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jusqu’en 1598 : la rivalité de la maison de France
et de la maison d’Espagne-Autriche continuait, mais elle exerçait ses ravages au loin, et; tandis que sur d’autres frontières la guerre était inces-
sante et acharnée, nos comtés pyrénéens goûtaient
une tranquillité relative.
Du moins, on s’intéressait vivement, en ce pays, aux péripéties de la lutte engagée entre les deux puissances. C’est ainsi qu'on voit, le 23 août 1557, le clergé de Perpignan organiser une procession pour implorer de Dieu la victoire de Philippe II contre Henri Il, violateur de la trêve de Vaucelles.
Un peu plus tard, une nouvelle procession a lieu pour fêter la victoire que vient de remporter, le 10 août, Philippe II à Saint-Quentin. Mais la paix est au moins aussi favorablemant accueillie que les victoires, et, dans les rues de Perpignan, se déroule également une procession pour rendre grâces au ciel lorsque arrive la nouvelle officielle du traité de Cateau-Cambrésis, signé entre les deux royaumes le 3 avril 1559.
A la fin du règne de Philippe If, une tentative nouvelle fut faite - par les Français sur Perpignan.
En 1595, en effet, une armée française envahit brusquement le Roussillon et, sous le commandement du maréchal d'Ornano, essaya d’enlever la ville nuitamment. La vigilance et la vaillance des habitants firent échouer cette fois encore l’audacieux projet. Au signal du canon de la Citadelle, les tambours et les trompettes avaient appelé tous
les habitants aux armes. En un instant, toutes les
fenêtres s'étaient illuminées. On avait garni en hâte tous les postes de défenseurs. Sur divers HISTOIRE DE ROUSSILLON, Il
ï Nu 9 & VASE.
At À: Apea HISTOIRE DE ROUSSILLON.
points, on jeta des gerbes de paille enflammées dans le fossé afin de distinguer où l'ennemi portait son eflort. Le notaire Puignau, auteur d’une relation manuscrite de l’aventure, découvrit le premier les assaillants. L'attaque de la porte d’'Elne ayant été manquée, d’Ornano se retira, se contentant de ravager la Salanque et d'y faire quelques prisonniers. La paix se conclut à Vervins le 2 mai 1598.
La rivalité des deux grandes puissances pyrénéennes donne à ces épisodes militaires, qui jalonnent le xvi° siècle, leur véritable signification historique. C’est encore cette rivalité qui explique les grands travaux dont furent dotées à la même époque les places roussillonnaises et surtout Perpignan. La situation des comtés, sans cesse menacés, exigeait des mesures sérieuses. C’est à Gharles-Quint et à Philippe II que Perpignan doit d’être devenu l’une des places fortes les plus réputées de l’Europe.
L'évolution de l'architecture militaire au xv° et au xvi° siècle y est, d’ailleurs, très intéressante à suivre. Les armes à feu, peu dangereuses à leurs débuts, sont enfin dv l’un des éléments essentiels de la science des combats; leur intervention bouleverse l’art d'attaquer et de défendre les places. C’est la fin des tours, tourelles, bastilles et châteaux à la façon du Moyen Age. ;
Déjà, pour tenir les Perpignanais eux-mêmes en respect, Louis XI n’a pas seulement agrandi Le Castillet, il a encore transformé l’ancien Château des rois de Majorque et d'Aragon en une véritable | Citadelle. Sur les ordres de Charles-Quint, vers 1540, la Citadelle de Louis XI s’enrichit de deux
redans unis par une courtine qui subsiste encore. Toutefois ce n’est guère qu’en 1552 que l’empereurroi se décide à englober le Château dans un système de fortifications conçu suivant les principes modernes.
Vers la même époque furent établis, autour de la ville, des boulevards (baluarts). On appelait ainsi des ouvrages avancés qui garantissaient les maisons contre l’attaque à distance par l’artillerie. Ce genre
- de fortifications avait été inauguré en Roussil-
lon depuis 1497, date à laquelle l'ingénieur de Ferdinand le Catholique, Ramirez, avait construit un ouvrage de ce type au fort de Salses.
Le Castillet lui aussi fut modifié sous Charles- Quint, en 1542, par l’adjonction d’un petit bastion à échauguette qui est demeuré en place jusqu’à sa démolition en 1906.
Charles-Quint avait donc considérablement amélioré la force de résistance que Perpignan pouvait opposer à une invasion. Mais les perfectionnements de l'artillerie rendirent bien vite insuffisantes ces réparations ou adjonctions. Les ingénieurs espa-
gnols conçurent alors tout un plan nouveau, Ç
cohérent et méthodique, et ce plan fut mis à exécution à partir de 1560.
Il ne s’agissait de rien moins que de constituer une enceinte élevée, inexpugnable, assez vaste pour englober toutes les fortifications déjà établies
. et pour envelopper même tout l’ensemble des ou- vrages de fortification dont Louis XI et Charles- . Quint avaient entouré le Château royal. Une nouvelle
Citadelle serait construite. L’ingénieur Jean-Baptiste
Palia dressa le plan de cette Citadelle, et la pre-
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mière pierre en fut posée le 10 mars 1564. On
admire aujourd’hui encore la porte d’entrée de
Palia; ce remarquable morceau d'architecture est daté Àe 1577.
Pour découvrir convenablement les abords de la nouvelle enceinte, il fallut démolir, vers 1585, un grand nombre de maisons bâties au Co or) terrain en pente sis au quartier Saint-Mathieu et au quartier Notre-Dame-de-la-Réal. Les frais considérables de tous ces travaux étant une charge trop lourde pour la ville, Philippe IT fit participer non seulement le Roussillon tout entier, mais
encore plusieurs vigueries situées de l’autre côté
des Pyrénées, au payement de l’enceinte dont il protégeait Perpignan : c'est que cette ville devenait désormais une place de premier ordre, apte à sauvegarder non seulement ses alentours immédiats, maïs la Catalogne entière. C'était dorénavant la clé de l'Espagne.
Si la politique active des rois d'Espagne à l'exté-
rieur exposa en permanence le Roussillon aux coups de la France voisine, en revanche l’intransi-
geance religieuse des Rois Catholiques préserva le 3
Roussillon des complications intérieures et des
conflits de conscience qu’apportait avec lui le pro- |
testantisme dans les pays où il s’infiltrait. Cependant, nos annales mentionnent des incur-
sions de Huguenots en terre roussillonnaise : en
1570, ils viennent à Estagel; en 1592, ils pé-
nètrent jusqu'à Vinça. À la même époque, des …
bandits couraient le pays, probablement des vagabonds que suscitaient les guerres de Lens ina fléau À
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de la France à cette époque. Les bandes armées, qui prêtaient leur concours à chaque faction pendant les guerres, étaient inoccupées pendant les trêves, et la tentation du pillage les attirait tantôt ici et tantôt là, sans souci des frontières, comme jadis, au xiv°et au xv° siècle, les routiers des Grandes Compagnies. Pendant plusieurs années, ces bandes furent la terreur des campagnes, à tel point qu’on osait à peine sortir des villes et des villages.
Le 15 septembre 1598, Philippe II mourut. Son fils, Philippe IIT, lui succéda et présida aux destinées de la monarchie jusqu'au 31 mars 1621, date à laquelle monta, à son tour, surletrônece Philippe IV, qui devait être en 1659 le signataire du traité des Pyrénées par lequel le Roussillon passa définitivement à la France.
La première moitié du xvn siècle est signalée, dans la province, par un petit nombre d'événements marquants, dont le premier est d’ordre ‘ecclésiastique. C’est le transfert à Perpignan de la résidence de l’évêque et du chapitre d’Elne. Bien que le siège nominal de l'évêché restât à la vieille cité, le chef-lieu réel du diocèse coïncida dès lors avec la capitale politique et administrative des comtés.
Le 30 juin 1602, on vit venir vers Perpignan une procession solennelle. Elle arrivait d’Elne et apportait les reliques, afin de les déposer dans l’église Saint-Jean qui, depuis, prit le titre de cathédrale. Au cortège étaient portées quarante-sept croix de différentes paroisses, et le clergé suivait. En tête, on voyait un étendard sur lequel était peinte l’image
des patronnes du diocèse : sainte Eulalie et sainte Julie. Près de Perpignan, au lieu dit la Arcada d'Elna, vers sept heures du soir, la procession venue d'Elne rencontra une autre procession venue au-devant d'elle : c'était tout le clergé de la ville, réguliers et séculiers, et, avec eux, tous les pénitents des confréries, des gentilshommes à cheval et plus de cent jeunes filles, vêtues de blanc, pieds nus et têtes voilées. Au moment où les reliques entrèrent dans la ville par la porte d’Elne, l'artillerie du Château « fit grandes fêtes ». Après quoi, les gentilshommes, ayant escorté jusqu'au bout la procession, vinrent sur la place de la Loge et terminèrent la pieuse cérémonie en exécutant divers jeux, notamment celui que notre chroniqueur, le notaire Pascal, appelle lo 7och de canyes lladriolades.
Un épisode d’un tout autre genre signale à l'attention des historiens locaux l’année 1612 : c’est l'épisode de la Main-Armée (Ma-Armada). En 1612, les consuls de Perpignan avaient envoyé à l’abbaye de Saint-Martin-de-Canigou un syndic et des délégués chargés d’en ramener les reliques de saint Gaudérique, car les Roussillonnaiïs avaient grande confiance en ce saint chaque fois qu'il s'agissait d'obtenir du ciel la cessation de la sécheresse, si redoutable en ce pays. Or, comme la procession qui escortait les reliques passait par le . territoire de Vernet-en-Conflent, les gens de ce …
village arrêtèrent le clergé et le syndic, enlevèrent .
les reliques, les portèrent dans leur église. A leur : tour, le viguier de Conflent et les habitants de |
Villefranche enlevèrent reliques et syndic et retinrent le tout. L’affront fut vivement ressenti à Perpignan.
Les consuls se souvinrent alors du vieux privilège de la Ma-Armada qui permettait à Perpignan offensé de prendre les armes et d’exercer le droit de guerre. Depuis les luttes du xv° siècle, on n'avait jamais vu flotter l’étendard de la Ha hors des murailles : il guida la Aost perpignanaise contre Villefranche le 25 janvier 1613. La petite troupe disposait d’une pièce de canon qui tira quelques boulets sur la ville ennemie, tandis que les miliciens ravageaient consciencieusement les vignobles des alentours. Les assiégés ne pouvaient que se rendre à de semblables arguments. Ils restituèrent le syndic et les reliques.
Quelques années plus tard, en 1629, l’étendard de la Main-Armée fut arboré de nouveau ; cette fois, à la suite d’une affaire qui faillit très sérieusement compromettre la tranquillité des Perpignanais.
Perpignan supportait mal la subordination des comtés de Roussillon et de Cerdagne aux autorités supérieures résidant à Barcelone. On aflirmait — et peut-être avec raison — que les fonds locaux allaient au dehors, soit à l’occasion des procès portés devant l’Audiencia, soit à titre de droits perçus par la Députation, de sorte qu'il n’en revenait qu'une faible partie aux comtés euxmêmes. Ceux-ci s’appauvrissaient, et peut-être falsait-on trop exclusivement remonter au régime administratif une décadence d'ordre économique d’une portée plus générale. Toujours est-il que. Perpignan sollicitait avec insistance la séparation
des comtés d'avec la Catalogne. leur constitution en province distincte et indépendante.
Or, Barcelone s’émut fort d’une pareille prétention. Des marchands perpignanais, qui se trouvaient dans les murs de la capitale catalane, furent molestés. À cette nouvelle, il y eut à Perpignan un grand tumulte; les esprits s’échauffèrent, l’étendard de la Ma-Armada fut arboré à l'Hôtel de ville le 2 janvier 1629. Allait-on voir se déclarer une guerre, en plein état monarchique, entre deux villes jadis si unies? Barcelone, plus sage, proposa de régler à l’amiable l'incident; les consuls de Perpignan prétèrent l'oreille à cette suggestion; mais comme le peuple faisait mine de se souveler, ‘il fallut mobiliser et mettre en marche la milice; toutefois, bien que le but assigné fût, cette fois, plus lointain qu'en 1612, l’host n’alla même pas aussi loin. Les Perpignanaïs partis pour conquérir Barcelone ne dépassèrent pas KElne. Les consuls reçurent du roi une lettre qui les invitait à garder le calme, et tout s’ arrangea pacifiquement, sans que rien fût changé au régime établi sous Ferdinand le Catholique.
À la décadence économique de Perpignan s’ajouta
la peste, très fréquente au xvi° et au xvir° siècle. Ce terrible fléau, qui avait été très violent en cette région au xrv° siècle, plus rare au xv°, se fit sentir très vivement à cinq reprises durant le xvi‘; mais lPépidémie la plus meurtrière fut celle de 1631. Elle éclata le 17 juillet de cette année, apportée dans le village de Pollestres par une femme venue de France; de Pollestres, elle fut introduite à Per-