LIVRE TROISIÈME
OU la partie du rempart comprise entre les deux tours du nord, faisait face, par sa position, au Port- aux- Anglais. Il y avait sans doute au sommet de ce rempart un passage étroit qui servait de chemin de ronde. On peut voir encore l'épaisseur de cette courtine ^ Lorsqu'on avait franchi l'enceinte fortifiée, on entrait dans la basse-cour du char teau, où se trouvaient les écuries, les magasins, quelques iogemenls, et la chapelle, La courtine du nord avait sa défense naturelle dans les fossés creusés à ses pieds, dans le mouvement du terrain qui allait en s'abaissant jusqu'à l'Oise, d'une pente assez rapide, et qui rendait ce côté difficilement abordable pour les assaillants. En somme, la forteresse d'Asnières avait, par sa. position, par ses neuf tours et par la manière dont elle était armée', de quoi protéger longtemps ses défenseurs, dans ces combats si meurtriers des temps féodaux : elle dominait la plaine de Royaumont et du Lys, et commandait le passage de la rivière. Il y avait des forteresses dont, sans doute, rentrée était plus escarpée. Toutefois celle d'Asnières ne pouvait être forcée et emportée que par une escalade trèspérilleuse.
Il n'existe aucun document pour affirmer ou pour nier que Louis IX ait fait un autre usage du château d'Asnières que pour ses continuelles apparitions à l'abbaye de Royaumont. D'une part, il est vrai, on n'étudie pas les batailles sur un simple champ de manœuvres, et un rouleau de papier à la main. Les combats, les péripéties d'une guerre,
* La courtine du nord avait 8 pieds d'épaisseur, nous avons mesuré les murs qui restent encore.
*0n n'y voyait pas, comme dans nos parcs d'artillerie, des collections de noirs canons de toute forme et de tout calibre, des piles de boulets, des mortiers béants, bien que l'on prétende que la poudre à canoil fût connue au treizième siècle. Û'aprèsun travail de M. Lacabane de l'Ecole des chartes, l'usage de la poudre à canon en France n'aurait été fré(|uent qu'à partir de 1358. Mais il y avait dans la forteresse d'Asnières des armures de fer, pour ces combats corps à corps qui signalent les batailles du moyen &ge : Tart de disposer les troupes et de profiter des accidents de terrain avait moins d'influeiice alors que la force corporelle.
idO ' UrSTOlRE DE ROYAUMONT.
ce qu'on appelle d'abord la première période d'une bataille ou le nœud, ce qu'on appelle ensuite la deuxième phase d'une bataille, c'est-à-dire la crise et ledénoûment, toutes ces choses ne s'étudient qu'expérimentalement par la tactique et la stralégie appliquée ; il faut, pour étudier l'art de la guerre, sortir de son cabinet, opérer sur des mouvements de troupes, pouvoir procéder à des évolutions. D'autre part cependant, lorsqu'on habitait un château-forteresse, quoi de plus naturel que de réUèchir sur la méthode des sièges, qui avaient un grand rôle dans l'ancienne guerre? Si les chroniques du treizième siècle ne parlent d'aucune concentration militaire sur Asnières* sur-Oise du temps de Louis IX, elles sont très-explicites sur les nombreuses stations que le jeune roi faisait à ce château fort, quand il se rendait à l'une des villes plus ou moins importantes où son intervention était nécessaire pour terminer des débats orageux, comme à Beauvais. Il passait à Asnières pour se rendre à Saint-Omer ou aiUem> afin d'étudier lui-même les besoins des provinces, sous les difTérentsaspectsadministratifs,judiciaires,financiers,elc. Lorsqu'il alla à Compiègne, pour les fêtes du mariage de son frère Robert, comte d'Artois, en 1238, Asnières était une halte obligée du voyage; il datait d'Asnières les donations successives qu'il fit à l'abbaye de Royaumont, dans les années 1228, 1232, 1245, 1258, etc'.
Quoi qu'il en soit des études d'art militaire de saint Louis, et des ressources qu'Asnières-sur-Oise pouvait loi offrir, il est sûr que dès 1242, il préoccupa 1 attention publique dans cette mémorable campagne de Guienne. Il devenait évident, dès les premiers jours, qu'une lutte terrible allait s'engager ; l'Angleterre, à laquelle les barons avaient recours, armait à force; des apprêts de débarquement sui les côtes de Bretagne et de Normandie occupaient se>
* Voir le Cartulaire de Royaumont, pagstm, aux manuscrito de li lîbliolbèque impériale.