HISTOIRE DE DU CU LUN
avoir vendu et | mangé la chair. » Les su de Philippe IV tenaient toujours.
Philippe IV avait envoyé contre la révolution catalane une expédition dirigée par le vaillant Torrecusa. À son approche, le « gouvernement de Barcelone » prit peur et, quittant sa résidence officielle, franchit les Pyrénées afin de se mettre sous la protection du seigneur de son choix. La présence de la Députation en Roussillon fortifiait la situation du roi de France, achevait de faire de celui qui assiégeait Perpignan le vrai maître légitime.
Le 10 juin, le roi, que les premières chaleurs de l'été incommodaient, alla rejoindre à Narbonne le cardinal, Après plusieurs sorties infructueuses, Diego Cavallero fit des ouvertures d’accommodement; mais les conditions qu'il émettait furent jugées inacceptables par les maréchaux. Enfin, La Motte-Houdancour ayant arrêté Torrecusa en Catalogne et la flotte castillane ayant été obligée par la tempête de se réfugier dans les ports des Baléares, Flores d'Avila consentit à signer une capitulation conditionnelle : il ouvrirait les portes
le 9 septembre, s’il n'était pas secouru. Aucun ren-
fort ne s'étant présenté, la place fut rendue au jour fixé. |
Les Castillans sortirent par la porte de Canet. Les honneurs de la guerre, qu'avait assurément mérités leur héroïsme, leur furent accordés. Ils défilèrent devant les Français rangés en bataille, mais les Catalans avaient été placés en arrière des lignes pour épargner aux vaincus un surcroît d’'humiliation. Suivant l’usage, les officiers de Philippe IV saluèrent le drapeau français. On raconte
que le marquis d'Avila, en quittant la ville qu'il avait si vigoureusement défendue, descendit de cheval, mit genou en terre, et, les larmes aux yeux, salua les armes d'Espagne sculptées sur la porte; puis, ce rude soldat eut un geste émouvant : de son bras levé, il fit une croix sur la ville, lui disant ainsi, au nom de son pays, un adieu qu'il jugeait éternel.
A peine le dernier soldat espagnol avait franchi la porte de Canet que, par la porte d’Elne, entraient 6.000 Français avec des vivres pour un an. Une - heure plus tard, l’archevêque de Narbonne, assisté des évêques de Nimes et d’Albi, entonnait le 7e Deum dans la cathédrale Saint-Jean.
Ainsi finissait ce siège mémorable, le plus terrible assurément que la capitale du Roussillon, tant de fois assiégée au Moyen Age, eût jamais subi. Aux accents de l'hymne — devenu célèbre — des Segadors, le catalanisme avait opposé à Philippe IV une barrière vivante, et le Roi Très Chrétien avait pu, sans grand peine, réaliser ses desseins de ce côté- . ci des monts, Œuvre de patience et aussi d'adresse, la conquête était, à dire vrai, le triomphe de Richelieu. Le cardinal, alors bien près de la mort, en éprouva « une indicible joye », et, comme les rebelles Cing-Mars et de Thou venaient d’être exécutés, il écrivit à Louis XIII la phrase célèbre : « Sire, vos armes sont dans Perpignan et vos ennemis sont morts! » |
A la Cour d’Espagne, la nouvelle de l'événement causa une grande consternation. Olivarès entre en larmes dans le cabinet de son maître, se jette à
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enoux, parle d’attenter à ses jours. Et comme …
Philippe IV s’enquiert de la cause d’un pareil désespoir : « Sire, s’écrie-t-il, Perpignan est perdu! » — « Il se faut soumettre à la volonté de Dieu! » répond gravement le petit-fils de Philippe IT. Déjà, la dernière forteresse roussillonnaise était aux mains des Français : le capitaine de Salses, qui avait résisté jusqu'alors à l’attaque combinée des troupes de terre et de la flotte commandée par Brezé, voyant Perpignan au pouvoir des assiégeants, demanda, à son tour, les honneurs de la guerre, et sa petite garnison fut admise au même cérémonial le 15 septembre.
Pour être durable, la conquête du Roussillon ne
devait pas rester, comme au xv° siècle, un simple
fait. Il importait que l’annexion fût sanctionnée par le droit public et qu'un traité régulier consacrât la renonciation de l'Espagne.
Au début, l'occupation française n’alla point sans difficulté. Accueillis en sauveurs dans Perpignan, les Français prirent avec les usages et les privilèges locaux des libertés excessives, et des oppositions se manifestèrent. Toutelois, l’antipathie que les Catalans avaient vouée aux Castillans était trop vive et trop profonde pour que la domination française pût être mise sérieusèément en péril. Parmi
les nobles, les uns se rallièrent, les autres émi-
grèrent. Ceux-ci furent remplacés par des familles venues de Barcelone, fuyant le retour offensif de
T'absolutisme, car, médiocrement soutenue désor-
mais par Mazarin qui avait hérité de la politique de Richelieu et de Louis XIII, l'indépendance cata-
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lane succombait sous les coups des armées de Philippe IV. Le 4 octobre 1651, la capitale du Principat capitulait; les derniers renforts français repassaient les Pyrénées. Toutefois ce fut seulement en 1659 que la paix fut rétablie entre les deux monarchies : le 7 novembre 1659, le traité des Pyrénées ou de la Bidassoa était enfin signé dans l’île des Faisans ; en vertu de clauses compliquées, dont une commission de délimitation eut peine à débrouiller le
détail’, l'Espagne cédait à la France le Roussillon
avec la moitié de la Cerdagne. La réunion de ce territoire à la France était un fait accompli.
1. L’enclave de Llivia, par exemple, est le résultat de ces difficultés de délimitation.
L'organisation provinciale; l’Intendance. — L'Université et la Monnaie. — Le séjour de Louis XIV. — Les exils à Perpignan. La gabelle; les Angelets. — Vauban et son œuvre. — La « francisation ». — La vie locale. — Les institutions charitables. — Raymond de Saint-Sauveur. — L'état économique. — L'Assemblée provinciale et la Gommission intermédiaire.
La province française de Roussillon fut organisée, dans son ensemble, sur le modèle des autres provinces de la monarchie des Bourbons ; toutefois, elle constitua un tout à elle seule, et, pour cette raison, présenta quelques caractères originaux.
Perpignan, devenu officiellement la « capitale de la province de Roussillon », fut le siège d’une Intendance en tout semblable aux autres. L’Intendant était, sous l’Ancien Régime, le représentant direct du pouvoir : guerre et finance, justice et police, marine, commerce, agriculture, instruction, tout se réunissait dans ses mains. Il avait, comme subordonné, le subdélégué.
Les trois vigueries de Roussillon et Vallespir, de Conilent et Capcir, et de Cerdagne (française) demeurèrent comme circonscriptions administratives. Des viguiers et des batlles (bayles) repré-
sentèrent les échelons principaux de l’organisation locale.
En tant que ressort judiciaire, le Roussillon forma une circonscription bien limitée ; mais au lieu de lui donner un Parlement, comme sous Louis XI, on se borna à le doter d’un Conseil souverain. Ce Conseil devait « connaître de toutes causes criminelles et civiles » et « tout juger souverainement et en dernier ressort selon les lois et les coutumes locales ». Un respect réel des usages en vigueur présidait donc à cette organisation. C’est pourquoi l’un des premiers actes du Conseil souverain fut-il l'enregistrement des « Constitutions de Catalogne » qui régissaient traditionnellement le pays.
Au point de vue militaire, la province eut un Gouverneur; à ce titre particulièrement expressif resta uni celui de « Capitaine général », et les deux offices furent constamment occupés par des membres de la famille de Noaiïlles. En l'absence du Gouverneur et Capitaine général — qui ne résidait guère — le gouvernement militaire était exercé par un « Lieutenant général commandant en chef » qu’on appelait couramment le « Commandant de la Province. »
L'Université de Perpignan fut maintenue, mais l'hôtel des Monnaies fut désaffecté, attendu que le roi de France n’accordait pas de privilège monétaire à ses bonnes villes. Au moment de la capitulation de Perpignan, il est vrai, les consuls avaient demandé l'autorisation de frapper des pièces de billon et l’on trouve des doubles-sous de 1644, 1645 et 1647. En 1649 et 1651, on fabrique des menuts qui sont les dernières espèces de monnaie munici-
pale de Perpignan. L'organisation définitive du Roussillon en province s’opposait à toute monnaie locale. En 1710, la Monnaie de Perpignan fut rétablie pour frapper des espèces royales. Fermée en 1794, rouverte l’année suivante, elle fut définitivement supprimée en 1836. Les pièces sorties de cet atelier portent comme « différent » la lettre Q.
La vie provinciale du Roussillon français fut, pour ainsi dire, inaugurée parle séjour de Louis XIV en janvier 1660.
Le jeune roi, allant au-devant de l’infante Marie- Thérèse qu'il devait épouser, reçut à Montpellier les hommages des consuls de Perpignan qui l'invitèrent à visiter leur ville. Le souverain y consentit et vint avec sa Cour; il demeura douze jours. Le Roi Très Chrétien confirma à cette occasion les privilèges et constitutions, mais la ville de Perpignan, mal remise des épreuves du siège, n’avait pas eu l’heur de plaire aux courtisans ; ils l'avaient trouvée « très vilaine », suivant le mot authentique de M" de Montpensier. Est- -ce à cette impression ou simplement à son éloignement que notre cité a dû de servir de lieu d’exil? Déjà, sous Louis XI, Thomas Basin y avait été relégué; sous Louis XIV, un président du Parlement de Dijon, Nicolas Brulart, ÿ fut envoyé pour expier son intransigeante opposition à l’absolutisme.
En 1661, le gouvernement entreprit de faire lever en Roussillon l'impôt indirect de la Gabelle. Les consuls de Perpignan s’émurent et protestèrent. Un tel impôt leur paraissait contraire aux « privilèges », solennellement confirmés. Mais par une
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