‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 109 sur 288 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

chantiers. Le roi d'Aragon, de son côté, menaçait d'envahir le Midi pour se joindre au comte de Toulouse. Il était difficile de se reposer sur des traités signés par le duc de Bourgogne et Pierre Mauclerc. Enfin Frédéric II, nouvellement réconcilié avec la France, n'inspirait pas non plus une sécurité suffisante. Les frontières du royaume pouvaient donc être entamées sur plusieurs points à la fois, et les suites d un seul revers devenir incalculables ; car Tancien parti des mécontents ne manquerait pas de reparaître plus vIt vace que jamais. Il ne s'agissait de rien moins que du démembrement partiel de la grande suzeraineté; et,triste effet des passions politiques, le fanatisme religieux exploitait, dans quelques localités, la position difficile où le royaume se trouvaitengagé. Mais, quand l'issue de celte campagne fut connue, quand Louis fut de retour dans sa capitale, jeune vainqueur de vingt-huit ans, couvert de lauriers, combien ion aimait à récapituler les hauts faits d'armes, dont cette expédition était semée I Tout danger était conjuré : Louis rayonnait d'une jeune gloire. On respirait. Au premier moment, lorsque^ après l'assemblée de Chinon et ses conclusions belliqueuses, les troupes arrivèrent sur les routes, cavaliers, fantassins, archers, arbalétriers, sergents d'armes, avec les gonfanons particuliers des communes et surtout avec l'oriflamme, point général de ralliement, il y avait de l'émotion dans le royaume de France, parce qu'il y avait de l'incertitude. Bientôt l'on prit cœur; les opérations militaires commencèrent ; et les bulletins qui arrivaient chaque jour, annonçaient une nouvelle victoire de Louis. On comprenait qu'il allait châtier ces châtelains et barons de Guienne qui s'étaient déclarés les vassaux de Plantagenet.

L'alliance en saint Louis de deux hommes dans un seul homme est originale et doit provoquer la méditation ; il est à la fois guerrier et moine, et l'on se demande si ce n'est pas Royaumont qui s'imprima dans cette belle âme.

pour en faire jaillir ce que le monde a vu. Il y eut dans cette nature, tout à la fois la fierté du monai^ue et l'humilité du cénobite, le courage marlial du soldat el la douce tendresse de la femme ; il y avait de la gaielë^etde l'austérité. Il faudrait renoncer à rien expliquer, si Ton ne voulait trouver un lien de cause à effet, dans la succession et dans le journal des faits el des expéditions où Louis IX fut engagé. Quel que soit le caractère contrastant des événements qui composent la vie de saint Louis, il faut bien qu'ils s'engendrent les uns des autres, parce qu'en vertu des principes fondamentaux des choses, il y a unité nécessaire dans ce qui est vivant, et la logitiue de la destinée se retrouve jusque sous les apparences les plus incohérentes. Le vieillard qui regarde derrière sesannéos peut expliquer chaque époque de sa vie par Tépoquequia précédé immédiatement. Depuis 1240, les épisodes successifs de la vie de saint Louis s'intitulaient: —Saint Louis à Asnières, — saint Louis dans les camps^ — snini Louis m Guiennej — saint Louis à la cérémonie du Manif à Royaumont^ — saint Louis vainqueur à Taillebonrg fi^ Saintes^ — saint Louis au milieu des moines de RoyaummU causant avec les religieux et avec Vabbé; ces épisodes diven n'agissaient-ils pas les uns sur les autres?

A en juger par la campagne de 1242, Louis IX sen^ vêla comme un homme de guerre; il savait se battre, ei n'avait pas peur du danger. La campagne de Guienne Tut décisive, elle eut un immense retentissement. Louis l\ écrivit une belle page, qui prête au poème, à la légende et aux représentations de la peinture. Les grandes batailk'^ avaient été précédées par une série d'escarmouches eltl* prises de villes. La campagne débuta par le siège et la pn^ de Montrcuil-Bonnin en Gastine, par la capitulation del

' « Quand leroi éUit en gaieté, raconte Joinville, il me disait : c Se nei^* • a dites-moi les raisons pourciuoi prud'homme vaut niieux que béguin (<]('«'*■ * Oiitoire de iaint Jjouis, par Joinville, cdit. de M. N. de WailW. p. t3

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