‹ Histoire de RoussillonChapitre 17 sur 40 · PL. VI · texte numérisé non relu

PL. VI

Le fils de Sanche, l’infant Ferrand, était mort en Grèce, au cours des exploits de la Grande Compagnie catalane. L’héritier de la couronne était le neveu de Sanche, Jacques IT. Tout jeune, Jacques IT avait été apporté au Château de Perpignan par l’un des héros de l’expédition d'Orient, le chroniqueur Muntaner, homme d'épée en même temps qu'homme de plume. Un tuteur fut donné au prince, son oncle Philippe. Des intrigants, comme Dalmau de Banyuls et le comte de Foix, essayèrent de troubler la minorité. Philippe leur imposa silence. Mais il fallait au royaume de Majorque la paix extérieure, et les circonstances, de nouveau, s’apprêtaient à compromettre cette paix fragile.

Pierre IV, le Cérémonieux, était maintenant roi d'Aragon. Sa sœur Constance avait épousé Jacques Il de Majorque. Les deux princes étaient donc cousins et beaux-frères. Cette double parenté ne devait pas les unir mieux que jadis la fraternité n'avait uni les deux fils de Jacques le Conquérant. D'abord, Pierre IV ne ménagea en rien l’amourpropre de Jacques et lui fit si durement sentir sa vassalité que le jeune prince en fut extrémement biessé. Survinrent les complications internationales créées par le conflit franco-anglais, à la veille de la guerre de Cent ans. Les difficultés renaissaient pour le royaume de Majorque. Il semblaït que cet État, artificiellement construit, était foncièrement inapte à s'adapter au jeu de la politique générale. Jacques Il se trouvait pris, comme autrefois Jacques [”, entre les puissances hostiles. Au lieu de se ménager le roi de France, Philippe VI, il parut prendre à tâche de se l’aliéner. Victime sans doute

des menées anglaises, il commit l'itiprudente de lier partie avec Édouard III d'Angleterre, dès 1340. Mais la défiance qu'il inspirait à la France par cette erreur de tactique n’était rien en comparaison de l’hostilité masquée de l’Aragon. Pierre le Cérémonieux, en réalité, n’attendait qu’une occasion de mettre fin à la maison de Majorque. Redoutant le roi de France qu'il a provoqué par son entente avec l'Angleterre, Jacques ne se borne pas à augmenter ses fortifications; il demande l'appui de l’Aragonais. Celui-ci l'amuse par des réponses dilatoires, puis, brusquement, prend l'offensive. Il l’accuse de faire battre à Perpignan une monnaie distincte de celle de Barcelone, contrairement aux traités. Apeuré, Jacques court à Paris, s’humilie devant Philippe VI, lui prête pour Montpellier un hommage qu'il a refusé l’année précédente. Puis, s’humiliant aussi devant Pierre le Cérémonieux. . il consent à comparaître devant sa Cour. Mais cette démarche même ne le sauve pas. Le roi d'Aragon invente on ne sait quel complot, et, au débutde 1343, confisque tous les domaines de son beau-frère. Alors s'ouvre la lutte suprême, brève et décisive. Battu sur mer, Jacques se réfugie à Perpignan, mais doit bientôt se soumettre. Pierre le Cérémonieux fait son entrée dans la ville, le 16 juillet 1344: le royaume de Majorque cessait de figurer sur la carte; l’unité de la monarchie créée par Jacques le Conquérant et compromise par ses dernières volontés était rétablie.

Le Roussillon et la Cerdagne rattachés au Principat de Catalogne. — Institutions du Principat; son autonomie, sa prospérité. — Pierre le Cérémonieux. — L'Université de Perpignan; la défense militaire; le Castillet. — Les Routiers.— Les prétendants de la maison de Majorque.— Jean 1°; les aliénations du

domaine. — Martin. — Le compromis de Caspe; Ferdinand le Juste; le grand schisme. — Benoït XIII à Perpignan. — Alphonse le Magnanime; la reine Marie. — Jean II et la crise catalane; les prétentions françaises. — Le Roussillon et la Gerdagne engagés à Louis XI et occupés par les Français.

La seconde domination aragonaise, ouverte par la chute de Perpignan en 1344 entre les mains de Pierre le Cérémonieux, s’étend jusqu'à l'occupation de Perpignan par les Français en 1463.

La constitution du royaume de Majorque avait

paru rompre au xmm° siècle la soudure qui s'était faite au xur° entre le Roussillon et la Catalogne. La soudure est rétablie, consolidée au xrv° siècle. Les

. comtés de Roussillon et de Cerdagne font partie in-

| tégrante du Principat de Catalogne.Or, le Principat de Catalogne au xrv° et au xv° siècle témoigne d’une individualité et d’une importance de plus en plus grande, non seulement dans le système des États hispaniques, mais encore dans l’Europe politique et

économique. L'union du Roussillon avec la Catalogne acquiert de ce fait une haute signification | historique, si bien qu'il est indispensable de définir brièvement au passage ce Principat dont le pays. qui nous intéresse devait partager si longtemps la destinée.

Une considération essentielle, doit être retenue . en premier lieu, c’ést que la monarchie aragonaise n'est pas, à proprement parler, unitaire. L'Etat aragonais dont le Roussillon fait partie est, en fait, un État multiple, comparable à ce que fut, avant son effondrement, l’État austro- -hongrois. Le roi d'Aragon est roi de Valence, de Majorque; sans parler de ses prétentions sur Jérusalem ou la Grèce, il s'intitule roi de Sicile et il conquerra toute l'Italie méridionale par l’épée d’Alphonse le Magnanime, Or, le . DUCipER de Catalogne forme, au xiv° et surtout au xv° siècle, une véritable principauté constitution-… nelle au sein de l’État aragonais. L

L'élément primordial de cette organisation consti- : tutionnelle doit être cherché dans les Corts catalanes, où siégeaient les mandataires du Roussillon et de la Cerdagne. Ces Corts se réunissaient, sur : la convocation royale, au moins tous les trois ans. .

Dans l'intervalle des sessions, elles étaient repré- | sentées par une sorte de commission intermédiaire . qu'on appelait la Députation ou Conseil général et, : par abréviation, le Général de Catalogne. Le Géné-. | ral ou Députation peut être défini la Commission . permanente représentant les Corts catalanes et com- . posée, à la période qui nous intéresse, de trois dé- ‘ putés (dipputats), auxquels étaient adjoints trois |

- auditeurs de comptes (oydors de comptes). La Députation était, en définitive, la représentation et l’'émanation de la nation elle-même, considérée dans » ses trois ordres (ordre, braç, stament) : le bras royal ou populaire, c’est-à-dire le Tiers État, le bras ecclésiastique ou Clergé, et le bras militaire ou No- . blesse. Le député du bras ecclésiastique était le président-né de la Députation. Ce conseil était luimême considéré comme la personne collective qui . personnifiait le Principat. Aussi, quand on s’adressait . au Général, employait-on cette formule: « aux députés du Général et leur conseil représentant le Prin- . cipat de Catalogne » (en catalan : als dipputats del General e consell llur representant lo Principat de Cathalunya.)

Au surplus, pour assurer la représentation effective de tous les ordres, chacun d'eux comptait un député et un auditeur. D’autre part, comme les Corts

se réunissaient en session ordinaire de trois en trois

- ans, la députation étaittriennale, La période d’exercice formait lo triennt. Le renouvellement avait lieu chaque trois ans à Barcelone le 22 juillet, jour de sainte Madeleine.

Dans les cérémonies, un appareil imposant entourait la dignité de membre du Général. Les documents du xv° siècle nous montrent les députés précédés de massiers portant des verges d'argent, revêtus eux-mêmes de gramalles, longues robes de drap rouge avec bordure de velours et ceinture de même; au cou, ils portaient « l’insigne du Général », c’est-

” à-dire un cordon, auquel était appendue une médaille . qui descendait sur la poitrine.

Les attributions de leur Conseil étaient très

variées, très étendues; elles touchaient à la justice, à la police, aux finances, à l’armée, à la marine.

Dans l’ordre législatif, le Général faisait publier les actes des Corts, dont il avait en quelque sorte la promulgation ; il expliquait et interprétait ces actes, ainsi que les Constitutions et Usages de Catalogne ; il avait la garde des sceaux des Corts.

Dans l’ordre politique proprement dit, le Général avait la garde de la constitution, et, selon la formule, la garde des « privilèges tant généraux que particuliers » ; c’est lui qui remettait aux représentants de la Couronne les subsides votés par les Corts. |

En matière militaire, les autorités catalanes pouvaient, grâce à la procédure dite du somatent, décréter la conscription et même la levée en masse pour la défense des « libertés de la Terre ». Tout abus de pouvoir, toute atteinte à l'intégrité du territoire du Principat— dont le Roussillon et la Cerdagne sont « membres » — peut donner lieu à la proclamation du somatent. En ce cas, le Général en nommele chef; le patron militaire du Principat est saint Georges.

En matière de justice et de police, le Général a sa juridiction propre. Il fait aussi arrêter les criminels. qui lui sont dénoncés par le procureur fiscal.

Sur mer, le Général fait une police active qui est. destinée à protéger le commerce catalan et, subsi-. diairement, celui des autres pays del’ État aragonais.

Enfin le Général a ses finances; il lève des impôts spéciaux dits drets del General; il a son trésor à la banque appelée Taula del General. |

Ainsi comprise, la Députation est, à proprement : parler, le gouvernement central du Principat, dont

. l’organisation constitutionnelle ne va à rien moins

. qu’à réaliser une véritable autonomie.

Dans certaines villes, telles que Perpignan, le Général a un représentant direct, le député local, qui - entretient avec ses commettants une active correspondance. De même, de municipalités à municipalités, de consuls à députés, les rapports étaient incessants. La municipalité de Barcelone se trouvait . en contact pour ainsi dire quotidien avec les autres ” villes. C’est grâce aux archives de Barcelone qu'il * est possible de reconstituer en partie la correspondance des consuls de Perpignan depuis le xiv° siècle. . Et c’est au point que, malgré l'existence de la Députation, l’activité des courriers qui s’échangent de ville à ville fait apparaître le Principat sous la forme d’une fédération de communes dont Barcelone exer- … cerait en quelque sorte la présidence. Cette solidarité . des municipalités, cette réciprocité d'avis, de con- . seils et de bons offices donnent à leurs registres une variété, une abondance et une signification qui éclai- . rent singulièrement et souvent dépassent l'horizon de l’histoire locale. Par là se trouve expliquée l’in- . timité qui se crée entre la Catalogne et le Roussillon. La langue commune a certainement beaucoup de . part à cette intimité. Le commerce, la littérature, les . soucis de chaque jour sont les mêmes des deux côtés des Pyrénées. Une même dynastie préside à leur … destinée; maïs surtout leur liberté est faite de la même autonomie : ainsi Perpignan et le Roussillon vivent avec intensité de la vie du Principat à l’ “pou

. la plus brillante de son histoire.

Le roi d'Aragon, Pierre le Cérémonieux, qui joua

D Cu a HISTOIRE DE ROUSSILLON,

d clous à un rôle fort considérable parmi eu princes | de son temps, sut comprendre à merveille l’impor- . tance de Perpignan devenu la seconde ville de Catalogne. Il avait été dur pour la capitale du dernier : roi de Majorque. « Rendez-vous, avait-il écrit en propres termes à ses défenseurs, sinon l'effet de . ma vengeance sera tel que vous en conserverez un lugubre souvenir. » Mais, après le triomphe, il eut : la préoccupation visible d'effacer les ressentiments que sa rigueur, nécessaire à l'heure décisive, avait pu faire naître; sollicitude d'autant plus opportune que divers sinistres désolaient alors Perpignan : épidémies de peste (1348, 1361 et 1370), tremblements de terre (21 février 1330, 3 et 9 mai 1373, 27 avril 1381). Comme la ville avait une banlieue restreinte, Pierre lui donna le village du Vernet. : Deux fois les Corts de Catalogne furent réunies au . Château de Perpignan, en 1350-1351 et en 1356. Enfin la création de l’Université ou Æstudi Mayor | de Perpignan fut demandée au Saint-Siège. 4 Aïnsi, quoique déchu de son rang de capitale, . Perpignan continuait à prospérer. Il fallait rem-. placer le centre universitaire de Montpellier, passé . à la France. Le mouvement intellectuel qui s'était | développé au xrrr° siècle et qui se traduisait, notam-. ment cheznous, par laculture deslettres, des sciences . et du droit, justifiait l'initiative de Pierre le Cérémonieux. Toutefois, l’Université de Perpignan fut. : fondée seulement parle pape Clément VII, Le 28 novembre 1379. Pierre IV n'eut pas à bâtir Le palais î de l’Université, et ce fut son fils qui, en 1381, accorda aux consuls l'autorisation de choisir un L "pen pour l’Estudi Major.

Au surplus, la royauté aragonaise n'était pas uniquement occupée de soins pacifiques. Les-circonstances l’obligeaient à ne point négliger les précautions militaires. Il s'agissait surtout de prémunir les comtés contre un retour offensif du roi de Majorque détrôné et de ses héritiers. Il s'agissait encore de préserver le territoire roussillonnais contre les incursions désastreuses des routiers, qui, à la même époque, sous le nom de « Grandes Compagnies », désolaient la France en proie à la guerre de Cent ans. On appelait chez nous ces aventuriers « les mauvais étrangers » (males gens estranyes). Sitôt qu'un rassemblement en est signalé sur les confins du Languedoc ou du pays de Foix, Perpignan est en l’air; les consuls demandent secours à Bar- . celone. Les routiers n’ont point de patrie. Ces bandes

‘armées pour le pillage ne respectent rien et sont la . terreur des populations; mais les bonnes murailles les arrêtent d'ordinaire; elles n'aiment pas à combattre en bataille rangée et s’en retournent habituellement aussi vite qu'elles sont venues.

Quant à Jacques de Majorque, il fit, en 1347, une tentative sur la Cerdagne et le Conflent; mais il échoua. En 1349, il opéra une descente de l’île de Majorque et y perdit la vie. Son fils, l’infant Jacques, assaillit le Roussillon en 13574, mais il n’osa pas attaquer Perpignan et se jeta en Cerdagne, puis, en Catalogne, par Puigcerda ; mais le roi d'Aragon eut vite raison de lui.

Tant pour protéger la ville contre les négateurs . de ses droits que pour la mettre à l'abri d’une sur- . prise de la part des routiers, Pierre le Cérémonieux avait eu soin de renforcer encore les fortifications

do

de Perpignan. Dès 1365) on uen es pans de rempart sur le front le plus démuni, celui dela Basse. Plusieurs tours sont réparées. On travaille au Pont del Toro, maïs surtout on bâtit le Castillet. Il y avait précédemment de ce côté l’une des portes de la ville dite « Porte de Vernet ». Vers le milieu du xiv° siècle au plus tard, cette porte fut connue sous le nom de « Porte de Notre-Dame-du- Pont » (Porta de Nostra Dona del Pont), à cause d’une chapelle établie sous ce vocable près du pont de la Basse. Cette porte, suivant l’usage, était flanquée de tours. C’est sur ce point que les architectes du roi Pierre construisirent le Castillet, c’està-dire « le petit château », par opposition au grand château, qui était le Château royal. Cette construction date de 1368. Ce Castillet du xrv° siècle n’était, en somme, qu une porte un peu fortement aménagée. Maïs plus tard, au xv° siècle, cet ouvrage fut augmenté ou plutôt transformé, comme nous le verrons.

Pierre le Cérémonieux laissa le trône à son fils, Jean 1”, qui régna de 1387 à 1396. Les droits de la … maison de Majorque ayant passé aux comtes d'Ar- | magnac, le comte Jean IIT se jeta sur la Catalogne en 1390; mais sa tentative n’eut aucun succès. Le grand titre de Jean I° à la reconnaissance des … Perpignanais est certainement l'institution du Consulat de mer, dont nous constaterons dans un autre chapitre la haute importance.

Jean fut moins heureux dans l'administration du domaine. Déjà, nous l'avons vu, ses prédécesseurs | immédiats avaient cédé à la tentation de tirer de :

ee

argent du « patrimoine ». Avec Jean [*, ce fut pis encore. Les terres fiscales furent par lui vendues ou engagées en masse, et il en résulta une véritable crise.

En septembre 1393, le gouverneur des comtés de Roussillon et de Cerdagne déclare que les ressources - du domaine sont réduites à rien et que, n'ayant ni hommes ni argent, il ne sait comment subvenir aux besoins des services publics. Les recettes ordinaires et extraordinaires qui, sous le règne précédent, s’élevaient à 16.906 livres par an n'étaient plus que de 475 livres en 139%. IL y avait eu vraiment dilapidation des biens de la couronne. Aussi une politique prudente s’imposa-t-elle aux successeurs de Jean [*. Après lui, les aliénations cessèrent; mais ce fut seulement après 1419 qu'il fut procédé à des rachats.

À Jean I‘ succéda Martin, roi de 1396 à 1410. Les historiens espagnols donnent à ce prince un surnom particulièrementhonorable: ils l’appellentl Humain. Il se montra attentif aux intérêts de Perpignan. La population chrétienne s’était soulevée contre les Juifs, à plusieurs reprises. Ge fut Martin qui réglementa leur situation.

Le fils unique du roi Martin étant mort avant son père sans laisser d’enfants légitimes, la dynastie s’éteignit en 1410. Une difficile question de succes- Sion se trouva par là suscitée. Elle causa une crise de deux ans et fut enfin résolue par l'acte connu

dans l’histoire d'Espagne sous le nom de Compromis de Caspe. Une commission des Corts, … réunie à Caspe, écarta des candidatures nombreuses — notamment celle du comte d’Urgell et celle du duc d'Anjou — et déclara roi d'Aragon un cadet

.. de la maison ho Castille, Porinond d'Antequera dit Ferdinand le Juste 4419).

La maison castillane, qui héritait ainsi des multiples couronnes de la dynastie aragonaise, a joué en Europe un rôle brillant et actif. À l’intérieur, elle

eut une politique prudente et réparatrice au point

de vue économique. Aïnsi Ferdinand le Juste employa la dot de sa femme, Marie de Castille, à

racheter des terres aenes du domaine en Rous-

sillon.

Les derniers rois dela précédente maison s'étaient ‘déjà fort occupés de la crise religieuse qui sévissait alors, et qui est connue dans l’histoire générale sous le nom de Grand schisme d'Occident. Ferdinand le Juste s’y engagea aussi très activement, s1 bien que Perpignan devint le centre d'une intrigue où le

sort de la Chrétienté elle-même était en cause. IL

s'agissait de faire triompher les prétentions de

l’antipape d'Avignon, Benoït XIII, contre le pape de

Rome.

Benoît XIII — de son nom de famille Pierre de Luna — était issu de la plus haute noblesse ara-

gonaise. Chassé d'Avignon et obligé de céder la place à son rival Grégoire XII, Benoît se rélugia en

terre aragonaïise, en Roussillon. Le roi lui assigna pour résidence le Château de Perpignan.

C'était en 1408. Benoît convoqua un concile pour rendre la paix à à l’Église, mais sans résultat. Un second concile s’assembla l’année suivante pour le

même objet. Vingt-deux prélats réunis dans la” chapelle du Château à Perpignan proposèrent que « l’on convint d’un lieu où se rendraient les délégués.

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. prince ignorant n’est

du pape de Rome, afin d'arriver à une entente. Benoît XIII, dont l’obstination était extrême, refusa de prêter les mains à tout arrangement qui risquerait de le priver dela tiare.

En 1415, on vit à Perpignan, non seulement Be-

noît XIII et Ferdinand le Juste, mais aussi l'empe-

reur d'Allemagne, Sigismond. L’entrevue n’amena point la pacification. Benoît XIII se renfermait dans l'intransigeance; seulement, effrayé des menaces de l’empereur, il courut à Collioure où 1l s’embarqua. Il mourut en 1424, à Peñiscola, près de Valence, sans avoir renoncé à la papauté.

Ferdinand le Juste, après avoir fait son testament à Perpignan, mourut à Igualada, le 2 avril 1416. I} eut pour successeur son fils aîné, Alphonse le Magnanime ou le Savant (/o Sabi).

C'était un homme éclairé, vrai prince de la Renaissance. Il aimait à répéter qu'à son estime « un guère au-dessus d'un âne couronné ». Avec lui, la royauté aragonaise reprit son élan vers la Méditerranée et l'Orient, comme au temps de Jacques le Conquérant. Alphonse guerroya en Corse, en Sardaigne et dans l'Italie méridionale. Il joignit aux multiples couronnes qu'il héritait de son père celle de Naples et exerça dans la Méditerranée, surtout dans le bassin occidental de cette mer, une réelle hégémonie. Il en résulta un nouvel essor du commerce catalan, et la prospérité économique du Principat se trouva portée à son comble.

Seulement, occupé toute sa vie par ses aventures italiennes, le Magnanime n’eut pas le loisir de gouverner en personne ses Etats patrimoniaux. Il laissa

a 1e à “ HISTOIRE DE ROUSSILLON, VON A AREe

| ce soinàsa ae la reine Marie, assistée, surtout pendant les dernières années, du prince Jean, qui devait être son successeur.

C’est la reine Marie qui autorisa, en 1448, la construction de l’un des monuments les plus intéressants de Perpignan, «la Maison de laDéputation», appelée plus tard « Palais du Conseil souverain » puis « Pa- lais de justice ». La Députation du Roussillon, représentant celle du Principat, levait dans le ressort les « droits du Général » dont il a été question plus haut. | Sous Alphonse, les Roussillonnais prirent part

aux expéditions d'Italie ; ils allèrent aussi, à plu-

sieurs reprises, combattre en France, principalement sous la bannière du comte de Foix. La royauté française, au plus fort de la guerre de Cent ans, accueillait et sollicitait tous les secours. En 1426, on vit une véritable légion catalane se former sous les ordres d’un chevalier roussillonnais, Bernard Albert. On trouve Albertet ses compagnons à Tours, puis à Melun (1428). D'ailleurs, Albert agissait avec l’assentiment de son souverain, puisque à la Cour du « roi de Bourges » il mène une négociation dont . l’objet est de procurer à Alphonse le Magnanime, alors à Valence, des ménétriers ou musiciens fran- Ççais. Et, de fait, le 12 avril 1428, passaient à Perpignan Jean Boyssard dit Berdolet, son fils J ean-Guy-

Colin et Mathias Verdet, tous « ménétriers du séré- nissime roi de France ».

L'extrême prospérité du Principat de Catalogne et du Roussillon s'affirme de plus en plus sous l'administration de la reine Marie, « lieutenant

1 général ». L’autonomie catalane se Di elabte à

l’aise. Les institutions municipales s’épanouissent. Les libertés s'étendent et le Principat prend presque figure de République. La correspondance abondante qu'entretiennent les villes, notamment Perpignan et Barcelone, à cette époque, donne nettement cette impression.

La reine fait de longs séjours à Perpignan, y tient des Corts. Elle est vénérée, mais on sent qu'elle ne se conduit guère que par le conseil des représentants de la nation. Un patriotisme catalan est formé. Et voici que brusquement il se heurte à l’autoritarisme systématique du successeur d’Alphonse, Jean, devenu roi d'Aragon par la mort de son frère, le 28 juin 1458.

Alors éclate la crise rapide et tragique qui va faire passer en fait le Roussillon sous la domination française pour une génération.

Des précédents caractéristiques orientaient du côté des Pyrénées méditerranéennes les ambitions françaises. Nous avons vu comment l'unité de la Narbonnaise romaine, c’est-à-dire en somme celle de la Gaule, avait été rompue ; comment les Pyrénées avaient cessé d’être frontière; comment s'était soudé le Roussillon à la Catalogne. En vain, le traité de Corbeil avait paru résoudre, entre saint Louis et Jacques le Conquérant, l’'antinomie qui

s'était créée entre les maisons de France et d’Ara- gon par le glissement hors de France d’un pays | géographiquément et historiquement français. Le fils même de saint Louis, Philippe le Hardi, avait inauguré les expéditions françaises au delà des Pyrénées. Le mauvais succès de la Croisade de

Lt

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1985, puis les épreuves de la guerre de Gent ans

ù et dévié ailleurs les forces vives de la France. Mais, sous Charles VII, Pattention de la maïson de

Valois se tourne vers la Catalogne, et les prétentions des princes d'Anjou servent de prétexte à des démonstrations significatives. Aussi bien, le jeu des rois de France à l'égard du Roussillon, au xv° siècle, ne pourrait se comprendre si nous ne définissions ici les fondements généalogiques sur lesquels les intéressés ont édifié la théorie des « droits » à la couronne d'Aragon.

À cet eflet, î faut se rappeler que la maison d'Anjou avait été mise en avant lors du compromis de Caspe ; il faut aussi savoir que Jean [* d'Aragon avait laissé une veuve, Yolande de Bar, dont la fille, Yolande de Sicile, avait épousé Louis d'Anjou. Une fille était née de ce mariage, Marie d'Anjou, laquelle était devenue reine de France par son union

avec Charles VII. La dot d’'Yolande de Bar avait été

fixée par contrat à 160.000 florins d’or avec assignation Sur divers droits féodaux, le tout garanti par le roi Martin, frère et successeur de Jean [*. La dot de la grand’ mère avait été transmise à la fille d’abord,

à la petite-fille ensuite. La reine Marie, la propre femme de Charles VIT, avait donc en maïns des actes | pion qui spécifiaient ses droits. Un jour,

Charles VIT s’avisa que la dot de sa femme n’était point soldée et que les parchemins qu’elle lui avait

apportés étaient improductifs.

Il envoya alors une ambassade outre-monts.

C'était en 1447. L'ambassade fit valoir ses récla-

mations à Barcelone devant la reine Marie d’Aragon, alors « lieutenant général » pour son mari,

A4 ” PRE niv BA eS PER. SE

Porche de la Cathédrale Saint-Jean (Perpignan). — Notre-Dame de Font-Romeu. — Porte à Saint-Jean-le-Vieux. — Sceau de Bérenger, évèque d’'Elne et petit sceau à l'effigie des SStes Eulalie et Julie, patronnes du diocese.

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