‹ Histoire de RoussillonChapitre 19 sur 40 · PAP PA EPS ARS · texte numérisé non relu

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le démembrement de sa monarchie : il entendait.

en assurer, par tous les moyens, l'intégrité.

Allié déjà à Charles VII, il imagine done de

resserrer son alliance avec Louis XI, qui vient de .

succéder à son père, et de faire sortir de cette

FU Ex LA SECONDE DOMINATION ARAGONAISE, 107

alliance un secours armé propre à lui permettre de

briser la résistance des Catalans.

. Louis XI, après avoir fait mine d’abord de se donner pour protecteur à Barcelone, voyant ses agents rebutés par les Catalans patriotes et défiants, ‘se décide à lier partie avec l’Aragonais, mais en -dictant des conditions qui rendent l'affaire avantageuse. A la suite d’une entrevue des deux rois, un traité définitif est signé à Bayonne, le 9 mai 1462. Par ce traité, le roi de France s'engage à

Mournir au roi d'Aragon une armée de secours

dont la composition est minutieusement fixée. Cette armée devra rester au service de l’Aragon

“jusqu à complète soumission des Catalans et pourra même être employée contre tout souverain qui se

. mélerait à la guerre, à moins qu'il ne soit allié de

la France. Comme indemnité pour la fourniture et les frais de cette armée, l’Aragon devra à la France 300.000 écus d’or. Enfin, comme sûreté

| pour l’exact payement des termes de cette somme,

les Châteaux de Perpignan et de Gollioure devront être tenus au nom du roi de France qui touchera, en attendant, tous les revenus royaux des comtés de Ronsétllon et de Cerdagne.

+ Ainsi c'est par la voie de l'alliance aragonaise ‘que Louis XI entendait pousser sa frontière du Pas-de-Salses aux Pyrénées. Et, de ces clauses de Bayonne, qui ne lui donnaient nullement le droit d'occuper les comtés, 1l allait prendre prétexte pour mettre tout le pays dans sa main.

En effet, les arrangements des deux rois une fois divulgués, les Catalans ne gardent plus de mesure. de FAUNE Jean II déchu de ses droits au trône,

" Utpe NU EISTOIRE DE ROUSSILEONS 0

et la Députation s’érige, en fait, en gouvernement

indépendant. La reine, contrainte de s’enfuir à Gérone avec son fils, y est assiégée par l’armée | du somatent que commande un capitaine hardi, | le comte de Pallars. : $ [Il est vrai que l’armée française de secours, commandée par le comte Gaston IV de Foix, délivre les « personnes royales »; mais cette armée : échoue contre Barcelone, et comme les Roussillonnais ont pris fait et cause pour la révolution catalane, reçu le comte de Foix en ennemi, attaqué les capitaines de Perpignan et de Collioure, Charles et Béranger d'Oms, enfin mis obstacle à

la prise de possession de ces Châteaux au nom de

la France, Louis XI envoie une seconde armée : sous les ordres de Jacques d'Armagnac, duc de Nemours. Cette armée assiège et prend Perpignan, occupe en fait les deux comtés (1463), et quand les délégués de la capitale roussillonnaise viennent trouver le roi de France, celui-ci évoque le droit . de conquête, déclare que les Roussillonnais ayant : renié leur seigneur appartiennent à qui les prend, . et proclame le Roussillon et la Cerdagne annexés | à la France : « Est ledit Seigneur conclud et déli- .

beré de unir et joindre lesdits comtés de Roussil-

lon et de Cerdagne à sa couronne et sans pouvoir |

en estre séparés pour chose qui peut advenir. ». On ne saurait être plus catégorique.

Cette prise de possession était d’autant plus | audacieuse que Gaston de Foix, prenant prétexte . 4 de l'intervention du roi de Castille, allié de la. France, en faveur des Catalans, se retira en Na- | varre. Le traité de Bayonne aboutissait, un an

| après s

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révolution catalane jo step le Roues su et. ï

Da: Cerdagne usurpés par le roi de France.

Désormais, entre la France et l’Aragon allait

se jouer une partie politique serrée dont le sort. M 1 des comtés En était l'enjeu. ae

Étendue et nature de l'occupation. — Les fautes de Louis XI. — Le patriotisme local; la famille d'Oms. — Les tournants brusques de Ia politique française. — Jean II à Perpignan. — Siège et traité de 1473. — Campagne de 1474. — Siège

et capitulation de Perpignan en 1475. — Héroïsme de la

Ville-Très-Fidèle. — Le secret de la patience aragonaise. — La domination française sous Louis XI et Anne de Beaujeu. — Rétrocession des comtés par Charles VIII.

Le dimanche 9 janvier 1463, les consuls et les

notables bourgeois de Perpignan s'étaient rendus au camp du duc de Nemours, qui assiégeait leur ville, et là, tous à genoux, mains jointes, avaient crié « mbreil » (c'est-à-dire miséricorde), suivant .

l'usage du temps. Cette reddition avait permis à

Louis XI de se considérer, nous l’avons vu, comme maître du pays par droit de conquête. Le roi. d'Aragon, aux prises avec les pires difficultés inté-

rieures, n'avait garde de dénoncer cette onéreuse alliance franco-aragonaise dont le partenaire faisait |

pourtant un si singulier abus : ce fut donc, en fait,

l'occupation française imposée au Roussillon et à

la Cerdagne.

FH est bon de remarquer que l'occupation éphé-

mère du xv° siècle a été plus complète que ne:

L'OCCUPATION FRANÇAISE DU XV° SIÈCLE. lil

devait l’être la cession définitive du xvu° siècle. Ra cjout hui, la Cerdagne est partagée entre la France et l’Espagne. La mainmise de Louis XI . sur les comtés s’étendait à la Cerdagne entière; dès le 16 juin 1463, la bannière française aux fleurs de lis flottait à Puigcerda.

… Pendant les premiers mois de cette année 1463 se succèdent les mesures destinées à organiser le ‘ régime français en Roussillon et en Cerdagne. Le roi de France donne la haute main à un lieute- \ nant général ou vice-roi; à ce poste élevé est appelé un prince de la maison de Foix, Jean de Foix, comte de Candale et captal de Buch; Bernard . d'Oms, un Roussillonnais qui avait pris du service à la Cour delphinale et qui était ensuite devenu . sénéchal de Beaucaire, fut adjoint à Jean de Foix: il porte généralement dans les actes le titre de . gouverneur; Charles d'Oms, seigneur de Corbère, et Bérenger d'Oms, c’est-à- dire le père et le cousin de Bernard, restèrent, comme ils l’étaient . sous le régime aragonais, revêtus d'importantes charges : : le premier était procureur royal et capi- . taine du Château de Perpignan, le second capitaine du Château de Collioure. Les privilèges muni- . cipaux de Perpignan furent confirmés, mais avec des restrictions telles que la ville libre d'autrefois . était absolument asservie. Un Parlement français Din créé avec juridiction sur l’ensemble du pays . annexé.

Habitués à la large autonomie du Principat, les Roussillonnais supportèrent avec peine les tendances centralisatrices du nouveau régime. Louis XI était autoritaire, et les lieutenants généraux qui

Mo HISTOIRE DE ROUSSILLON. An EN À) 48

succédèrent à Jean de Foix ajoutèrent encore à la compression: Pons-Guilhem de Caylus, seigneur : de eu Tanneguy du Châtel ; Antoine du Lau. | Or, Louis XI, si habile sur tant de points et. en tant de circonstances, commit en Roussillon une série de fautes insignes. D'abord il se contenta d’une possession de fait sans en poursuivre la reconnaissance en droit. Invoquer, comme il l’avait fait à l'égard des Perpignanais, le droit de conquête, ne pouvait suflire. Jean ÎT ne renonçait point | à sa qualité de comte de Roussillon et de Cerdagne et, en droit international, le roi de France était possesseur sans titre. \ D'autre part, en se fiant à la maison d'Unns, Louis XI avait commis l'erreur qui consiste à confier au loup la garde de la bergerie. Ardemment roussillonnais et fidèles serviteurs de l’Aragon, les membres de la famille d'Oms ne se ralliaient : en apparence à Louis XI que pour faire les affaires de Jean II.

De cette dissimulation, dont il aimait tant lui. même à user, le roi de France n’a eu aucun soupçon. : Bernard d’Oms reste son homme de confiance: il a. beau s’allier par le sang, en 1468, à une des familles. aragonaises les plus en vue en épousant Elisabeth. de Requesens, il conserve la haute situation qui, sous des vice-rois étrangers au pays et ignorants | de sa langue, fait de lui le vrai chef de l'administration. En 1468 aussi, Bérenger d'Oms étant mort, . Louis XI se montra si confiant qu'il laissa la ei vivance de la capitainerie de Collioure au fils du défunt, Guillaume d'Oms. à

L'OCCUPATION FRANÇAISE DU XVe SIÈCLE, 113

L'opinion publique dans les comtés a facilité et, peut-être en partie, inspiré la conduite de ces « membres de la maison d'Oms », comme disent les textes.

En comparaison de la liberté dont les Roussillonnais avaient joui jusqu'ici, le despotisme de Louis XT leur faisait l'effet d’un véritable joug de fer. Dès 1463, une révolte avait été sur le point d’éclater et un massacre général des Français résidant en Roussillon faillit ensanglanter le pays, comme autrefois, à Palerme, les Vêpres siciliennes. Alors, par ordre du roi, ce fut une série de vexations dont les archives des Pyrénées-Orientales nous ont conservé la trace. Des registres entiers sont remplis d'actes de confiscations qui dépouillent des particuliers et des familles. Sous prétexte de frapper les partisans de la révolution catalane, Louis XI récompense ses propres fidèles, surtout les officiers qu'il a envoyés en Roussillon et qu’il

pale au détriment de sa conquête. Et — sans doute pour récompenser Jean IT de sa patience à laisser , faire — il prodigue en même temps ses faveurs aux « bons et loyaux sujets de son oncle le roi d’Ara- . gon », ce roi à qui il a enlevé une province et dont * il continue à se dire l’allié à la face du monde. Cependant, à travers les événements compliqués qui se déroulaient en Espagne, Louis XI caressait . le projet subtil d'abandonner l'alliance aragonaise en se faisant le protecteur de ces mêmes Barce- - lonaïs rebelles, dont il avait promis d’étouffer la . révolte. Vers la fin de 1463, il crut le moment venu - d'opérer cette volte-face. Soudain, il manifeste à - « son oncle d'Aragon » une grande froideur et | HISTOIRE DE ROUSSILLON. 8

"1141: su | HISTOIRE DE ROUSSILLON.

comble de caresses une grande Sbbasde venue de Barcelone à sa Cour. À ce moment précis, les agents français en Roussillon modifient leur attitude. Ils favorisent les amis de la révolution et molestent les partisans de Jean IT. Ce geste est à peine esquissé, car les Barcelonais reçoivent mal les avances du roi de France et, jaloux d'éviter une si dangeureuse protection, proclament pour . leur seigneur D. Pedro de Portugal, petit-fils de ce : comte d'Urgel qui avait été candidat au trône : d'Aragon en 1412. La proclamation de D. Pedro blesse au vif Louis XI. Il voue à ce ravisseur d’une proie espérée une hostilité vengeresse, et cette hostilité se traduit par de nouvelles vexations à l'égard des patriotes catalans du Roussillon, tandis | que les partisans de Jean IT sont plus choyés que jamais.

D. Pedro meurt, et soudain tout change. Les : Catalans, cette fois, se donnent à René d'Anjou. Louis XI, oubliant ses engagements, favorise ce i prince, son oncle. En Roussillon, il persécute | maintenant les partisans avoués ou secrets de celui qu'il appelle « le ro Jean, son ennemi» tandis qu’il réserve toute sa bienveillance aux anciens partisans de D. Pedro, devenus désormais les bon et loyaux sujets de son « oncle le rot de Sicile ». Qu est-ce à dire, sinon que les deux grands partis qui se divisaient alors le Roussillon, comme ils se divisaient la Catalogne, ont été frappés tour à tour? Le jour de la pacification, l’accord de ces. victimes successives devait fatalement se faire contre le persécuteur. Louis XI, habitué à agi en autocrate, ne s'était point avisé que, par excep

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; f L'OCCUPATION FRANÇAISE DU XV° SIÈCLE. 115

tion en ce siècle, les Catalans avaient un sens profond de la liberté et une claire conscience politique. Il avait gouverné le coin de Catalogne qu'il | avait conquis comme il aurait gouverné une sénéchaussée française. C'était une méprise. Elle avait eu pour effet une véritable exaspération du patriotisme local. Pour qui songe aux attaches françaises du Roussillon dont le passé était garant, pour qui sait avec quelle facilité ce même Roussillon devait . devenir plus tard français, l’intransigeance de nos ancêtres du xv° siècle apparaît bien significative. La responsabilité revient entière aux procédés dont Louis XI avait usé à leur égard.

Tous les témoignages concordent sur l’antipathie suscitée à cette époque par la France en Roussillon. L'un des contemporains qui nous en donne le . mieux la sensation est le notaire perpignanais An- - toine Pastor, auteur d’une petite relation intitulée » « Libellus ». L'auteur de cet opuscule a pour les . Français une telle horreur qu’il n’hésite pas à leur pré- | ter en toute occasion les idées et les mœurs de véri- . tables sauvages. Alfonsello, recteur de Rivesaltes et chanoine de Gérone, appelle l'occupation française “ en Roussillon une « captivité ». Le chroniqueur us Diego de Valera constate le même état - d'esprit, et les meilleurs historiens français de

. l'époque, Thomas Basin et Philippe de Commines, . l’'avouent sans ambages.

4 Cette ambiance défavorable à la politique de " Louis XI explique les à-coups de l'occupation franse La position des Français n’est pas menacée “tant que la révolution catalane tient Jean II en . bee Mais, après dix ans de luttes, Jean II

ne 0 / HISTOIRE DE ROUSSILLON.

triomphe. [l met le siège devant Barcelone en 1472:

les jours de la résistance sont comptés. Parune poli ;

tique faite d'énergie et de concessions, le roi d'Aragon a refait l'unité morale de sa monarchie avant même d'en avoir rétabli l'intégrité matérielle.

À Perpignan, les progrès de Jean IT sont suivis avec passion. On sent que de lui seul peut venir la libération. Le 10 avril 1472, la police française découvre un complot. Un bonnetier de la ville, Jordi Tarrades, est arrêté, exécuté. Le 13 du même mois, plusieurs nobles se révoltent dans leurs châteaux forts; parmi eux figure Guillaume d’Oms, capitaine de Collioure. Un mouvement irrésistible se dessine. Le 16 avril au soir, la cité épiscopale d'Elne se soulève : les jours suivants, quantité de places lèvent la bannière d'Aragon. Déjà la situation est assez modifiée pour que Bernard d’'Oms se

démasque. Le voici qui se met à latête des patriotes : et agit non en fonctionnaire français, mais en .

agent aragonais. Le lieutenant général Antoine

du Lau est débordé et s'efforce en vain de battre | la campagne avec des forces devenues insuffi-

santes. Toutefois, comme du Lau tient le Château, la ville de Perpignan n'ose encore se déclarer. Mais la Cerdagne et le Vallespir ont déjà échappé :

à la France. Le 18 avril, une nouvelle tentative . échoue à à Perpignan. Un chevalier, Riambau, paie |

de sa vie sa précipitation : il est décapité sur la place de la Loge.

À dire vrai, le mouvement de révolte s'était déclanché en Roussillon avant l’heure, avant le moment où Jean II, ayant achevé son œuvre en. Catalogne, serait libre d'agir de l’autre côté dci

Pyrénées. Mais, qui aurait pu retenir l’explosion du sentiment populaire, l’astreindre aux subtils calculs de l'opportunisme politique ?

Enfin, Barcelone capitule; Jean II, maître de la situation, accorde aux rebelles des conditions si douces qu’elles surprennent et convertissent ses pires détracteurs. Alors, tout concourt à la reprise des comtés. Jean II lui-même, bien que septuagénaire, se met en campagne personnellement, comme si après avoir fait admirer sa clémence à Barcelone, il avait à tâche de faire admirer son courage à Perpignan.

Toutelois, le roi d'Aragon était trop prudent pour agir sans préparation. Il organise ses forces

à la fin de 1472 et se met en route seulement en janvier 1473.

Cette lenteur même paraissait propice à Louis XI. Elle lui permettait, ce semble, de se préparer lui aussi à la lutte. Il n’en fut rien. Très occupé ailleurs et mal renseigné de ce qui se passait sur une frontière lointaine, il ne prit pas les mesures rapides que commandait la situation. La défection des membres de la famille d'Oms, maîtres de l’administration française, avait tout désorganisé, et c'était partout le désarroi. Antoine du Lau était. coupé de ses communications, déjà à peu près bloqué dans le Château de Perpignan. Tandis que Jean II s'approche, l’effervescence grandit en ville. Le 25 janvier, comme l’armée aragonaise campe au Boulou, un mouvement se produit sur la Loge où de jeunes gentilshommes crient : « Aragon! « Aragon! » La même manifestation a lieu devant la porte Saint-Martin. Mais ce fut seulement le

Antoine du Lau fut fait prisonnier. Géperden,

We ns . ‘HISTOIRE DE | ROUSSILLON.

1 janvier au soir que le roi d'Aragon franchit la dernière étape, et, dans la nuit, exactement

le 1° février à trois heures du matin, il arrivalt en compagnie de Bernard d'Oms devant la porte de Canet où les consuls, Jean Blanca en tête, étaient venus recevoir leurs libérateurs. L'entrée en ville du cortège royal fut saluée par un enthousiasme délirant.

Un retour offensif des Français n’en était pas moins inévitable. Jean IT se résolut à y faire face.

Le roi d'Aragon réunit les Corts à Perpignan; il y prononça un énergique discours du trône; groupant autour de lui ses meilleurs capitaines, secondé par son meilleur général, le comte de Prades, 1l prépara tout pour la défense. Devant

la population assemblée dans l’église Saint-Jean,

il fit le serment solennel de ne pas quitter Perpignan avant d’avoir obligé les Français à lever le siège dont ils menaçaient la place, et tint parole.

L'armée française, dirigée par le beau-frère de Louis XI, Philippe de oc mit le siège devant Perpignan au milieu d'avril 1473, appuyée par la garnison française du Château que commandait Antoine du Lau. Plusieurs assauts échouèrent.

Alors les assiégeants se mirent à ravager les

alentours, coupant les arbres à fruits et détruisant

les récoltes sur pied. Ils comptaient sur la faminequi,

en effet, devint bientôt très meurtrière. Les troupes aragonaises y paraient de leur mieux en multi-

pliant les sorties : dans l’une de ces sorties, au

cours d’un combat livré près du « pont-de-pierre »,

Le

l'été approchait. Les épidémies décimaient déjà les assiégeants. L'intervention diplomatique du duc de Bourgogne, allié de Jean Il, et l'approche du primogenit d'Aragon, Ferdinand, avec une armée de secours, déterminèrent Philippe de Bresse à signer l'armistice du 24 juin, suivi des trêves de Canet. Des négociations pour la paix entre les deux couronnes furent entamées. Alors, Jean IE, considérant sa tâche terminée, retourna à Barcelone.

Il est vrai qu'en août, Louis XI tente une démonstration militaire : mais son lieutenant, Louis de Crussol, n'ose attaquer Perpignan; il meurt bientôt au cours de cette imprudente campagne d'été, qui coïncidait avec une saison exceptionnellement torride. Les négociations furent alors reprises; elles aboutirent au traité de Perpignan du 17 septembre 1473. Par ce traité, les clauses de Bayonne étaient remises en vigueur, et, en attendant le règlement du compte franco-aragonais, le Roussillon et la Cerdagne, dont les revenus avaient été engagés au roi de France, étaient en quelque sorte neutralisés : ni l’un ni l’autre monarque ne pourrait y pénétrer ou y envoyer des troupes, et le gouvernement en serait remis à un gouverneur nommé par le roi de France sur une liste de candidats dressée par le roi d'Aragon. Le négociateur aragonais du traité, Pere de Rocaberti, fut désigné pour cette haute mission. Dans ce curieux régime de neutralité, le problème pyrénéen trouvait une solution provisoire, et il semblait que, par la voie de droit, l’on s’acheminât à une solution définitive.

120 de HISTOIRE DE ROUSSILLON.

Il n’en était rien pourtant. Une ambassade ara-

gonaise ayant été envoyée à la Cour de France

pour débattre des intérêts engagés, Louis XI arrêta les ambassadeurs, au mépris du droit des gens, et viola le traité de Perpignan en faisant envahir le Roussillon par ses troupes. Perpignan

fut assiégé pour la troisième fois et étroitement

bloqué. Le 5 décembre 1474, la cité d'Elne fut enlevée, et Bernard d'Oms, qui la défendait, fut pris, amené au Château de Perpignan et exécuté. La mémoire de cet ancien favori de Louis XI, tombé au service du roi d'Aragon, a été exaltée par les écrivains d’inspiration aragonaise. Le nom d'un autre personnage a été paré d’une auréole encore plus brillante, celui de Jean Blanca. La tradition raconte que ce patriote ardent était consul, lors du troisième siège de Perpignan par les Français, son fils fut pris par l'ennemi au cours d’une sortie. Alors, les Français firent savoir à Blanca que, s’il n’ouvrait pas les portes de la place aux assiégeants, son fils serait égorgé sous ses yeux. Héroïque, le consul répondit que son fils ne pouvait passer avant son Dieu, son roi et sa patrie. En commémoration de ce fait une inscription fut placée sur la maison de Blanca, portant ces mots :

Husus poMus DOMINUS FIDELITATE CUNCTOS SUPERAVIT ROMANOS (Le propriétaire de cette maison a surpassé tous les Romains en fidélité.)

C'est là une légende : elle repose sur un épi-

sode réel, la mort du jeune Blanca passé par les

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Château royal. — Bastion et épée de Gharles-Quint. (Perpignan) PL. VIII.

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À 4 A La Le e armes après être tombé aux mains des Français

en 1475; mais le cas de conscience du consul Blanca est d'autant plus imaginaire que Blanca a été consul en 1473, non en 1475. Il faut donc ranger la légende de Blanca parmi les traditions poétiques sous la forme desquelles a coutume de se condenser, dans la mémoire des hommes, le souvenir des actes de courage collectif.

Car ce qui demeure, c’est que Perpignan, au cours de ce siège, oppose une résistance acharnée pour ne succomber finalement qu'avec tous les honneurs dus au courage malheureux. Peut-être le chroniqueur Marino Siculo exagère-t-1l quand il nous dépeint cette Perpignanaise qui, ayant deux fils dont l’un périt, prolonge, dit-il, la vie de l’autre en lui faisant manger, faute d'autre nourriture, la chair de son frère. Mais ce qui est certain, c’est que le surnom de « mangeurs de rats » resta longtemps aux Perpignanais, à cause du sort qu'ils avaient fait à ces rongeurs, au moment de la famine. L'énergie de la résistance fut telle que les généraux français, préférant éviter de réduire ce peuple au désespoir, acceptèrent les conditions très douces de la capitulation que les consuls avaient proposées. Encore, les Perpignanais ne se prêtèrent-ils à cet arrangement que sur l'ordre exprès de leur seigneur, le roi d'Aragon, qui décerna à Perpignan le titre de Ville-Très-Fidèle (Fridelissima) et déclara formellement lui conserver ses qualités et prérogatives de ville aragonaise. C’est dans ces conditions que, le 10 mars 1475, la capitale du Roussillon se livra aux Français.

Ainsi, ce même Jean Il, qui avait si Fe oc et | si vigoureusement sauvé Les Perpignanais, en 4473, : les laissait tomber, en 1475, au pouvoir de la France. On ne saurait le lui reprocher. C'est qu’au lieu d’être libre d'agir sur les Pyrénées, comme en 1473, Jean IT, en 1475, regardait surtout ailleurs.

Le roi de Castille, Henri IV, étant mort en 1474,

une guerre de succession s'était ouverte entre les deux infantes Jeanne et Isabelle. Or, celle-ci était mariée à Ferdinand primogenit, d'Aragon; Jean II n’avait pas de trop de toutes les ressources financières et militaires de sa monarchie pour soutenir son fils et préparer ainsi, avec le triomphe de ce prince, la réalisation de la plus grande pensée de son règne : l’unité espagnole au profit de la . maison d'Aragon.

Puisqu’il sacrifiait momentanément les comtés pyrénéens afin de gagner un grand royaume, Jean II laissait Louis XI occuper le Roussillon. Louis XI alors, voyant à sa merci ces Roussil- d lonnaïis qui avaient naguère rejeté avec tant d'em- pressement sa domination, ne songea qu'à la vengeance. La capitulation accordée par ses généraux aux Perpignanais le mit dans une violente colère. Il qualifia les signataires de « malicieux traîtres » et envoya l’un de ses favoris, Imbert de Batarnay, …

sire du Bouchage, avec des instructions qui se

résumaient dans le mot de « répression». Les ordres

royaux étaient tels que le Napolitain Boffille de Juge, comte de Castres, établi au nom de Louis XI comme œouvérneur des comtés, refusa de les exécuter à ju lettre et fit des représentations à la Cour. Il , fit ressortir que les coupables avaient spogans-t

ment « vidé » la ville, et qu'il valait mieux gagner le reste par la modération. Louis XI ne changea point de méthode, mais la répression fut certainement adoucie dans l’application, grâce au tact de l’adroit Boffille. Telle qu’elle fut, la répression fut cependant fort dure. Le régime municipal à Perpignan fût à peu près suspendu en fait. L’émigration était intense. Ceux qui ne pouvaient partir se résignèrent, mais la haine contre la France était parmi eux générale et, au fond du cœur, tous, ou presque tous, souhaitaient le retour à l’Aragon.

En apparence, Perpignan n’en était pas moins ville très française. On y célébrait des manifestations officielles pour tous les événements heureux qui arrivaient à la Maison de France. C'est à Perpignan que mourut en captivité le fils de Jacques d’Armagnac, duc de Nemours, confié à la garde de l'Italien Capecci, oncle et lieutenant de Boffille,

Il y eut pourtant, dans la mission de ceux à qui Louis XI avait confié sa conquête, des obligations

moins attristantes que celles qui procédaient de l'esprit de vengeance et de tyrannie. Deux monuments de Perpignan gardent encore la trace de l'occupation française : la cathédrale Saint-Jean et le Castillet. C’est alors que fut terminée l’abside de notre cathédrale gothique, et une clé de voûte ornée de l’écusson de France l’atteste. Le Castillet fut transformé et prit l'aspect définitif, celui d’un véritable « petit château », face au grand château ou citadelle. Grâce à ces deux ouvrages, la ville pouvait être défendue contre un péril exté-

rieur, mais surtout maintenue dans l’obéissance.

Tandis que l’œuvre française se précisait en Roussillon, Jean II se bornait à vivre avec la France sous le régime des trêves. Ferdinand triom-

phait en Castille. Le 19 janvier 1479, la mort

de Jeän IT faisait monter le « primogénit » sur le trône d'Aragon. Ferdinand et Isabelle, les « Rois Catholiques », maîtres de l'Espagne chrétienne, n’aspiraient plus désormais qu’à chasser les Maures de Grenade et les Français de Perpignan.

Un moment, il parut que le Roussillon et la Cerdagne allaient être rendus bénévolement par

Louis XI agonisant. Hanté par la crainte de la

mort, le roi de France, en son château de Plessisles-Tours, avait fait appeler saint François de Paule, et celui-ci, plus préoccupé d’alléger l'âme de son royal pénitent que d'obtenir la guérison de son corps, lui avait commandé de réparer ses injustices, en particulier de rendre à la Cour d’Aragon Îles provinces mal acquises. On voit même

l'évêque de Lombez, Jean de Billières-Lagraulas,

se mettre en route pour négocier cette restitution;

. mais des lenteurs calculées permirent au roi de .

mourir et à la régente, Anne de Beaujeu, de faire rebrousser chemin à l'ambassadeur avant quil n'eût atteint la frontière. | Invitée par Ferdinand à exécuter la promesse de son père, Anne de Beaujeu déclare qu'il y a

lieu d'attendre la majorité de Charles VIII. Cette …

réponse dilatoire, qui masquait un refus, n'avait d'autre cause que les embarras intérieurs de la minorité. Les Rois Catholiques, de leur côté, occupés par la lutte contre les Maures, ne voulaient

RU

pas engager la guerre avec la France. Ils se contentaient de lui faire échec partout où ils en avaient l’occasion, notamment en Bretagne et en Italie.

En Roussillon, Anne de Beaujeu avait tenté un effort pour introduire un peu plus de libéralisme dans le régime imposé au territoire annexé. Ainsi, le 16 février 1484, elle fait signer par Charles VIL un mandement qui, à la requête du batlle de Perpignan, Jean Solanell, rend aux Perpignanais la libre disposition de leurs finances que Louis XI n'avait pas craint de « mettre en sa main », suivant l’euphémisme de la chancellerie. Seulement, à l'inverse de ce qui s’était passé en 1475, c'étaient maintenant les fonctionnaires français qui faisaient du zèle dans le sens de l'oppression. Lorsque l’approche de la majorité du roi et l’exaltation de ses projets d'expédition en Italie feront craindre aux agents français une rétrocession à laquelle ils auraient tout à perdre, on voit certains d’entre eux oublier toute mesure. Le vicomte de Rodes, Guillaume de Caraman — lieutenant du vice-roi Gilbert de Montpensier — ne craignit pas d'empêcher, en 1492, les élections consulaires à Perpignan, nomma des consuls de son choix et prétendit susciter d'autorité des manifestations favorables au maintien de la domination française. Au bout de

quatre mois seulement, après une enquête confiée à une commission dont le chef était l’évêque d'Albi, des élections régulières purent avoir lieu dans Perpignan. Mais, à la Cour, le parti d'Anne de Beaujeu perdait tous les jours du terrain. Le roi majeur ne révait plus que des « fumées d'Italie », comme le dit spirituellement Commines. Or, pour

16 0 © GiSToiRE DE ROUSSILLON.

être libre d'agir de outre côté (le A1. il fallait faire la paix sur les Pyrénées.

À la suite de négociations longues et laborieuses, menées successivement à Figuères et à Narbonne,

un traité entre la France et l'Espagne fut définiti-

vement signé à Barcelone : les comtés de Roussillon et de Cerdagne étaient restitués par Charles VIII sans indemnité et pour prix de la seule amitié espagnole, qui devait être pour lui si décevante. Le 13 septembre 1493, par une pluie battante, les « Rois Catholiques » Ferdinand et Isabelle, faisaient dans Perpignan leur entrée solennelle, et l'enthousiasme des Perpignanais, en ce jour, était égal à celui qui

avait salué dans ces mêmes murs, le 1% février

1473, le vieux roi Jean II. Mais, c'était à l'Espagne unifiée, non plus à l’Aragon de jadis que le Roussillon revenait. Le Moyen Age était clos. Avec l’ère moderne, s'ouvrait pour l’histoire de notre pays une période nouvelle : celle de la domination espagnole.

Le régime féodal; les conditions sociales, — Gampagnes et villes. — Agriculture, irrigation. — Le sous-sol. — L'industrie et le commerce. — Les arts : architecture et sculpture, art roman et art gothique. — Le mouvement intellectuel; les troubadours en Roussillon; la littérature catalane. — L'Université et les études juridiques; usages, lois et coutumes. — Mœurs locales.

La civilisation roussillonnaise au, Moyen Age a été, comme partout ailleurs en Occident, une ci-

| D eation féodale. Mais cette civilisation a évolué,

| politiquement et socialement. Elle a subi, en

outre, très profondément, l'influence des idées religieuses, du mouvement intellectuel, des trans-

‘formations économiques. Les événements histori- | LL L q LA | ques, qui ont fait se succéder sur notre sol les domi-

nations, ont également contribué à donner à la vie

roussillonnaise sa couleur et son rythme. C’est de | tous ces facteurs qu'il conviendrait de tenir compte

pour acquérir une notion exacte de ce que fut au . vrai le Roussillon, entre la décadence carolingienne et la D odaahea

Nous avons vu, en étudiant l’histoire des comtes

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