LIVRE QUATRIÈME
mains. Comme ces combats isolés ne laissèrent pas que d'occasionner des malheurs et de causer des victimes, on avisa davantage à des mesures de prudence et l'on arriva de la sorte, à travers les anxiétés de l'attente, jusqu'au mois d'octobre 1249, sans avoir de nouveltes de France et du comte de Poitiers. Louis, néanmoins, ne perdait pas son temps ni sa haute tranquillité d'esprit, méditant l'ensemble général et les dispositions secondaires de la cam- |fagne, dont les premières évolutions ne pouvaient tarder. Ce qui est admirable, c'est qu'à côté de l'Arabe frémissant de rage, Louis s'occupait de la France, de grandes mesures administratives et financières à y introduire, et, chose non moins remarquable, les préoccupations d'intérêt général ne lui firent pas perdre de vue un intérêt purement local et spécial : l'abbaye de Royaumont n'était pas sortie de sa pensée, au delà des mers. L'imminence des hostilités qui allaient s'ouvrir d*un jour à l'autre ne l'empêchaient pas de songer à un séjour de paix. Réglant un jour un détail relatif à une des possessions royales situées à Valpendant, Louis lX>dicta une charte par laquelle, après avoir donné à Tabbaye de Royaumont sa maison deValpendant, les pâturages qui en dépendaient et un troupeau de 400 moutons, il ajoutait 18 arpents de terre labourable qui étaient aux environs deValpendant. La date de cette charte est curieuse, elle est donnée au camp de Damiette^ pendant la croisade, le mois de septembre 1249, la veille par conséquent ou le lendemain de l'un de ces jours où les Sarrasins venaient le soir attaquer les avant-postes de nos lignes, ou bien quand, s'avançant à pied devant nos palissades, ils franchissaient l'enceinte sans être découverts, se glissaient auprès des sentinelles à moitié endormies et les égorgeaient avec tous les croisés -de garde qui avaient eu l'imprudence de céder au sommeil *.
* Cartuiaire de Royaumont, t. II, p. 1189.
* But. des Croisades de Haimbourg.
La charte de Louis IX était conçue dans les termes suivants : « Au nom de la sainte et indii^isible Trinité, et amen ; Louis par la grâce de Dieu, roi des Français, <c savoir faisons, qu'ayant concédé autrefois à notre ab- « baye de Rôyaumont notre maison de Valpendant, avec « les pâturages du même terroir pour y nourrir jusce qu'à quatre cents moutons, comme cela est stipulé « dans nos lettres relatives à cette donation ; et voulant <c encore augmenter les revenus de la sus-dite abbaye, « nous lui cédons et lui donnons, à titre de don et c< d'aumône perpétuelle, dix-huit arpents de terre labou- « rable sise aux environs de la dite maison , sauf les « droits et les coutumes qui pourraient exister en face veur des habitants des villas voisines. Pour conférer à c< cette donation un caractère de perpétuité, nous ayons « muni cet acte de Tautorité de notre seing royal. » (Le roi concluait ensuite sa charte.) «c Actum in castris juxta «( Damyatam , anno Incarnationis Dominicœ millésime « ducentesimd quadragesimo nono, mense septembris, «r regni vero nostri anno vigesimo tertio. — Donné au camp « devant Damiette, Tan 1249 de Plncarnation de Notre- « Seigneur, au mois de septembre, la vingt-troisième <c année de notre règne. »
Suivent les signatures du connétable Humbert de Beaujeu, etc. *.
Les histoires spéciales de saint Louis ont à raconter, comment le but de la croisade fut manqué, par qui les fautes furent commises ; elles disent comment le débarquement devant Damiette fut un beau fait de guerre, et comment aussi, lorsque l'arrivée du comte de Poitiers et de l'arrière-ban de France permit de se porter en avant ver» le 20 novembre 1249 en se dirigeant sur le Caire, Tex-
* CarttUaire de Boyaumonit Bibliothèque impéri i le, mannsc Ce ^ diarte est scellée d'un grand sceau de cire verte pendant en lacq de w«f jaune.