PERPIGNAN A LA FIN DU XVII® SIÈCLE
1. Loge de Mer et Hôtel de ville. — II. Cathédrale Saint-Jean. — III. Couvent des Dominicains. — IV. Caserne Saint-Jacques. — V. Eglise Saint-Jacques. — VI. Porte de Canet. — VII-VIII. Ancien Palais des rois de Majorque et Citadelle, — IX, Poudrière du Papagall. — X. Porte Saint-Martin. — XI. Caserne Saint-Martin. — XII. Castillet Notre-Dame.
Un des moyens employés par le gouvernement royal pour obtenir une assimilation aussi prompte
que possible fut la réforme des couvents et les créa-
tions scolaires qui en sont le corollaire. Louis XIV peupla les maisons roussillonnaises de religieux à
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LAB ie | HISTOIRE DE ROUSSILLON.
sa dévotion venus de France. Dès 1663, il avait songé à créer à Perpignan des écoles françaises, et, cette même année, les Filles de Notre-Dame, plus connues sous le nom d Énseignantes, entrèrent en grande solennité dans la ville : c'était l’introduction officielle de la langue française. Mais la langue catalane était trop enracinée dans les comtés pour ne pas y conserver sa place. Jusqu'en 1700 les actes publics continuèrent à être rédigés en catalan ou en latin.
Inaugurée par les Enseignantes, la langue françaäise fut d'abord apprise par les jeunes filles; l’école fondée par les Filles de Notre-Dame, près de la porte Saint-Martin, fut suivie seulement en 1682 d’une école primaire gratuite de garçons. On y enseignait la langue française, la doctrine chrétienne, l’arithmétique, et aussi « les principes de la langue latine », comme dans l’école de grammaire qui avait été longtemps attachée à la vieille Univers sité ou Æstudi Major.
Cette école de grammaire avait été acquise 1661 par les Jésuites, tout dévoués à Louis XIV. Ils l'avaient rattachée à leur collège de Saint-Laurent, l’un des instruments les plus actifs de la francisation. L'école de filles créée en 1663 et l’école de garçons créée en 1682 firent des progrès médiocres. Au début du xvurr° siècle, l'immense majorité des femmes de Perpignan ne sait pas signer; parmi les artisans, les trois quarts sont absolument illettrés. Néanmoins, pour juger équitablement de cette ignorance, il faut se rappeler que partout les illettrés sont nombreux, à l'heure où triomphe la littérature classique. ' L'Université fut, en réalité, le centre de la vie
intellectuelle à Perpignan sous l’Ancien Régime. Par l’école de grammaire ou par le collège passait la moitié des marchands (mercaders) et des bourgeois, mais l'élite de la population terminait à l'Estudi Major l'enseignement supérieur qui préparait aux carrières libérales, tandis qu’une Académie, qui ne fut Jamais très prospère, servait d'école militaire de cavalerie à quelques jeunes nobles. En 1710, l’Université fut chassée de la vieille maison qu'elle occupait au quartier Saint-Mathieu et qui fut alors donnée à la Monnaie rétablie. Les classes furent dispersées dans divers couvents de la ville. Elles furent ensuite portées dans la maison Jorda située près la Fontaine-Neuve. Un peu plus tard, ce vieux local menaçant ruine, on le démolit. Le comte de Mailly, Commandant de la province, qui avait à cœur le bien du pays, releva le bâtiment pour y réinstaller l’Université. Le nouveau local fut inauguré le 10 janvier 1763 : c’est celui qu’occupe aujourd'hui la bibliothèque municipale de Perpignan. Aussi bien celle-ci dérive-t-elle originairement de l’article 16 du statut universitaire du 31 mars 1759, créant une bibliothèque publique dans le local de l’Æstudi Major. Ce même statut rétablissait et organisait les quatre facultés (théologie, droit, médecine et arts); un cours de physique expérimentale était institué. Il y eut aussi un jardin botanique dont le recteur Bonnafos s’occupa avec sollicitude.
Un séminaire, enfin, avait été établi à Perpignan en 1690 au faubourg Notre-Dame. Supprimé à la Révolution, il reparut en 1822 dans l’ancien Syn- dicat de Saint-Jean.
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L'histoire intérieure de l'Ancien Régime se ré-. sume, en Roussillon comme ailleurs, dans l’affai- . blissement graduel de la vie locale. C’est ainsi que l’autonomie municipale, déjà atténuée par le régime espagnol, fut singulièrement réduite au xviu et au xvin siècle. Le batlle n’est plus qu'un . fonctionnaireroyal. Les consuls mêmes sontnommés . par le roi. Ils sont toutefois désignés par le. système dit de l’iërxsaculation, c'est-à-dire que les noms des personnes reconnues éligibles sont mis. dans une bourse d’où l’on tire trois noms par charge à pourvoir. Un Conseil d'élection choisit les élus. Le « Conseil général » de Perpignan, qui correspondait alors à notre Conseil municipal, ne devait être réuni que « dans les affaires de la plus grande importance » et avec permission expresse de l’Intendant. Le viguier de Roussillon ou le batlle de Per-. pignan, fonctionnaires de l’Intendance, assistaient | aux séances. Ils y jouaient le rôle de commissaires du roi et veillaient « à ce qu’il ne s’y passât rien de contraire à son service ». Aussi, le Conseil se réunissait-il rarement. Les consuls étaient assistés, : à l'ordinaire, par un comité restreint, le « Conseil de douzaine », réduit à neuf membres en 1768. Les : membres de ce Conseil se partageaient les attributions administratives qui incombent à une municipalité. Adoptés par les consuls, les règlements. préparés par les neuf prenaient force de loi. En 4778, disparurent les clavaires, vieux survivants du . système municipal du Moyen Age. Ils sont rempla-. cés par quatre commissaires nommés par les consuls.
Toutes proportions gardées, les autres villes de | la province étaient organisées à l’image de la capi- .
tale. Les petites communautés avaient un Daëlle, officier d'épée, qui surveillait et le plus souvent
dirigeait consuls et conseils.
La tendance centralisatrice se faisait donc sentir avec vigueur, malgré l'éloignement de La Cour. Mais cette tendance, en dépit de ses inconvénients, s’exerçait parfois au bénéfice des populations, et, notamment, les institutions charitables progressèrent. ;
L'hôpital Saint-Jean, fondé par le comte Gausfred III en 1116, avait survécu à tous les change-
ments de régime. Il admettait les pauvres malades
de Perpignan et ceux de toute la province, même des étrangers. Dans un quartier séparé, on soignait les fous, qui, s’il faut en croire un témoin, étaient traités avec toute la sollicitude qu’exigeait leur état. Dans un autre quartier, on donnait asile aux enfants trouvés; mais cette partie du service paraît avoir été défectueuse.
Louis XIV, en 1686, créa un Hôpital Général.
Cet établissement devait « pourvoir à la nourriture, entretien et éducation chrétienne des pauvres et invalides de l’un et de l’autre sexe de la province ». Les lettres patentes qui l'instituaient portaient
. union de cet hôpital à celui de la Miséricorde qui,
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fondé en 1637, non loin du Pont-d'En-Vestit, était destiné à recevoir les orphelins. L’Hôpital Général et la Miséricorde formèrent de la sorte une seule maison d'assistance publique sous le nom d'Hôpital-Général de Notre-Dame de la Miséricorde. On en louait fort la sage administration, à laquelle les consuls prenaient une large part.
La « Pieuse Aumône », pourvue de ressources modiques, avait pour mission de soulager les « pauvres honteux », c’est-à-dire ceux que la pudeur de leur propre misère empéchait de mendier. Les consuls concouraient aussi à l’administration de cet institut. Citons encore, dans le même ordre d'idées, le « Dépôt de mendicité » pour les mendiants et vagabonds : c'était un baraquement tenant de l'asile et de la prison : il était établi au quartier des Blanqueries. Enfin, la « Maison des Repenties », dirigée par le « Père des Repenties », occupait l’ancien couvent de Saint-Guillaume (Sant- Guillem) à côté du Pallol ou Halle au blé.
Tant de mesures prises contre le vagabondage et la mendicité n’empéchaient pas les vols commis par des gens sans aveu : la potence plantée sur la place de la Loge a accroché bien des pendus, hommes et femmes.
En matière de sécurité et de salubrité publiques, le Roussillon a dû beaucoup à son dernier intendant, Raymond de Saint-Sauveur. Plus encore qu'Orry — plus tard collaborateur du cardinal Fleury et contrôleur général des Finances — Raymond de Saint-Sauveur est le type du bon Intendant de Roussillon au xvir° siècle. Orry a introduit la sériciculture; Raymond de Saint-Sauveur a manifesté sous des formes multiples son … activité. Cet administrateur consciencieux et expéri- | menté prit des mesures contre les ravages de la petite vérole; il se préoccupa de l'hygiène de l’enfance; il fit mettre en état les établissements de Molits, La Preste et Arles; il demanda, en outre, la création d’un médecin des épidémies. A Perpi-.
gnan, il fit placer des lanternes dans les rues; il réglementa l'enlèvement journalier des immondices ; il fit ouvrir les rues Notre-Dame et de l’Intendance, et réparer les égouts. Enfin c’est à lui que Perpignan doit ses premières pompes à incendie.
Les voies de communication ne préoccupèrent
guère les Intendants jusqu’au milieu du xvrr° siècle. À cette époque, à laquelle remontent tant de grands travaux dans diverses régions de France, les bureaux des Ponts et Chaussées manifestèrent une grande activité, mais, les projets élaborés ayant été interrompus à la Révolution, le soin de les mettre à exécution fut légué au x1x° siècle. Contrarié par le manque de voies, le commerce était peu prospère dans la province : la décadence, déjà profonde sous la domination espagnole, semble s'être plutôt aggravée durant les cent premières années de l’occupation française. Le troisième quart du xvin° siècle fut marqué, en revanche, par quelques mesures favorables au mouvement économique. En 1759, Louis XV accorde à Perpignan une foire franche annuelle de trois jours. Les barrières fiscales tombent entre le Roussillon et le Languedoc. Mais Perpignan ne retrouve ni ses industries anciennes ni l’activité maritime du Moyen Age. Port-Vendres n’est alors visité que par de rares navires, tous de faible tonnage. Le courant commercial a été complètement détourné.
Restait l’agriculture : elle était en piteux état. Comme ‘dans la plupart des provinces, la majeure part de la terre était immobilisée entre les mains du
Clergé, qui, suffisamment renté, ne se souciait pas | de faire rendre beaucoup au sol. Les métayers cul- HISTOIRE DE ROUSSILLON. 13
tivaient mal, et, découragés par les impôts, ne faisaient guère donner davantage aux lots dont ils étaient chargés. Les céréales et les olivettes semblent donner moins qu’au Moyen Age. Le vignoble gagne du terrain et envahit la Salanque. Le muscat de Rivesaltes devient décidément le cru le plus renommé.
L'aggravation du poids de l'impôtest le fait saillant de l'histoire économique de l'Ancien Régime. La taille ou impôt foncier n'avait pas été établie en Roussillon, mais on y avait successivement introduit toutes les impositions extraordinaires qui se payaient dans le reste du royaume : tabacs, gabelles, fermes générales, impôts sur les huiles et salaisons, papier timbré, etc... Les Roussillonnais payaient aussi les impôts ordinaires de la capitation (impôt personnel) et du vingtième (5 p. 100 du revenu). Les impositions extraordinaires tombaïent sur les roturiers, car les classes privilégiées en étaient exemptes. Au total, on compte que la province payait alors à peu près autant qu'en 1914 le département des Pyrénées-Orientales, mais la charge était bien plus lourde sur les sujets, car | . ils étaient plus pauvres, ils étaient moins nombreux, et la répartition était inégale, vexatoire, arbitraire. Des abus de cet ordre et du malaise social qui en était la conséquence devait sortir la Révolution.
L'esprit ardent des Roussillonnais ressentait d'autant plus vivement les vices de l'Ancien Régime que la province, devenue irrémissiblement française de cœur, participait activement au mouvement social et politique de la Françe. C’est ce que prouve.
jusqu’à l'évidence un mémoire de 1787 préconisaut une réforme qui « substituerait des règles dictées par la sagesse à l'arbitraire » dont tout le monde souffrait. Un moment on put croire à l'avènement pacifique de ce régime rêvé, lorsque Louis XVI appela à se réunir l’Assemblée provinciale. C'était placer à la tête de la province un corps élu. Audessous, l’organisation de 1787 comportait deux assemblées de district, l’une pour la viguerie de Roussillon et Vallespir, l’autre pour les vigueries de Conflent et de Cerdagne. La première assemblée provinciale s’ouvrit à Perpignan à la fin d'octobre 1787. Elle nomma deux procureurs généraux syndics : l’un pour le Clergé et la Noblesse, Raymond de Matheu Bou, et l’autre pour le Tiers État, François-Xavier de Lucia, qui devait jouer un grand rôle bientôt après. L'assemblée représentant les trois ordres de la Nation s’occupa des intérêts publics avec une grande sollicitude. Elle demanda la modération des impôts et signala la nécessité d’une amélioration des chemins. C'était mettre en lumière les deux points critiques. Maïs l'assemblée, ayant clos ses séances le 19 janvier 1788, fut remplacée, en attendant une nouvelle session, par la « Commission intermédiaire ». Survint la crise financière qui rendit nécessaire le recours aux États Généraux. Et, comme ailleurs, le réveil de l'esprit local, que Louis XVI avait déterminé, n'eut d'autre résultat que de mürir, dans l'esprit de nos pères, la Révolution.
XIII à
La Renaissance en Roussillon. — L'imprimeur Rosembach; ses successeurs. — L'Université. — L'histoire; ses représentants : Pascal, Rigau, Bosch; Xaupi et Fossa. — Dom Brial. — L'art du XVI: siècle : La Loge, la maison de la Main de Fer à Perpignan. — Les peintres et les sculpteurs. — Guerra et Rigaud. — Le mouvement social et les mœurs. — La Bourgeoiïisie et l'esprit de la Révolution. — Les journaux, les Loges maçonniques. — Impopularité croissante de l'Ancien Régime.
La Renaissance gagna le Roussillon au xv° siècle et s’y manifesta surtout au xvi*, non sans quelque retard. Le mouvement intellectuel a valu pourtant | à la vieille Université locale un regain très vif, et … l’on voit alors sortir de ses Facultés, jusqu'alors un … peu pâles, une élite de médecins, de jurisconsultes, : d'écrivains qui ont dépouillé les méthodes du Moyen Age et qui se montrent imbus d'humanisme. | . L'imprimerie est devenue, dans les pays catalans, comme ailleurs, le meilleur véhicule de ce progrès. .
À Perpignan, le plus ancien imprimeur fut Rosembach. Cet Allemand, né à Heidelberg, nous venait de Barcelone où il était domicilié au moins depuis 1493 ; il s'installa dans la capitale du Rous-. sillon vers le mois de juillet 1499. En novembre 1500, Û ; fit pie le plus, ancien à livre
connu pour y avoir été imprimé, le PBréviaire d'Elne, ouvrage rarissime, que la bibliothèque de Perpignan ne possède pas, mais dont un superbe exemplaire sur vélin est conservé à Paris (bibliothèque Sainte-Geneviève). En 1502, un Vocabulaire catalan-allemand sortit des mêmes presses. Ce curieux volume, inconnu jusqu'alors, fut révélé en mai 1914 par l'exposition bibliographique de l’Institut d’études catalanes, à Barcelone.
En 1503, l'atelier perpignanais de Rosembach produisit aussi la Cirurgia de mestre Pere de Argilata, traduite en catalan par le bachelier Narcissola, et corrigée par trois médecins de Perpignan, savoir : François Servent, Alphonse de Torrelles et Gelabert. Un acte du 8 mars 1509 signale encore la présence de Rosembach à Perpignan ; mais, cette année même, 1l retourna à Barcelone où il édita aussitôt le Missel de Tarragone et, en 1510, la figaudina, ouvrage célèbre qui contient un inventaire des archives consulaires de Perpignan et qui est infiniment précieux pour l’histoire locale, à cause des documents perdus qui s'y trouvent analysés.
Longtemps après le départ de Rosembach, nous voyons la typographie représentée à Perpignan par Sampso ÂArtus qui imprima, en 1584, un petit livre intitulé « Directorium curatorum », écrit en latin par l’évêque d’Elne, Pierre Martyr Coma.
Au commencement du xvu° siècle, Barthélemi Mas et Pierre La Cavalleria exercent la même industrie et, pour ne citer que des livres particulièrement mémorables, l’un donne, en 1608, une traduction castillane de Flavius Josèphe, l’autre, en 1628, la première histoire du Roussillon, celle qu'André
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Bosch, On de Perpignan, a rédigée sous ce nu | apologétique et expressif : Tiols de honor de Catalunya, Rossello y Cerdanya. Wn'y eut jamais plus de deux imprimeurs à la fois à Perpignan jusqu’à la Révolution; mais Thuir avait, en même temps, un atelier.
Imprimés sur place ou importés, te livres ont singulièrement aidé le réveil des études classiques qui signale la grande Renaissance. Parmi les élèves de l’Université de Perpignan qui lui font honneur à cètte époque, il y a quelques noms à retenir. Pierre- Damien Hortola, qui vécut pendant la première moitié du xvi° siècle, fut un théologien éminent, capable d'appuyer ses discussions sur un savoir étendu et solide; Thomas Roca a écrit des ouvrages de médecine remarqués; François Carrère devint premier médecin des armées du roi d Espagne; Descamps professa la rhétorique et la philosophie avec talent: Antoine Ros et François Soler furent des jurisconsultes éminents; les Giginta fournirent, de 1488 à 1588, une lignée ininterrompue de bons professeurs de droit : tout un siècle de science juridique dans une même famille.
Ces hommes éclairés sortent de la us devenue, en fait, la classe dirigeante de la société. Elle produit, notamment, toute une série d'hommes de loi qui tiennent une belle place : les Guilla, les Ortega, les Rigau, les Fita, les Puiggari, les Rodo, les Pascal, les Bosch, tous riches et considérés. Parmi eux, les notaires ont une propension remarquable à se faire historiens. Rigau, compilateur de la Aiigaudina, Bosch, notre premier et trop complaisant apologiste local, ne sont pas les seuls
qui se mettent à narrer le présent ou le passé, et qui savent se créer, pour séduire les lecteurs, un catalan savoureux. Pascal a laissé dans ses Memorias un pittoresque récit des événements qui ont bouleversé le milieu du xvrr° siècle. De leur côté, des prêtres en font autant; ils rédigent les Memorias de Saiïnt- Jean et de Saint-Jacques et inscrivent dans un ordre chronologique rigoureux les épisodes locaux, heureux ou malheureux, saisis au jour le jour.
Au xvir1° siècle, de vrais érudits illustrent le Roussillon. Alors surgissent l’abbé Xaupi et l'avocat François Fossa. L'abbé Xaupi est un esprit curieux, pénétrant, parfois aventureux. Fossa est un dialecticien retors, un prodigieux travailleur. Une discussion mémorableles met aux prises : celle des « Bourgeois honorés » ou « Citoyens nobles ». Les consuls et descendants de consuls prétendaient à la noblesse. Les gentilshommes contestaient les titres — d’ailleurs contestables — sur lesquels se fondait cette prétention. Xaupi luttait pour les bourgeois, Fossa luttait contre. Le procès inextricable et passionné, commencé en 1738, durait encore en 1789. Il nous a valu des recherches dans les archives et le sauvetage de nombreux documents dont les originaux sont aujourd hui perdus.
Déjà vivement intéressé par les questions d’his-
toire locale, le Roussillon a donné encore, au xvrrr° siècle, un grand érudit à l’histoire générale. Le Bénédictin dom Brial, né en 1743, mort seulement en 1828, a été le collaborateur et le continuateur de dom Bouquet et a associé son nom au sien, partageant ainsi l'honneur d’avoir élaboré le grand Recueil des historiens des Gaules et de la France,
l'une des œuvres maîtresses de l'école historique française. RE .
L'art de la Renaissance avait été retardé et atté-
nué par la persistance du style gothique, venu d’ailleurs lui-même tardivement. La Renaissance se fait sentir en Roussillon sous Charles-Quint. C’est en 1540 que l’empereur fait agrandir la Loge de Perpignan. Dans cette construction même il est manifeste que le gothique domine à travers le revétement des formes nouvelles. Ce mélange est plus encore le trait frappant des constructions antérieures, comme on en voit la preuve à à Perpignan, d'abord dans une maison caractéristique, sise rue du théâtre, puis à l'Hôtel de ville et à la maison dite « de la Main de Fer ». L'Hôtel de ville de Perpignan, .qui offre des parties romanes du xm° siècle, fut agrandi aux xiv° et xv°. Le péristyle, le plafond à compartiments profonds de la « Salle consulaire », au rez-de-chaussée, datent de cette dernière époque; . la colonnade qui entoure la cour ou paté sur deux côtés est du xvr° siècle, tandis que l'escalier attenant (celui qui conduit à la « Salle Arago », ancienne salle du tribunal de mer) n’a été établi qu’au xvrr°.
La maison de la rue de la Maïn de Fer ou « Cercle de l’Union » fut commencée en 1508 aux frais du bourgeois perpignanais Sancho; la façade et l'intérieur sont d’un gothiquetardif et délicieusement décadent, déjà influencé et comme effleuré par l’art nouveau; au total, cet hôtel privé demeure l’un des plus séduisants spécimens de l'architecture civile en Roussillon.
: Pour en finir avec be de l'architecture
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Les Consuls de Perpignan sortant de l'Hôtel de Ville. — Vue cavalière de Perpignan, d’après une vieille estampe.