CONCLUSION
Adossé aux Albères, face à la Méditerranée, cette mer par excellence des civilisations antiques, le Roussillon apparaît avec son caractère de frontière dès le premier épisode classique qui marque son entrée dans l’histoire. Ce pays de Ruscino, où Annibal débouche d’Espagne, est un morceau de la Gaule. Il fait ensuite partie de la Narbonnaise, et l’époque barbare respecte cette soudure, car la Septimanie s'étend du Rhône aux Pyrénées. Mais l'élan carolingien, répondant à l’offensive arabe, prolonge la domination franque jusqu’à l’Ebre, et lorsque, sous Charles le Chauve, la Marche de Gothie
se décompose en deux moitiés, en 865, la coupure,
maladroitement, se fait aux Corbières, vouant ainsi le Roussillon à suivre, au temps de l'élaboration
‘féodale, le sort non de ce Bas-Languedoc auquel le
| rattachaitle passé, mais de cette Catalogne en forma-
Lars COS ont, Sas. x
» tion dont le centre de gravité se fixe à Barcelone.
Ainsi le Roussillon devenait catalan. Mais, füt-ce à
| son insu, il ne cessait point d’être gaulois, car le sang nese prescrit point; et la frontière pyrénéenne,
momentanément oubliée des politiques, ne pouvait
. davantage disparaître, car la géographie non plus | ne se prescrit point. La preuve en est que Richelieu, | voulant « mettre la France en tout lieu où fut la
Gaule » reprit le Roussillon au nom du même prin= cipe national des frontières naturelles qui a dicté a sa politique la reprise de l'Alsace.
Or, que le Roussillon soit devenu catalan au 1x siècle et le soit demeuré jusqu’au xvrr°, c’est un fait de conséquence et très caractéristique de son histoire. Gaulois et, par conséquent, Français par vocation ancestrale, les Roussillonnais sont devenus Catalans par leur langue, leur civilisation, les péripéties d'une longue histoire. Barcelone fut leur institutrice après Rome : Gallo-Romains ils furent, et Gallo-Catalans. Et cette double éducation ne les fait certes pas moins Français, mais elle leur vaut, en définitive, leur originalité parmi les Français.
Ce n’est pas seulement dans les souvenirs d’autrefois que le Roussillon d'aujourd'hui trouve la sauvegarde de son originalité parmi les pays de France. Tout en participant de leur mieux à la vie générale de la Nation à laquelle ils se sont donnés au dix-septième siècle, les Roussillonnais du vingtième s’attachent à maintenir tout ce qui distingue leur petite et chère province. Le mouvement catalaniste — qui, de l’autre côté des Pyrénées, domine l’évolu- : tion de la Catalogne actuelle dans ses Mare manifestations — a trouvé de ce côté-ci des monts . un écho purement intellectuel, mais assurément | fort sensible. La langue catalane est, à bien des égards, plus pure chez nous qu’à Barcelone, où l’influence du castillan et l'intervention troublante de certains philologues conspirent à en vicier le génie.
Une littérature catalane prospère en Roussillon; les danses catalanes continuent à faire le charme
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Lies fêtes populaires, grâce à à l’art pieusement en-
At
tretenu de ces musiciens traditionnels que l’on À continue à nommer les cobles de Joglars, de - nombreux usages se perpétuent : la baretine rouge, Wa: proprette coiffe blanche ne sont pas encore, et beaucoup s’en faut, des pièces de musée, et s’il - est vrai que celle-c1 se rencontre plus fréquemment en ville, celle-là n’est pas rare dans les montagnes. }L' esprit local semble même d'autant mieux assuré de survivre qu'il est doublement garanti. Du côté du Languedoc, la langue, et, du côté de la Catalogne, la barrière politique préservent notre sol des importations trop envahissantes et du Nord et de Midi.
Se préserver des influences étrangères, rester \soë, c’est bien là, en définitive, le un qui caractérise le mieux le Roussillonnais à travers les âges. Il est vif, spontané; il est, en même temps, sobre, laborieux. La spéculation n’est pas son domaine, - mais plutôt l’immédiate réalité. Le cœur est chaud comme le regard, la tête est prompte comme le bras, mais la main est persévérante autant qu'agile, car la ténacité est aussi une vertu locale. Docile à l'autorité qu'il a reconnue légitime et consacrée de sa confiance, le Roussillonnais ne subit pas sans révolte un pouvoir qu’il réprouve ou simplement qu'il désapprouve. Est-il forcé de se conenir, du moins il ne saurait oublier. Il résiste à ouis XI qui entend le prendre de force; il cède à ouis XIII qui s’est présenté en libérateur. Epris de iberté, il se cabre sous les régimes monarchiques de l'époque moderne : contre Olivarès ou contre Castellane, contre à Restauration ou contre l’'Em-
a toujours été vivace au cœur des Roussillonnais.
plus vastes ou plus rapprochées du centre que le
HISTOIRE | DE | ROUSSILLON. Vas
pire; et la ville « très HAE. » Han Il d Aragon
s’est mise dans le cas d’être traitée en révoltée. par le pouvoir à chacun des tournants trop brusques | | du xix° siècle. C’est que l’amour de l’indépendance
C'était, à vrai dire, pour eux une forme de la conscience individuelle, et aussi du patriotisme, cette conscience collective. De la fidélité séculaire aux privilèges du Moyen Age jalousement gardés, de la pratique des libertés si larges de la « terre ca-. talane », ils ont tenu ce qu ’avant même la Révolu-! tion on appelait « un esprit républicain ».
AE URre es C'est précisément ce caractère roussillonnais, \
reconnaissable à travers les. siècles, qui fait l” unité. à foncière de notre histoire. Grâce à lui, les annales
du Roussillon regagnent, et au delà sans doute, l'intérêt que des circonstances défavorables risque. raient de leur faire perdre. D’autres provinces,
jeu des forces historiques a assigné à la formation de l'unité française, ont eu un rôle plus décisif dans l’évolution générale. Le Roussillon a vécni longtemps d’une vie purement locale; lorsque, par. instants, il force l’attention de la grande histoire,
il apparaît de loin comme un simple élément passif. De fait, pris entre la France et l’ Espagne, il a été trop souvent réduit à fournir un enjeu à la diplomatie ou des champs de bataille aux armées. Une étude plus attentive fait la place qui convient à. ce
petit peuple, souvent emporté par le tourbillon des!
événements dont il n’est pas maître, fidèle pourtant! : | à je -même et loyal envers s les ancêtres. ip soit
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