‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 103 sur 288 · LIVRE TROISIÈME. I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. I

sein des campagnes du comté de Beaumont ; c'était là l'ordre habituel de ses idées et de ses affections; il mettait son bonlieur dans la prévision que, d'âge en âge, en ces lieux, des religieux prieraient, honoreraient Dieu. Et en ce qui regardait le présent, un moment saisissant de la liturgie avait pénétré saint Louis. L evéque conséoraleur aspergea plusieurs fois avec de l'eau bénite lès murs extérieurs de l'église, et puis, frappant avec sa crosse à la porte principale, il dit : — Ouvrez vos portes^ ô princes^ et que les portes éternelles s élèvent, afin de laisser entra* le Roi de gloire. — Le diacre répondit : Qui est ce Roi de gloire? — L'évêque répliqua : — Cest le Dieu fort et puissant^ le Dieu fort dans les coinbats. Le diacre insiste : — Quel est ce Roi? L'évêque : — Le Dieu des vertus est luimême ce Roi de gloire K

Saint Louis était plus que persoime, par le tour de son esprit, par le fond de son éducation et par les intuï* tions de son âme, apte à saisir et goûter le grand symbolisme de l'inauguration catholique des églises; il admirait d'ailleurs dans lé détail de la cérémonie cet appel aux élé« ments et à la matière pour consacrer un temple au spiritualisme, ce symbolisme profond qui sait marier les magniticences matérielles aux magnificences de l'esprit, cette dott employée dans la cérémonie par Tévêque consécrateurpour figurer dans une représentation mystique l'humahité du Christ, le vin pour signifier sa divinité, la cendre répandue sur les dalles comme symbole de la mort, et le sel comme celui de l'incorruptibilité. Le mélange de ces quatre substances signifiait la haute et ado-

'Gillaume Durand, évéqiic de Nende, écrivit du temps de saint Louis son national ou Manuel des divins offices, véritable encyclopédie liturgique. Le docte évoque nous fait connaître l'ordre et réconoraie de la liturgie au treizième siècle. Saint Louis devait goiîtcr. avec son tact chrétien, les cérémonies citées ici et leur beau symbolisme. L'ouvrage de Guillaume de llende ne fut achevé qu'en 1281 : mais saint Louis était fort instruit d'ailleurs de la liturgie que l'évêque de Monde n'a fait que relater.

rable personnalité de Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, mort et ressuscité pour nous purifier et nous faire devenir les temples de Dieu. Saint Louis n'avait garde de ne voir, dans cette série de cérémonies pompeuses, qu'une vaine parade et une exhibition inutile; il alla droit au sens pratique, à l'application personnelle ; et trouvant la représentation de la pureté dans Feau, de la sagesse dans le sel, de la mortification dans la cendre<« enfin de la forée dans le vin, son esprit à la fois mystique et positif concluait que dans toute maison de prière on doit aller puiser Tesprit de pureté, de mortification, de sagesse et de force morale.

Cette année 1255, où les religieux deRoyaumont firent consacrer leur église conventuelle, Godefroy de Clermont de Nesle, était l'évéque du diocèse; il avait succédé, depuis un an, sur le siège épiscopal de Beauvais, au bouillant Milon de Nanteuil. Cette consécration faisait époque. Saint Louis avait donné à Téglise de Royaumont un moreeau considérable de la vraie croix, avec beaucoup d'autres reliques^ Blanche de Castille, la jeune reine Marguerite, et beaucoup de jeunes seigneurs avaient honoré de leur présence cette dédicace'. Une si belle solennité ajoutait à la qualité intrinsèque de Tabbaye une sorte d'autorité extérieure plus grande dans l'opinion. Lorsqu'on apprit que le jeune roi de France, avec toute sa cour, avait assisté à Tinauguration d'une église de couvent sur les rives de TOise, et qu'il allait d'habitude dans ce monastère, on conçut partout, de Royaumokit , une haute idée. La célébrité de Tabbaye commença du jour ou les constructions étaient achevées. Et il est indubitable en soi-même, que, dès cette époque, comme dans les âges suivants, a toute cette architecture en petites cannelures « et en grands vitraux, » faisait l'admiration des curieux,

I Vie de $aint fjntis, par Tillemont» t. I, p. 493.

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