le col de Panissars, à . l’ouest du col du Perthus, et durent reculer en . désordre. Ralliés en plaine, ils entreprirent le siège d'Elne; la cité fut pillée par les troupes croisées . que dirigeait le légat du pape. Quelques moines - de l’abbaye de Saint-André-de-Sorède indiquèrent, dit-on, au roi les chemins du col de la Massane . pour déboucher en Ampurdan. C’est au cours de ces opérations que la tradition place la légende de N’Aligsen (dame Elissende), l'héroïne de l'imaginaire défense du château de Montesquiu. Pierre d'Aragon avait tout préparé pour la résistance, . mais un auxiliaire sur lequel il n'avait pas compté, le typhus, travailla surtout pour lui. Les Français battirent en retraite par les défilés étroits du Perthus et de l’Ecluse, où leurs ennemis en firent d’effroyables massacres. Le roi de France qui, pour la première fois depuis les Carolingiens, avait tenté une intervention si lointaine, et qui avait poussé l'audace jusqu'à s’y engager en personne, paya de sa vie son imprudence. Il avait été atteint * lui-même de la contagion qui décimait ses troupes. On le porta jusqu’à Perpignan dans une litière et il mourut en arrivant, s’il n’était déjà mort (5 no- . vembre 1285). Une tradition fait expirer le fils de saint Louis à Perpignan même, dans une maison qui appartint à la famille d’Ortaffa (actuellement . rue des Fabriques d’en Nebot).
La Croisade de 1285 avait passé sur le Roussillon comme une rafale. Les Français et le légat partis,
: Jacques 1* reprenait possession de ses États. Il. perdait cependant les Baléares que l'infant Al. phonse, fils de Pierre d'Aragon, était allé conquérir et dont il proclama la confiscation en montant sur | le trône à la mort de son père. Mais des négocia-
tions s’ouvrirent entre les deux Cours. Alphonse
étant mort après quelques mois de règne, son
frère, Jacques IT d'Aragon, eut une entrevue avec
son oncle de Majorque près d’Argelès, le 29 juin. 1298. Les Baléares furent rendues, mais le roi de
Majorque se reconnut vassal de son neveu.
À la fin de 1311, Jacques de Majorque mourut |
à Palma laissant ses États à son fils, Sanche, qui -vint à Perpignan, en 1312. Instruit par l'expérience,
le second roi de la dynastie s’efforça de bien vivre
avec ses cousins d'Aragon. Il parvint à s’affranchir des obligations Les plus humiliantes de l’hommage en acceptant le principe de la vassalité
majorquine et en aidant son suzerain de ses flottes et de son argent. Il envoya, notamment contre les :
Pisans, des galères qui se conduisirent avec honneur
en combattant pour autrui. Cette politique plus. prudente que fière réussit à donner quelques années de tranquillité au Roussillon. La suppression |
de l’ordre du Temple s’y exécuta sans éclat.
Le roi lui-même gagnaït à sa bonhomie une popu- | larité de bon aloi et pouvait aller faire, dans les. vallées pittoresques de la Cerdagne et du Capecir, . les villégiatures estivales qu’il affectionnait. C’est.
à Formiguères qu'il expira, le 4 septembre 1324, après avoir posé, l’année même de sa mort, la
première pierre de la nef gothique de ir Jean à |
Perpignan. | } As
tes et Monum. du
A De
Le vieux Pont de Céret et le Pont du chemin de fer. (Phot. . T. C. F.) — Le Canigou (id.).