‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 104 sur 288 · LIVRE TROISIÈIIK · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈIIK

parce que l'ensemble devait être, en répétant l'expression de Tun des derniers moines de Royadimont, a Texquise miniature jointe au grandiose ^ »

Lorsqu'on eut terminé les principaux travaux de Royaumont, en 1235, cette fin voulait dire commencement. Un monastère achevé ne signifiait point un nid élevé à la paresse; l'injurieuse synonymie du moine et de la paresse, ne date que du dix-huitième siècle*. Le mot « action » était écrit, au contraire, sur chaque pierre de Royaumont, comme sur chaque page du statut fondamental de l'ordre dans la charte de charité. Et bien des siècles avant d'attendre les lettres anglaises de Voltaire, et sa lettre contre Pascal, le programme des religieux cisterciens et des moines bénédictins était celui-ci : a Le but de l'homme est l'action... l'homme est né pour Tac! ion, comme le feu tend en haut, la pierre en bas. N'être point occupé, ou ne pas exister, c'est la même chose. » Au moment où nous sommes parvenus, la période d'action commençait pour l'abbaye ainsi que pour le jeune monarque. Comme leurs deux ado* lescences s'étaient confondues, leur virilité aura aussi des similitudes ; la grande splendeur de l'abbaye de Royaumont coïncidera avec l'épanouissement du règne de saint Louis. Le mot action est vaste et compréhensif ; énoncer que l'homme est né pour agir, c'est dire qu'il est né pour lutter, souffrir, travailler, attendre, espérer; c'est la loi générale de ce monde. Tout travaille, il n'y a que la mort qui ne travaille pas, et encore;.. 11 faut qu'il y ait, pour tous, pour les individus et pour les nations, pour les corporations et les familles, pour les gouvernés et pour les

< Kipressions teituelles du rapport sur Royaumont, fait en 1810, par le P. Canonne, ex-religieux de cette abbaye.

• H fallait être passé par bien des bouleversements pour que, dans le dix-huitième siècle, on publiât un Éloge de la Paresse en le dédiant ironiquement à un moine. C'est un écrit d'une pWte médiocrité ; l'auteur a voulu imiter le genre d'Érasme, dans V Éloge de la Folie; il propose, aux graveurs, pour snjel d'estampe, l'allégorie de la Paresse.

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gouvernants, il faut Tépreuve, TefTort, la fatigue; tout s'achète en ce monde par le sang et les larmes ; il faut que des larmes coulent de l'œil de l'homme, comme il faut que des gouttes de pluie tombent des nuages tous les ans. Depuis les douleurs de Tenfantement qui travaillent le sein de la femme, depuis les découvertes de la science qui nécessitent les nuifs et les veillés de l'explorateur, rien de grand et de bon ne se Irouve sur les chemins aisés et fleuris. L'épreuve est la grande loi de tout ce qui vit et respire, c'est la loi de l'histoire. Il ne suffisait donc nullement d'avoir résolu le problème d'établir solidement ou territorialement Royaumont et de lui assurer une dotation convenable , en lui donnant des terres et des revenus qui assurassent l'existence de la colonie. Par là, sans doute, tout à la fois on pouvait durer, et néanmoins l'individu restait sans propriété, abdiquant ses biens et son avoir, pratiquant avec sincérité le dépouillement de lui-même. 11 est visible toutefois que ce n'était pas tout que l'abbaye prospérât matériellement ; que sur les flancs des collines on vit paître ses nombreux troupeaux; que plusieurs fois le jour le son des cloches appelât les moines à l'église ; que l'abbaye eût de grands travaux, de grandes moissons; que les champs fussent en plein rapport, et les revenus plus que suffisants pour l'entretien des moines, les aumônes des pauvres et les frais de Tliospice. Il ne suffisait pas que l'abondance régnât et que l'abbaye fût riche : là commençait au contraire le danger, la richesse n'étant que lécueil contre lequel courait grand risque de se briser la rigueur de l'observance. Aussi c'était sur ce point que, chaque année, les visiteurs de chaque abbaye devaient porter à la réunion du chapitre général leurs observations les plus sévères, leurs notes les plus minutieuses, pour aviser à la répression des abus naissants. L'épreuve ne viendra -t-elle. pas de ce côté?

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