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. Pendant ce temps, Dugommier assied son quar- | tier général à Banyuls-dels-Aspres et se saisit des | Albères. Montesquiu est enlevé brillamment par Pérignon. La Union s’aperçoit alors que son adversairé sépare son armée en deux. Il perd du | temps, hésitant sur la tactique à suivre; il laisse Dugommier arriver avec le gros de ses forces, et, le 1° mai, s'engage la grande bataille du Boulou. | Dès 4 heures du matin, les Français remontent en même temps les deux rives du Tech. Les batte- ries espagnoles sont enlevées vivement par le général Lemoine; le général Quesnel, avec ses cavaliers, prend les équipages en tête, pendant que le général La Barre, avec ses cavaliers aussi, franchit le pont de Céret dont Augereau a ouvert le’ passage. Il tombe ainsi sur le derrière de l’ennemi. Alors, c'est la déroute au camp espagnol : cavaliers et fantassins ne songent qu’à fuir, et, sachant la route de Bellegarde au pouvoir des Républicains, ils prennent par la petite vallée de Riunoguès qui aboutit au col Portell.
La Union laissait aux mains de Dugommier, outre sa riche vaisselle, 2.500 prisonniers, 140 pièces de canon, 800 mulets chargés de bagages et des effets de campement pour 20.000 hommes.
Une aussi belle victoire fut saluée avec enthousiasme dans la France entière. La Convention décréta que « l’armée des Pyrénées-Orientales avait bien mérité de la Patrie ». | Au lieu de poursuivre les vaincus, Dugommier préféra investir les places du littoral. Il détacha 14.000 hommes avec mission de s'emparer des hauteurs qui dominent le fort Saint-Elme, Port-
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| Vendres et Banyuls- sur-Mer. En même temps, | Pérignon menace Bellegarde et Augereau se dirige sur Arles et Saint-Laurent-de-Cerdans.
La Union put donc refaire son armée à Figuères sans y être inquiété; mais toute La côte fut bientôt aux mains des Français, y compris Collioure. Ce fut le général espagnol Navarro qui signa la capitulation aux termes de laquelle était rendue « au Peuple français cette partie de la République que : la trahison avait livrée ». Et les deux représen- tants du peuple écrivent à cette occasion à la Société populaire de Toulouse la relation suivante : « Le fort Saint-Elme, qui s’appellera désormais . Fort du Rocher, à été foudroyé par notre artillerie et ne s’est rendu qu'après avoir été englouti sous ses ruines. Port-Vendres a été évacué en même temps. Enfin, aujourd’hui, 9 prairial, nous avons vu sept mille esclaves, sur lesquels le despote de Madrid pouvait le plus compter, déposer leurs armes aux pieds des hommes libres triomphants. » À la nouvelle de ces succès, la Convention décréta, le 15 prairial (3 juin 1794), que « l’armée des Pyrénées-Orientales ne cessait de bien mériter de la Patrie », et que, sur la place de Banyuls-sur-Mer, où Navarro avait capitulé, un obélisque de granit serait élevé avec cette inscription : « /ct sept mille Espagnols déposèrent les armes devant les Répuôlicains et rendirent à la valeur ce ci ils devaient à la trahison. »
Intérrompue un moment par l'absence de Du gommier, qui dut aller soigner une blessure reçue au siège de Collioure, l'offensive contre La Union reprit dès son retour au camp. Le général espagnol,
refusant de reconnaître la convention signée par
son lieutenant Navarro, avait incorporé dans ses troupes les hommes qui avaient rendu leurs armes à Banyuls, violant ainsi manifestement la capitulation et le droit des gens.
Pour répliquer à cette mauvaise foi, il fut décidé que l'on ne ferait plus de prisonniers parmi les soldats ennemis et que les émigrés français qui seraient saisis en Espagne seraient retenus en otage. Coup sur coup, Campredon, Ripoll furent occupés; les Républicains, naguère encore envahis, devenaient envahisseurs à leur tour.
Cependant, Bellegarde tenait encore. Pour sauver la garnison héroïque qui s’y défendait contre nous sous la direction du brave Vallesentaro, La Union essaya d’une attaque générale : il fut battu à Saint- Laurent-de-la-Muga par Augereau, après une action sanglante où 9.000 Français eurent raison de 20.000 Espagnols.
Bellegarde devint alors l'objectif de toutes les forces dont Dugommier disposait. Lui-même avait assis son quartier général au village d’Agullana, et, le 18 septembre, Bellegarde capitulait. En décrétant à nouveau, à cette occasion, que l’armée des Pyrénées-Orientales ne cessait de bien mériter de la Patrie, la Convention ordonna une fête nationale, dite « Fête des Victoires », pour célébrer l’entière évacuation du territoire. Bellegarde reçut le nom de « Sud-Libre ».
On pouvait croire la campagne terminée : Dugommier ne voulait cependant pas laisser son adver- saire hiverner paisiblement dansles retranchements qu’il avait établis, et qu’on appelait les Lignes de
a misToimR DE ROUSSILLON. ARS
Figuères. Il attaqua ces lignes le 17 OV EHDES st. périt lui-même glorieusement au milieu de la | victoire. ï Le 20 novembre, le lieutenant de Danone.
Pérignon, et le représentant Delbrel, successeur de Milhaud et Soubrany, achevaient de mettre en déroute l'armée espagnole. La Union lui-même fut tué; dix mille Espagnols restèrent sur le champ de bataille, trois cents pièces de canon furent conquises, et Figuères ouvrit ses portes le 28. La prise de Rosas par Pérignon, le 3 janvier 1795, termina brillamment cette belle et fructueuse cam-
pagne.
Pendant ce temps, Thermidor avait mis fin au régime de la Terreur. Delbret, Goupilleau et Vidal, tous modérés, avaient remplacé les représentants : rappelés. Un peu plus tard, Pelet et Projean. vinrent relever leurs collègues, qui avaient demandé à rentrer au sein de la Convention. 1
Pour diriger la campagne qui devait s'ouvrir au . printemps de 1795, le général Schérer fut désigné. De son côté, l’armée espagnole reformée péniblement sous Gérone, était confée à un chef nouveau, José . ÜUrrutia. |
Un combat sur la Fluvia, le 14 juin, permit à Schérer d'établir de fortes positions en pays ennemi, suivant les instructions essentiellement défensives quil avaitreçues. Mais, en Cerdagne, les Espagnols ; reprirent, à leur tour, l'offensive; deux généraux espagnols, La Cuesta et Oquendo, attaquèrent le général Charlet qui commandait notre division de
un Cerdagne. Bellver fut pris; Montlouis, menacé, La
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! paix de Bâle arrêta alors les opérations. Mais les
. volontaires hardis qui avaient tant de fois montré leur valeur dans l’armée des Pyrénées-Orientales, en Roussillon, en Cerdagne etmême en Catalogne,
ne terminaient point là leur carrière : les divisions
Augereau, Pérignon, Sauret et Charlet, dont nous
avons vu les premiers exploits, devenues de véritables troupes d'élite, seront incorporées dans l’armée d'Italie et feront mieux encore lorsqu'elles auront
. pour chef un Bonaparte.
Le 3° jour complémentaire de l’an III (19 septembre 1795), les troupes de l'ancienne armée des Pyrénées-Orientales destinées à l’armée des Alpes passent à Perpignan. C’estle représentant Bousquet
. qui préside à leur mise en marche. C’est lui aussi
qui préside, dans notre pays, à la réorganisation
administrative de l’an IV. Il fait cesser l’état de
siège qui, depuis trois ans, pesait sur Perpignan et met en pratique la Constitution de l'an III,
* dite « Constitution directoriale ».
Il s'agissait d'abord de procéder aux élections. Cassanyes fut élu au Conseil des Cinq-Cents ainsi que Guiter, Montégut, Delcasso’et [z0s (Jacques), de Prades : ce dernier remplaçait le trop timide Fabre,
tandis que les quatre autres Conventionnels bénéfi-
ciaient à nouveau de la confiance des électeurs.
L'administration du département fut ensuite élue : elle comprend Arago, père du célèbre astronome, Jalabert, La Ferrière, Bordes et Tastu (Abdon-
Sennen). Pendant que le Directoire se débat contre
les difficultés que l’on sait, l'administration des Pyrénées-Orientales s'applique à gérer au mieux.
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Le intérêts locaux, à réparer 1 Li) maux un la guerre et de la Terreur. | Dès la première séance, qui a lieu le 8 brumaire an IV ( 30 octobre 1795), La Ferrière est élu président; Pons, secrétaire. Cassanyes, le député actif par excellence, s’emploie pour leur obtenir des subventions et aussi des modérations d'impôts. Il fait retrancher 12.000 francs au montant primitivement fixé. En même temps, 1l demande le creusement d’un canal de Narbonne à Perpignan, l’amélioration des routes. Par malheur, le gouvernement manque d'argent; c'est en vain qu il imagine les « mandats territoriaux » gagés sur les biens nationaux : le nouveau papier-monnaie partage le sort des anciens assignats.
Les à-coups de la nue OU sous le régime instable qui résultait de la Constitution directoriale, retentissent en Roussillon comme ailleurs. Les administrateurs se succèdent. A l'expiration de son mandat aux Cinq-Cents, Cassanyes entre à : l'Administration du département. Il y représente le parti de gauche, tandis que les émigrés, les prêtres . réfractaires et tous les éléments de réaction tra- . vaillent à faire pencher à droite l’axe du pouvoir. Mais, toujours en quête de nouvelles tâches, Cassanyes se distingue surtout par l'appui qu’il donne à. Augereau, revenu à Perpignan comme comman-.
dant de la 10° division militaire et chargé de ramasser les éléments d’un corps d'armée. Ce fut un détachement de ce corps qui fit un jour la. curieuse expédition de Saïnt-Laurent-de-Cerdans.
Les émigrés repassaient la frontière et l'on | savait qu'à Saint-Laurent bon nombre d'entre eux .
se cachaient. Les administrateurs décidèrent d'y
mettre ordre. Le 14 mars 1798, Cassanyes, accom-
pagné d'Albert, aide de camp d’Augereau, va sur-
prendre Saint-Laurent et ramasse une quinzaine de
prisonniers dont un est même condamné à mort. À dire vrai, cet exploit était chez nous la dernière
victoire de l’esprit de 93. L'autorité dont Cassanyes
jouit encore tient plus aux services rendus qu’au
prestige des opinions. La période révolutionnaire touche à sa fin : le coup d’État du 18 brumaire est proche
L'organisation définitive du département. — Les Pyrénées-Orien- |
tales sous le premier Empire, le préfet Martin. — L'opposition à l'Empire et à la Restauration. — La tentative espagnole de 1815 : Gastaños. — Les visites princières. — La lutte des partis : l'exil de Cassanyes, le député Durand. — La monarchie de Juillet : Gastellane et le Roussillon sous Louis-Philippe. — Le choléra. — Le banditisme : les « Trabucayres ». — La politique ; Arago. — Le coup d'État; le général Rambaud. — La riva-
lité de Durandet de Pereire, le « rastell ». — Les progrès : du parti républicain. — Les troubles de 1870-1871 ; rôle d'Escarguel. — Les élus du département de 1875 à 1878. — Les | transformations de Perpignan depuis les débuts du XIXc siè- |
cle. — Les progrès du rail dans le département et le dévelop-
pement économique. — Le mouvement intellectuel : insiruction publique, établissements scientifiques. — L'agriculture. —.
Les études historiques; le culte du passé en Roussillon.
L’armature administrative du département date | du Consulat. C’est alors, en l’an VIII (1800), qu’ap-.
paraissent les arrondissements, les préfets, les
Conseils de préfecture, les Conseils généraux, les: Conseils d’arrondissement, les sous-préfets, les. tribunaux civils, et, dans son ensemble, toute l’or-. ganisation judiciaire et financière qui subsistera.
désormais. Le 14 avril 1800, l'Administration cen-.
trale du département, établie sous le précédent,
régime, installe le premier préfet des trs
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Orientales, Charvet de Nancy. Le nouveau venu
distribue ses services dans l'Hôtel du Département, qui devient la Préfecture. Maires, adjoints, conseils municipaux sont établis dans les communes. Mais la Constitution de l’an VIII n’admet aucune élection locale : les conseillers sont à la désigna-. tion du Pouvoir comme les administrateurs communaux ou départementaux, maires ou préfets Sous un régime aussi rigoureusement centralisé, la vie locale ne pouvait être faite évidemment que de contre-coups de l’histoire générale.
Depuis 1801 jusqu'à 1813, les Pyrénées- -Orientales ont à leur tête un préfet bien représentatif du régime napoléonien, c’est le général de brigade Martin, dont on rapporte ce mot, à coup sûr dénué d’équivoque : « Dans mon département, je veux être préfet, évêque et même pape ! »
L'année 1813 ramène le péril aux frontières.
Alors reparaît l'opposition. Les levées d'hommes, les perceptions d'impôts sont de plus en plus difficiles. Tandis que les armées françaises qui opèrent en Espagne reculent, les guerilleros espagnols menacent aujourd'hui Prats-de-Mollo, demain Montlouis. L'année 1814 aggrave ces symptômes. Les émigrés cachent mal leurs espérances. L'esprit public devient nerveux, volontiers hostile à l'Empire. Le général de cavalerie Digeon se plaint
. que les réquisitions sont mal accueillies. Voici que
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les troupes opérant en Catalogne refluent sur Île Roussillon, en retraite sous la direction du maré-
chal Suchet. On les accuse de se mal conduire. La lassitude des Roussillonnais est visible. Elle expli- … que l'impression causée parmi eux par l’abdication
‘de l'ompérete à à Fontainebleau. La our ell dé cet événement fut connue officiellement à Perpignan le 21 avril, et un conseil municipal docile, présidé par le maire Delhom-Ripoll, parfait modèle du « rallié », se hâte d'envoyer au nouveau gouvernement une adresse, tandis que le général Paris, commandant la place, établit en ville l'état de siège.
Le gouvernement provisoire de 1814 eut pour lendemain la Restauration. Le régime de la Charte fut marqué, d’abord, par l’envoi d'une députation chargée de saluer à Narbonne lé duc d'Angoulême, qui fut harangué par Jaubert-Campagne, le 4 mai; puis, ce fut le passage de la duchesse de Bourbon . venant d'Espagne (9 mai). Toutefois, des manifestations en sens divers ne laissent pas de mettre en lumière les divergences de l'opinion. Un jour, au marché, des femmes crient : « Si le roi nous vend le pain aussi cher qu'auparavant, nous pouvons nous passer de lui! » Un autre jour, des soldats traitent bruyamment de « chiffon » le drapeau blanc que « mossen Carbassa », un abbé connu par son légitimisme militant, arbore à sa fenêtre. On chansonne l’abbé, mais aussi l’on pille ou l’on frappe. Lorsque Napoléon débarque de l’île d’Elbe, le chevalier de Rojoux, devenu préfet des Pyrénées-Orientales, a grandpeine à tempérer les mesures de rigueur que Paris lui impose. On voit le tribunal exilé en entier à Cahors, le 20 juin 1815. Et, tout aussitôt, le désastre de Waterloo jette l'inquiétude dans le département : « On se demande à qui nous appartiendrons », dit un rapport de police écrit le 2 juillet. Le 25 juillet, la DA était tranchée et
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la royauté était de nouveau proclamée et reconnue à Perpignan, où le duc d'Angoulême ne tardait pas à arriver en personne.
Une anxiété fort vive étreignait, à cette heure, les Roussillonnais et faisait taire momentanément sur notre frontière les discussions politiques. L’invasion étrangère, épargnée au département lors de la première abdication, n'avait pas été évitée après la seconde. Un général de Ferdinand VII, Castaños, avec trente mille hommes, a franchi le col Portell. Le roi d'Espagne s’était-il flatté de poser à nouveau la question du Roussillon devant l’Europe assemblée au congrès de Vienne ? Du moins, le bruit en courut.
Le duc d'Angoulême parvint toutefois à faire en-
tendre à Castaños qu'une occupation espagnole
était présentement sans objet, et les Espagnols s’en retournèrent à Figuères, tandis que le duc repartait pour Bordeaux, après avoir visité Port-Vendres.
À peine est-il besoin de dire que les personnalités les plus marquantes de l’ère révolutionnaire furent l’objet de mesures rigoureuses de la part de l’autorité royale au temps de la Zerreur Blanche. Cassanyes dut se réfugier en Suisse en 1816. C’est en exil, à Vevey, qu'il écrivit ses Mémotres; de 1821 à 1830, il vécut en Catalogne, à La Escala (province de Gérone). Revenu à Canet en 1830, il y mourut le 22 avril 1843.
La lutte des partis parlementaires, qui résume la politique intérieure pendant les règnes de Louis XVIII et Charles X, ne paraît avoir intéressé que le monde restreint des électeurs censitaires. Le riche banquier François Durand, constamment réélu, était, au premier chef, le représentant des
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royalistes modérés. « Le portefeuille de M. Durand maîtrise 200 suffrages », écrivait un se averti, Jaubert de A |
Sous les Bourbons, le parti républicain. et le parti bonapartiste s'étaient à peu près confondus dans toute la France: en face de la couleur blanche de la cocarde royale, la cocarde tricolore réunissait les survivants de 93 et les fervents de Napoléon. En adoptant le drapeau aux trois couleurs, en ramenant les cendres de l’exilé de Sainte-Hélène, Louis-Philippe tentait, à la vérité, une sorte de transaction entre la royauté constitutionnelle et l’idée républicaine ou plébiscitaire. La Fayette lui-même n’avait-il pas appelé la monarchie de Juillet « la meilleure des Républiques » ? Puis, une triple opposition se dessina contre le nouveau gouvernement : carlistes, républicains et bonapartistes travaillèrent à l’envi; ce fut surtout le parti républicain qui se développa.
Un nom est inséparable de la monarchie de Juillet dans la mémoire des Roussillonnais, le nom du général Castellane. Ce petit homme contrefait était un intraitable soldat, partisan résolu de la manière forte, menant sa division à la dure, tou- jours prêt à mater une émeute. Les alertes, la « petite guerre », telles étaient ses idées fixes. La parade militaire lui était chère, et il en donnait le spectacle fréquent à la société perpignanaise, qu’il se plaisait, d'autre part, à régaler dans son hôtel. Son intéressant Journal, aujourd'hui publié, fait place large aux « réceptions ». A la date du 13 décembre 1833, par exemple, le général écrit : « J'ai donné un bal où, avec les deux cents officiers de la
garnison, il y avait quatre cents personnes ». En
1842, un bal travesti réunissait au théâtre « deux mille personnes et de beaux costumes ». N'est-ce pas beaucoup pour une ville d'environ seize mille âmes? Au demeurant, le Perpignan de ce temps-là apparaît, à l'ordinaire, prospère et joyeux. Le « bal des grisettes » se donne dans une auberge rue Mailly, là même où ME Saunhac de Belcastel, en 1842, inaugure l’évêéché (aujourd’hui poste central de police). Beaucoup de masques au Mardi gras et au jour de « Malloles », brillantes soirées à la préfecture, où trône, plusieurs années, l’imposante « madame Pascal », et où « madame Durand » remporte ses plus mémorables succès. En septembre 1839, le duc et la duchesse d'Orléans sont fêtés à Perpignan.
Puis, c’est Ibrahim-pacha. La cure r) ce fils de Méhémet-Ali à Vernet-les-Bains, en 1845-1846, sert de prétexte à des réjouissances de toutes sortes. L'hôtel de l’Europe, qui attire à lui tous les hôtes de marque, devient plus que jamais le temple des mondanités. Seuls le quartier général où Castellane s’est établi, rue Maiïlly, depuis 1834, et les salons du banquier Durand rivalisent. Ce ne sont, à Vernet et à Perpignan, que cortèges éblouissants, soirées splendides et cadeaux princiers.
Naturellement, les démonstrations militaires les plus savantes sont ménagées par le zèle de Castel-
lane. L’effervescence du département, à chaque
tournant du xix° siècle, a déterminé le gouvernement
à fixer sur son sol des contingents considérables.
C’est ainsi qu’en 1834 on y comptait le 2° et le 17° régiments d'infanterie légère, le 17° et Le 47° de
‘N'048 26 7 : | HISTOIRE DE. ROUSSILLON, d A
| ligne, re batteries d’ artillerie, une compagnie du génie et deux escadrons de chasseurs, sans parler du train des équipages, des ouvriers d'administration, des canonniers et fusiliers vétérans. Mais il nest pas jusqu’à la division de Castellane ellemême qui ne se laisse pénétrer d'idées subversives. La mise en jugement d'officiers coupables d’avoir signé à Limoux une protestation républicaine provoque, le 11 avril 1834, une manifestation à Perpiœnan. Le républicain Corbière est à la tête des manifestants qui se dispersent seulement à la seconde sommation et au cri de « Vive la République! » Et Castellane d'écrire : « Les républicains crient beaucoup contre moi; ils ont acquis la certitude qu'ils ne seront pas ménagés ; c'est là l’important! >»
Parmi les bataillons que Castellene exerce avec son ardeur infatigable le gouvernement trouvait des éléments tout désignés pour l expédition d'AIgérie, qui était la grande entreprise militaire du moment. On embarque donc à Port-Vendres des troupes fraîches, on y débarque des malades et des blessés. Plusieurs des généraux qui se sont illustrés en Afrique ont pris la mer dans Île port roussillonnais, notamment Clauzel et Bugeaud. L'exceptionnelle situation de Port-Vendres par rapport à notre nouvelle colonie a frappé Castellane. Il s’en fait l'avocat enflammé auprès des pouvoirs publics et voudrait établir là précisément le grand port militaire de la Méditerranée française. La mise en valeur du pays le passionne. Amélie-les-Bains lui doit son nom (qui est celui de la Reine), l'élan dE sa vogue et surtout son Hôpital militaire.
Une vieille Catalane, par Farail. — Un paysan catalan, par Belloc, — Catalan tenant le porré (Phot, Brun frères à Perpignan.)