LIVRE TROISIÈME
forte tour de Beruges, dite de Guienne, par l'entrée victorieuse en différentes places, telles que Villiers-en-Plaine, Niort. Enfin, tandis qu'on assiégeait Frontenay, Henri IIl d'Angleterre parut. Il avait débarqué au port deRoyan,pour faire sa jonction avecle comte de la Marche et les notables barons d'Aquitaine. Allait-il changer les chances de la guerre? Le siège de Frontenay pouvait se prolonger, parce qu'une double muraille crénelée et de puissantes tours permettaient à cette ville une défense opiniâtre. Mai6 on apprit bientôt que, devant Tattaque furieuse des troupes de Louis, la forteresse de Frontenay était tombée au pouvoir du jeune roi de France. On apprit ensuite que Moncontour, Malhar, défendu par une énorme tour carrée, Bonne, Prattec, Thors, le château de Saint-Assaire, Tonnay-sur- Boutonne, avaient également cédé devant l'impétuosité de Louis et devant la valeur de ses troupes. Mais comme il " fallait qu'une grande bataille décidât de la fortune, et quon devait se mesurer avec la coalition, Louis alla prendre position devant Taillebourg ; moiLvement qui rendait plus facile Tattaque de la ville de Saintes, principal boulevard des ennemis, où Ton pensait que Hugues de Lusignan, Richard et Henri III devaient se fortifier. L'ennemi accepta le combat. A peine Louis avait arboré sa bannière devant Taillebourg, sur la rive de la Charente, que Henri d'Angleterre se porta sur Sainte-James', à la tète de. 26,000 fantassins, 1,600 chevaux et 600 arbalétriers, laissant la Charente entre la ville et son camp. Le comte de Poitiers se précipila avec des chevaliers sur le pont de Taillebourg au milieu d'une grêle de traits. L'affaire était engagée : c'est ici que, dans les narrations des contem* porains, l'accent s'enflamme avec le suprême intérêt du
* La chaussée de Saintc-Xames» longue de 5 à 600 toises, soutenue par de hautes arcades en maçonnerie, afin de laisser un libre passage aui eaux pendant leur crue, venait aboutir à un pont très-étroit, mais déjà à demi ruiné & cette époque. (Histoire de saint Louis ^ par de Villeneuve^ Trans.)
194 HISTOIRE DE ROYÂUHONT.
drame. D'abord il se produisit une de ces crises qui marquent et accidentent le développement des batailles ; les premiers efforts des Français se brisèrent contre une masse immobile d'Anglais, Tare tendu, la lance en arrêt. Vainement Alphonse et ses bannerets veulent se faire jour à travers un rempart d*airain ; ils furent, dit-on, repoussés ; plusieurs de nos soldats tombent percés de coups ; d^auties sont jetés dans le fleuve; d'autres, découragés d'une taitative impossible, regagnent Taillebourg. C^est alors qu'cm voit accourir Louis, Tépée nue à Ja main, Louis, à qui ce premier mouvement d'hésitation n'avait pas échappé ; sa présence change la face des choses : accompagné seulement de huit de ses bons chevaliers, il atteint l'avantgarde, la rallie. et paiTient avec elle sur la chaussée Sainte-James, au moment où les deux camps s'ébranlaient à la fois. Entraîné par sa propre bravoure, le monarque, qui sent bouillonner en ses veines 1^ sang de Robert le Fort, se trouvait déjà engagé assez avant, quand le comte de Leicester l'a reconnu. Alors, tout TelTort ennemi se tourne contre Louis; mais Louis fait des prodiges. Se frayant un passage sur le corps des Anglais, il lutte presque seul contre un détachement entier. Bientôt il est rejoint par ses compagnons d'armes; Archambaud IX de Bourbon tombe blessé à ses côtes : c'était ici que Timagi* nation française tressaillait.
Louis redouble de courage et d'énergie; sa force se centuple; il porte l'épouvante dans les rangs ennemis. A cette heure suprême, la bataille s'engage sur tous les points. Louis a su communiquer par son exemple l'électricilé; les bannerets de France passent le fleuve^ et prennent l'offensive ; l'engagement devient général, jusque sur lès bateaux qui sillonnaient la Charente, do sorte que ce n'est plus qu'un horrible cliquetis d'épèes, de lances, d'arbalètes, auxquels se mêlent les cris de guerre et les ordres des chefs. Mais la valeur de Louis